Les souffleurs à feuilles mortes : des appareils néfastes à plusieurs titres

Souffleurs à feuilles mortes: inutiles et néfastes?
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Souffleurs à feuilles mortes: inutiles et néfastes? - © Tous droits réservés

Vous avez peut-être croisé ces derniers jours un voisin ou un ouvrier communal, un souffleur de feuilles mortes à la main. En ce mois de novembre, c’est bien de saison : les feuilles mortes tapissent les jardins, les routes et autres parcs du pays.

Pour rassembler ces feuilles mortes, l’outil le plus courant, le plus efficace et sans conteste le plus bruyant, c’est le souffleur. On en trouve sur le marché pour tous les budgets : entre 25 et 700 euros.

Nicolas Terranova, jardinier indépendant, avoue qu’il ne pourrait plus s’en passer. "Avec un souffleur, le travail est beaucoup plus soigneux, ça va plus vite et c’est toujours propre. Pour débarrasser un jardin, il faudrait une journée au râteau. Avec un souffleur, ça ne prend que quelques heures", explique-t-il.

Bruyant et destructeur

Pierre Léger, animateur en jardinage et permaculture à l’écocentre Oasis, n’est pas de cet avis. Il préfère la méthode manuelle, en évitant les grosses machines. "Au jardin, je n’utilise aucun engin mécanique ou électrique. Si ce n’est de temps en temps la tondeuse", explique-t-il. "J’aime rester au calme. Travailler au râteau, c’est le meilleur moyen d’être en contact avec la nature. Je ne suis par ailleurs pas vraiment pour le recours aux souffleurs, pour pas mal de raisons : ça a un coût, ça pollue, ça fait beaucoup de bruit et ce n’est pas beaucoup plus efficace qu’un râteau."

Le souffleur de feuilles mortes pose effectivement plusieurs problèmes. Il est bruyant (les 105 décibels sont parfois atteints), il engendre de la pollution (selon une étude américaine, un souffleur émet près de 300 fois plus d’hydrocarbures non méthaniques qu’un pick-up en une demi-heure d’utilisation) et il menace la faune et la flore de nos espaces verts, sans parler des poumons de son utilisateur. Un argument que Nicolas Terranova tient tout de même à relativiser. "J’ai l’habitude de cette odeur", dit-il. "Et j’utilise des carburants de synthèse, bios, qui sont moins polluants. Tous les souffleurs ne sont pas ultra-polluants comme on le dit parfois".

L’exemple des forêts

En évacuant les feuilles mortes, le souffleur perturbe le cycle naturel de nos sols. "Lorsque les feuilles tombent sur le sol, il y a une série d’étapes vers l’humification et ça se termine par l’action des vers de terre et des bactéries. Evidemment, quand le sol est bétonné, le problème ne se pose pas, mais dans une pelouse ou des parcs, en toute logique, il faut laisser le sol fonctionner", explique Pierre Rasmont, professeur de zoologie et d’écologie à l’UMons.

En enlevant les feuilles mortes, les souffleurs détruisent le milieu dans lequel évoluent insectes et champignons. C’est ce que Pierre Rasmont appelle "l’effet raton laveur". "Le raton laveur, dès qu’il ramasse quelque chose, il commence par le nettoyer dans l’eau avant de le manger. Les Belges ont à peu près la même attitude vis-à-vis de tout ce qui les entoure : on ne supporte pas d’avoir un parc s’il n’est pas nettoyé jusqu’à la dernière feuille, si le dernier pissenlit n’est pas détruit, c’est extrêmement dommageable", regrette-t-il.

Pierre Léger est de cet avis. Il avance l’exemple des forêts pour expliquer le rôle essentiel des feuilles mortes. "Les feuilles ont un rôle écologique extrêmement important. Le plus bel exemple, ce sont les forêts, elles poussent et donnent des arbres de 30 mètres de haut, grâce à la décomposition des feuilles. Et il n’y a pas de jardinier qui vient leur donner de l’engrais !" Il explique par ailleurs que le hérisson utilise les feuilles mortes trouvées sur le sol pour se faire un nid pour l’hiver. Bref, si vous avez un jardin, laissez les feuilles mortes le tapisser encore quelque temps. C’est bon pour le sol comme pour les animaux qu’il abrite, peut-être à votre insu…

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