Les quotidiens saluent un homme d'Etat et une référence politique

Les quotidiens francophones saluent un homme d'Etat et une référence politique
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La stature d'homme d'Etat de Jean-Luc Dehaene, brutalement décédé jeudi en Bretagne (France) à l'âge de 73 ans, est évoquée dans de nombreux quotidiens francophones vendredi matin. Qualifié de référence politique et de "plombier", celui qui a occupé la fonction de Premier ministre de 1992 à 1999 est salué pour son intelligence et sa créativité, qu'il a mises au service de son pays.

Unanimité des journaux francophones

C'est avant tout de la personnalité, de la stature et de l'intelligence de Jean-Luc Dehaene dont se souvient la presse écrite. Philippe Martin, rédacteur en chef adjoit de L'Avenir, décrit un "homme de synthèse : la force physique et la finesse intellectuelle, la rudesse qui impressionne et la subtilité qui fascine. (...) Une endurance de sportif increvable et une souplesse de contorsionniste." "Jean-Luc Dehaene fut en effet, jusqu'à son dernier souffle, un des hommes politiques qui mirent leur intelligence, leur créativité et leur énergie au service de l'Etat belge. Un Etat qu'il avait voulu certes fédéral (...) mais dont il a tout fait pour préserver la pérennité", écrit Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du Soir, se souvenant d'un homme courageux pour lequel la Belgique est "un projet de société, une entité fédérant ses différentes composantes".

Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef de La Libre Belgique, évoque lui aussi ce paysage que Jean-Luc Dehaene, "notre meilleur 'plombier institutionnel'", a contribué à mettre en place et qu'il savait être destiné à évoluer sans cesse "mais dans un cadre toujours belge".

La Belgique fédérale lui doit beaucoup, embraye Demetrio Scagliola, rédacteur en chef adjoint des journaux du groupe Sudpresse. La capacité du plus célèbre supporter du FC Bruges à aboutir à des accords, "à concilier l'inconciliable, marier l'eau et le feu" comme le formule Philippe Martin dans L'Avenir, a marqué l'histoire de la Belgique.

Pour Béatrice Delvaux, "Dehaene était un homme de compromis, entre riches et pauvres, entre Flamands et francophones". La Libre Belgique se remémore "son incroyable sens du compromis qui lui a permis de tenir et de gouverner dans des années très difficiles", notamment lorsqu'il a imposé aux Belges des plans d'austérité de manière à ce que le pays puisse répondre aux critères de Maastricht. L'"impossible compromis. Cette conjugaison labyrinthique, tortueuse, du temps et des détours qui égarent les ennemis du jour jusqu'à une réconciliation (...) Jean-Luc Dehaene était avant tout une solution", lance, tel un slogan, le rédacteur en chef de L'Echo Joan Condijts.La carrière politique de 'Meneer Geen Commentaar' a été marquée par d'importantes crises, dont celles de la dioxine et de l'affaire Dutroux qu'il a eu du mal à gérer selon ses propres confidences.

Pour Hubert Leclerq, dans La Dernière Heure, cette dioxine aura raison des espoirs politiques de Jean-Luc Dehaene en Belgique, quand, en 1999, le 'Taureau de Vilvorde' sera "balayé par les urnes".

"Nombre de Belges se souviendront longtemps de cette bonhomie, de cette truculence qui a offert du pain béni à une génération de photographes et a finalement rendu le technicien audacieux plus sympathique que des lunettes austères, un physique ingrat et une boulimie de travail aveugle ne l'auraient suggéré", écrit Joan Condijts. Le démocrate-chrétien flamand était un véritable personnage qui "a fait descendre le politicien de son piédestal, le transformant en bête médiatique, capable du meilleur comme du pire. Le meilleur, en fin de parcours, comme son travail (...) sur le projet de constitution européenne. Le pire, comme sa gestion du dossier Dexia dont il devint président du conseil d'administration après la crise de 2008. Trois années houleuses pour une fin de parcours pathétique", assène Hubert Leclerq.

Pour Demetrio Scagliola, la responsabilité de l'homme d'Etat dans le crash de la banque franco-belge a en effet terni la fin de parcours du 'bulldozer de Vilvorde', dont les derniers mois ont également été marqués par des ennuis de santé. "Jean-Luc Dehaene était un fonceur, curieux de tout, un infatigable travailleur que rien n'arrêtait, pas même la terrible maladie contre laquelle il luttait depuis plusieurs mois et qu'il pensait vaincre", se souvient le rédacteur en chef adjoint du groupe Sudpresse.

Jean-Luc Dehaene se disait "quelque peu désabusé et inquiet sur l'évolution de la Belgique" et "était conscient que l'après 25 mai comporterait à nouveau des risques vitaux pour l'Etat", lit-on encore dans La Libre Belgique. "On se serait senti rassuré si on avait pu passer l'échéance du 25 mai, en le sachant, tout prêt, au cas où. Ne fût-ce que pour rappeler, avec son incomparable franc-parler, la raison et le sens des responsabilités à ceux qui seraient tentés de mettre le feu aux deux maisons", conclut Béatrice Delvaux dans Le Soir.

Les journaux flamands disent adieu à un des monuments politiques de l'après-guerre

Les journaux flamands rendent hommage vendredi dans leurs éditoriaux à l'ancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene, "un des meilleurs hommes politiques du siècle dernier".

Ils saluent son talent de négociateur et sa persévérance et rappellent que le paysage politique belge serait tout autre sans lui. "Si nous avions conservé la 'méthode Dehaene' un peu plus longtemps dans la période qui a suivi sa charge de Premier ministre, les difficultés financières auxquelles est confronté notre gouvernement actuel seraient beaucoup moindres", écrit Isabel Albers dans le Tijd. Elle qualifie l'ancien Premier ministre d'architecte-plombier qui a fait de la Belgique fédérale "un bric à brac plein d'imperfections", mais dit de lui qu'il était un homme politique pur sang. Indra Dewitte, du Belang van Limburg, souligne le grand talent qu'avait Dehaene pour négocier. "Pas trop troublé de mettre son propre avis sur le côté, pour trouver un compromis qui convienne à chacun." Elle se souvient de son côté direct, ce qui pouvait le faire passer pour brutal et impertinent, mais sait aussi que chaque déclaration était pensée et raisonnée.

Bart Sturtewagen, du Standaard, vante le mélange chez Jean-Luc Dehaene de vision politique, de pragmatisme et de vigueur. "Au centre de son système, il y avait la conviction qu'il fallait regarder vers l'avant et savoir exactement où on voulait arriver", écrit-il.

"Le succès de Dehaene n'était pas uniquement dû à son intelligence et à sa force de travail, mais également une conséquence du fait qu'il maîtrisait comme personne d'autre les forces au sein desquelles les hommes politiques de l'époque devaient travailler", constate quant à lui Yves Desmet dans De Morgen. "C'était un homme qui pouvait forcer les décisions et les compromis."

Jan Segers, dans le Laatste Nieuws, estime que Jean-Luc Dehaene, tout comme Wilfried Martens, incarne l'Etat CVP écrasant des années 80 et 90. "Ils ont remis de l'ordre dans les affaires et ont rendu avec beaucoup de compétence et de sens des responsabilités le pays mûr pour un siècle qui ne serait plus le leur, mais celui des nouveaux éclaireurs Verhofstadt et Di Rupo."

L'impact de Jean-Luc Dehaene sur les réformes socio-économiques, budgétaires et étatiques en Belgique n'est pas surévalué, estime Paul Geudens, de la Gazet van Antwerpen. "Dehaene était super-efficace et avait toujours à l'esprit l'intérêt général et l'avenir du pays."

Liesbeth Van Impe, du Nieuwsblad, évoque pour sa part le style cru de l'ancien Premier ministre, mais souligne que le fait "que la Belgique soit totalement différente de quand Dehaene dans les années soixante mettait son nez à la fenêtre du bureau du CVP est en grande partie à mettre à son crédit". Les journaux rappellent les nombreuses réalisations de Dehaene, comme la proposition de Constitution européenne à laquelle il a participé, la réforme des polices après l'affaire Dutroux ou l'assainissement budgétaire qui a permis à la Belgique de rejoindre la zone euro.

Il a en outre élaboré la troisième réforme de l'Etat et a été à la manoeuvre des accords de la Saint-Michel. Jean-Luc Dehaene est devenu président de la banque Dexia par sens du devoir et "intérêt pour la communauté", estime encore Isabel Albers. Il n'a pas réussi à éteindre l'incendie et le groupe a dû être démantelé. "Mais ces quelques épisodes malheureux ne retire rien à son immense apport. Il mettait les choses en mouvement et avait l'oeil pour les grandes évolutions qui ont couvert plusieurs décennies", conclut-elle.

Belga

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