L'état des prisons belges est lamentable

Une entrée de la prison de Lantin
Une entrée de la prison de Lantin - © MICHEL KRAKOWSKI (Belga)

Un rapport émis en interne par le service de l'inspection des prisons et censé rester discret décrit les centres pénitentiaires comme des bâtiments insalubres aux équipements défaillants.

Ce rapport est publié ce lundi matin dans les éditions du groupe Sudpresse. Les qualificatifs sont colorés. Le rapport parle d'un état pitoyable, voire lamentable. Sur les 36 prisons belges, 30 posent apparemment un problème.

Des problèmes de sécurité tout d'abord : certains équipements ne fonctionnent tout simplement plus comme les systèmes de fermeture électrique des portes, les alarmes ou les détecteurs d'incendie.

Et puis il y a l'insalubrité, de l'eau qui suinte des murs, une hygiène préoccupante. Parfois c'est un seau qui sert de toilette dans les cellules. Et les cuisines auraient apparemment bien du mal à passer les contrôles d'un service d'hygiène.

Question palmarès : côté bruxellois et wallon, les quatre situations les plus préoccupantes seraient rencontrées à Verviers, Lantin, Forest et Namur. La prison d'Ittre ne ferait par contre l'objet d'aucune préoccupation.

Côté flamand, les prisons de Bruges et Anvers, qui accueillent des détenus dangereux, reçoivent une carte rouge.

Un rapport dépassé dit le ministre Stefaan De Clerck

Dans les colonnes de Supresse, le ministre Stefaan De Clerck parle d'un rapport déjà dépassé. Certains travaux auraient déjà été entrepris. Côté syndical, par contre, on n'est pas très étonné du contenu de ce rapport. Certaines choses bougent, disent-ils, mais trop lentement, un contexte très favorable à la multiplication des conflits sociaux. 

Le rapport ne vient pas du service d'inspection

Le rapport relatif à l'état des prisons en Belgique a été au départ signalé comme émanant d'un service d'inspection. Mais contrairement à ce qu'indiquent certains journaux, c'est du service d'appui, bâtiments et sécurité (SABS) que vient ce rapport, a précisé lundi Laurent Sempot, porte-parole de la direction générale de l'administration pénitentiaire. Ce document de travail interne datant de septembre avait été présenté aux syndicats.

Le rapport est un tableau de bord, établi sur deux pages, qui reprend toutes les prisons belges et leurs infrastructures techniques. Ce document mentionne le fonctionnement ou non de certains équipements, comme des caméras de surveillance, des alarmes ou de l'interphonie. Ce monitoring est effectué tous les six mois par le service d'appui, bâtiments et sécurité et est destiné à la Régie des bâtiments et non au ministre de la Justice.

"Tous les six mois, un monitoring est effectué pour voir ce qui a évolué ou parfois régressé et définir de nouvelles priorités", explique Laurent Sempot. Le document de travail n'aborde donc que des points liés aux infrastructures et non les conditions de détention.

L'OIP pas surprise

La section belge de l'Observatoire International des prisons n'est pas surprise par le contenu d'un document de travail de l'administration pénitentiaire, relatif à l'état des prisons belges et relayé lundi par la presse. Sur 36 prisons, 30 ne sont pas dans un état acceptable. Pour l'OIP, la situation "ignoble" dans les prisons belges s'aggrave.

Dans son dernier rapport datant 2008, la section belge de l'OIP indiquait qu'aucune politique globale de rénovation des prisons n'était entreprise alors que 20 établissements pénitentiaires datent du 19ème siècle.

"En 2007, le bâtiment des cuisines de Forest a dû être fermé pendant plusieurs mois parce qu'il menaçait de s'effondrer. Termonde a montré la vétusté de ses locaux par l'évasion de 28 détenus en août 2006", peut-on notamment lire dans le rapport de l'OIP.

"Rats, souris et cafards sont régulièrement rencontrés dans les différentes prisons parfois même jusque dans les frigos des cuisines. Dans certains établissements, les cuisines ont été déclarées impropres à l'emploi à l'issue d'une inspection (...). Des couvertures et des chaussures passent d'un détenu à l'autre sans avoir été lavées".

Ce rapport de 2008 reste d'actualité selon la présidente de la section belge de l'OIP, Delphine Paci.

"Il y avait 5000 détenus en 1980 pour plus de 11 000 aujourd'hui alors que la criminalité n'est pas en hausse. Augmenter les places de prison ne sert à rien. Comme pour les places de parking, cela crée un appel d'air", considère Delphine Paci.

Pour l'OIP, l'argent public devrait être dépensé pour améliorer les conditions de détention et financer des alternatives à celle-ci et non pour des places dans des nouvelles prisons en dehors des villes ou même de Belgique, comme à Tilburg.

Mathieu Van Winckel et Belga

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