Les pré-formateurs estiment avoir été trompés, Demotte cible un MR saboteur

Geert Bourgeois-Rudy Demotte: une mission de quatre semaines conclue par un constat d'échec
Geert Bourgeois-Rudy Demotte: une mission de quatre semaines conclue par un constat d'échec - © FOTOR

Nommés pré-formateurs le 8 octobre, Geert Bourgeois (N-VA) et Rudy Demotte (PS) ont demandé le 4 novembre d'être déchargés de leur mission royale. Paul Magnette a pris le relais au titre d'informateur.

Dans son rapport final, le duo flamand et francophone relève de trop nombreuses divergences entre les partis consultés: "La barre n'était pas au niveau où on nous l'avait indiquée". Rudy Demotte estime que les bases mêmes de leur mission étaient viciées. "On avait le sentiment que les choses étaient possibles. Le Palais avait d'ailleurs choisi la dénomination de pré-formateurs. Nous avions trois rapports, dont un comportait des éléments qui ressemblaient un petit peu à des graines qu'on pouvait mettre en terre et voir si elles allaient pousser. Selon le socialiste, il a fallu rapidement déchanter: "dans les contacts bilatéraux avec les partis, nous nous sommes vite aperçus qu'il y avait loin de la coupe aux lèvres".

Peu d'ouvertures

Rudy Demotte cible le MR, ou plutôt Charles Michel: "sur le plan des valeurs, les représentants du MR ont exprimé des choses que nous pouvions entendre. Mais la manière dont, à posteriori, a réagi l'ancien Premier ministre nous a paru vraiment disproportionnée par rapport à ce qui s'était passé. En d'autres termes, contrairement à ces déclarations, le MR a eu tout le temps de s'exprimer. Nous avons plutôt eu le sentiment d'une attitude fermée, que rien n'était fait pour sortir de l'ornière." Rudy Demotte espère à présent que "la page est tournée." Vis-à-vis de la N-VA, l'ex pré-formateur socialiste rappelle que les deux partis "ne sont pas les meilleurs amis au monde, mais de notre côté, ce respect a existé. Là où j'ai été surpris, c'est qu'à chaque fois que des angles s'ouvraient, j'avais l'impression que l'appareil de la N-VA lestait ces discussions. Et je n'ai pas senti non plus à l'époque des grandes ouvertures du côté des deux formations libérales, tant sur le plan institutionnel que sur le plan socio-économique."

La grosse artillerie de la N-VA

S'il y avait, au moins, quelques points de convergence, quels étaient-ils? "Le cahier social des socialistes est évidemment très lourd pour une formation de droite et nationaliste comme l'est la N-VA. Mais en ayant de l'intelligence, nous aurions très bien pu rencontrer des exigences sociales qui sont communes à la Flandre, à la Wallonie et à Bruxelles sur la pension minimale par exemple. Or, pour Rudy Demotte, les préjugés "ont dépassé la réalité". Et c'est ici que le communautaire s'intercale dans les discussions: "on ne doit pas nécessairement toucher aux équilibres actuels entre les régions, les grandes communautés pour rendre plus efficace la machine d'État. On sentait peut-être des possibilités d'avancer. Mais la porte a été claquée à deux reprises: "une première fois, je pense, par l'interprétation des compromis qui était réfutée par les partis qui avaient fait le premier tour de table." Et la deuxième fois? "Par la grosse artillerie que la N-VA a déployée pour dire qu'on n'a pas trop parlé d'institutionnel pendant les quatre premiers mois et que, cette fois, on y va à fond."

Un débat difficile

La ou les suites? Orienté, dans un premier temps au moins, vers une coalition arc-en-ciel, Paul Magnette doit tenir compte de la frilosité de l'Open VLD et du CD&V à l'idée de participer au gouvernement fédéral sans la N-VA, leur partenaire à la Région: "le débat est très difficile en Flandre. D'abord parce que plusieurs partis vont changer de Président. Ensuite, parce tant les libéraux que les catholiques flamands ont connu des déconvenues électorales. L'idée de se singulariser existe aussi, mais ils doivent soupeser les rapports de force. La Flandre n'est pas du tout l'espace francophone. Le Vlaams Belang pèse très lourd et donne peur à la N-VA sur laquelle les yeux des autres partis sont rivés. C'est donc compliqué pour eux, il faut le dire. Un horizon dès lors bouché? Il n'est pas impossible de sortir de ce canevas, poursuit Rudy Demotte qui en appelle à la pédagogie, à la patience, au dialogue. "C'est ce qu'est en train de faire M.Magnette."

Jamais dire jamais

La piste avec la N-VA est-elle définitivement abandonnée? "Que disait récemment M.Bourgeois dans la presse flamande? Il ne faut jamais dire jamais. Mais je pense que nous devons explorer toutes les possibilités. Si nous arrivons à un compromis avec toutes les formations de l'arc-en-ciel, tant mieux." Et c'est bien ce que souhaite l'ancien pré-formateur: "une question doit se poser aujourd'hui: lorsqu'on parle des programmes politiques, la N-VA va-t-elle toujours se racrapoter derrière ses idées ou, à un moment donné, sera-t-elle sera moins dure, moins exigeante, pour retrouver un sens de l'équilibre? Elle est composée de plusieurs chapelles..." Les chances d'aboutir à cet arc-en-ciel? "Elles sont faibles, mais on ne peut pas dire que c'est impossible. On va dire que c'est difficile de dire du bien des siens, mais j'ai confiance en l'intelligence de M.Magnette."

 

 

70% des taxes, ça suffit!

Ex co-formateur, Geert Bourgeois n'écarte pas d'à nouveau discuter, voire négocier, avec le PS: "quelques contacts personnels sont bons. Mais nous demander de jeter notre programme à la poubelle, ça ne va pas. Nous voulons prendre nos responsabilités pour l'avenir de ce pays, pour l'avenir des Flamands. On ne veut pas présenter aux Flamands la facture de ces dépenses. La Flandre paye 70% de taxes, ça suffit!" Partout en Europe, sauf en France, la fiscalité est plus basse."

Les face-à-face avec le PS auront en tout cas permis de se jauger: "j'ai constaté que les deux programmes étaient très distants l'un de l'autre. Le déficit est de onze milliards d'Euros. Le PS veut ajouter des dépenses de huit milliards. Ça veut dire que nous n'allons jamais sortir de cette spirale de dettes, de citoyens qui, trop nombreux encore, ne travaillent pas. Et puis, le parti socialiste ne veut pas des réformes nécessaires pour assurer l'avenir de ce pays. Ses remèdes ne sont pas bons." Et l'institutionnel? "Là où on voyait une ouverture avec le PS, insuffisante à nos yeux, le MR a bloqué, ne voulait même parler de réformes."

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