"Les Pays-Bas avaient constaté du fipronil dans les œufs dès novembre 2016"

Le tout nouveau ministre de l'Agriculture, Denis Ducarme (MR), était très attendu ce matin en commission à la Chambre au sujet de la crise des œufs contaminés au fipronil. La ministre de la santé, Maggie De Block (OpenVLD) et l’Afsca, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, ont aussi été entendus. La réunion a été convoquée à la demande des partis d'opposition au fédéral, en plein milieu des vacances.

Les travaux se sont terminés sur le coup de 17h45, après plus de sept heures de débats. Une prochaine réunion, dont la date n'est pas encore connue, devra déterminer l'ordre des travaux qui devront être effectués. Le MR a toutefois souligné que le gouvernement et l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) devaient se consacrer à leur travail pour résoudre la crise, le parti préférant une prochaine réunion des commissions en septembre.

Pourquoi des notifications tardives?

Beaucoup de questions se posent sur la manière dont l'Afsca a géré les événements et surtout communiqué sur cette contamination des œufs au fipronil. Quand a-telle précisément été alertée d'une possible contamination? Quel est, ensuite, le fil des événements?

L'Afsca a remis un rapport circonstancié mardi après-midi au ministre Denis Ducarme (à lire en intégralité ici). Il met en cause les Pays-Bas. "Nous n’avons pas pu avoir accès à la liste de clients de la firme hollandaise, l’Afsca n’a pas pu déterminer plus tôt le périmètre suspect qu’elle a pu déterminer par la suite des 86 exploitations. Pour les tests, nous avons donc perdu un mois. Quand un pays comme les Pays-Bas - un des plus gros exportateurs d’œufs - ne transmet pas ces infos, cela pose vraiment problème. Mais ce n’est pas tout. L’Afsca s’est vu transmettre de manière non officielle des infos internes à l’agence néerlandaise, un rapport de l’agence néerlandaise transmis à son ministre qui fait état du constat de présence de fipronil dans les œufs néerlandais dès la fin novembre 2016."

De son côté, l'agence néerlandaise a réfuté ces accusations. La NVWA était informée de l'utilisation de fipronil dans des étables, mais pas de sa présence dans des oeufs, a déclaré l'inspecteur général Rob van Lint à RTL Nieuws.

"Il n’y a eu aucune communication officielle des Pays-Bas, explique encore Denis Ducarme. J’ai demandé à mon collègue néerlandais de s’expliquer sur cette absence d’info. J’ai pu m’entretenir de ce manque d’info avec le ministre de l’Agriculture allemand mais également avec le commissaire européen. J’aurai bientôt un contact téléphonique avec mon collègue néerlandais pour avoir un contact franc et direct à ce propos".

Et pourquoi le ministre belge de tutelle n'a-t-il été averti que le 24 juillet ? "Chaque année, il y a énormément de notifications, cela représente un volume énorme. Si je dois vous envoyer tous ces documents, cela va prendre beaucoup de temps pour traiter tout ça. Je pense donc qu’il faut fixer quelles informations sont transmises au ministre", a répondu Herman Diricks, de l'Afsca, aux députés.

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"Le document de la NVWA [l'équivalent néerlandais de l'Afsca, NDLR] dans lequel la NVWA indique qu'elle savait pour le fipronil depuis novembre. [Un document] arrivé par hasard en Belgique."

Le seuil de sécurité européen dépassé pour la première fois

Mardi, l'Afsca a annoncé que le seuil de sécurité européen était dépassé pour la première fois sur des échantillons prélevés dans une des 86 entreprises bloquées. Des résultats qui proviennent d'une contre-expertise demandée par l'entreprise. Une première analyse ne révélait pas de dépassement de ce seuil.

"Une contre-expertise a été demandée par un exploitant qui s’est révélé non conforme. Les taux étaient à 0,92 soit au-dessus du seuil européen, ajoute Denis Ducarme. Il fallait prendre toutes les mesures nécessaires rapidement même si cette entreprise était bloquée depuis le 18 juillet. Cette contre-expertise hypothèque les résultats issus de ce laboratoire. Ce labo a donné des résultats sur six entreprise, trois étant toujours bloquées. Cet écart entre les deux tests est difficilement explicable."

Selon le ministre, des mesures utiles de protection du consommateurs ont été prises:

  • Blocage de toutes les exploitations de poules pondeuses dont les analyses des œufs ont été faites par le même laboratoire;
  • Rappel sur le champ de tous les œufs des exploitations testées par ce laboratoire;
  • Vérification des résultats de la contre-expertise;
  • Renforcement du contrôle et du monitoring de l’ensemble de la filière des poules pondeuses et de la reproduction par l’Afsca;
  • Publication des lots de tous les œufs concernés par le rappel (à retrouver en cliquant ici);
  • Traçage par l’Afsca des œufs de ces entreprises;
  • Mise à disposition d’un numéro vert, le 0800/13.550, où les consommateurs peuvent poser l’ensemble de leurs questions.

Du fipronil en Belgique depuis mai 2016?

Lors de la commission conjointe de la Chambre sur les oeufs contaminés au fipronil, un insecticide dont l'usage est interdit sur les animaux destinés à la consommation humaine, le député Ecolo Jean-Marc Nollet a révélé un document, prouvant que de grandes quantités de fipronil ont bien été livrées à une entreprise avicole en Belgique. La facture en question date de mai 2016.

"Potentiellement depuis le mois de mai 2016 le fipronil est présente dans nos exploitations agricoles. Dire comme le ministre Ducarme le fait qu'il n'y a plus de problème parce que les exploitations ont été fermées, c'est faux. C'est vrai pour juillet 2017 mais pas pour avant".

Et de préciser: "L'entreprise en question, qui a été livrée, est actuellement bloquée mais elle a effectué nombre d'opérations dans des exploitations agricoles depuis mai 2016. Pour l'instant on ne discute que de la partie visible de l'iceberg. Quid des produits dérivés, les pizzas, la mayonnaise ?"

Pourquoi l'Afsca ne contrôlait pas le fipronil?

L’Afsca a répondu aux critiques sur le fait que la présence de fipronil n’était pas contrôlée systématiquement et sur le fait que les analyses aient dû être effectuées par un laboratoire étranger.

"Ce n’est pas parce qu’un produit est interdit qu’on ne cherche pas à détecter sa présence. Il faut apporter certaines nuances quand on dit qu’on a un programme de contrôle qui ne contrôle pas les produits interdits. Nous devons nous baser sur les risques quand on établit le programme de contrôle, et on n’a pas toujours les moyens pour contrôler tous les produits interdits."

Pourquoi travailler avec des laboratoires étrangers ? "Nous devons chaque année passer par l’étape d’un marché public. Nous décidons de ce que nous pouvons contrôler et ce qui va demander une collaboration avec un labo extérieur. Pour chaque domaine, on a défini un labo de référence. Le fait que l’on base sur un marché public européen, on travaille avec des labos étrangers. La Belgique ne dispose pas toujours de l’expertise nécessaire. Nous appliquons strictement la réglementation en matière de marché public".

Passe d'armes entre Nollet et Ducarme

Une réponse qui ne satisfait pas Jean-Marc Nollet : "Je ne peux accepter cette explication. Quand les signaux sont donnés en juin, et que vous avez confirmation qu’un produit interdit est présent en Belgique, vous deviez agir autrement : informer les citoyens, les politiques belges et européennes. Au lieu de ça, vous prévenez juste les Pays-Bas qui ont fait comme vous, ils ont attendu. Pourquoi on minimise ? Car l’analyse faite par l’agence ne prend pas en compte le risque systémique. Tout cela est lié à une situation de stress lié au pou rouge. Notre système de contrôle dit que tout s’est passé comme cela devait se passer, c’est inacceptable. Monsieur Ducarme, vous avez dit que tous les œufs qui montraient une présence de fipronil ont été retirés du marché, c’est vrai pour la période après le 20 juillet. Pour la période avant cela, vous ne pouvez pas l’affirmer. Notamment pour les produits dérivés."

Denis Ducarme se défend : "Il y a déjà eu des œufs bloqués avant le 20 juillet, des œufs ont été saisis à partir de juin. Nous nous rejoignons sur la nécessité de publier les taux. Vous avez vu combien nos taux sont bas sur l’ensemble des tests. Il n’y a qu’un échantillon lors de la contre-expertise qui était au-dessus du seuil européen. Le reste des œufs saisis étaient effectivement non conformes, mais ne représentaient pas un danger pour la santé. Il faudra effectivement voir avec l’AFSCA jusqu’où on pourra remonter par rapport aux œufs d’avant le mois de juin."

100% des contre-expertises ont montré qu’il y avait un problème

Ce que ne peut laisser passer Jean-Marc Nollet : "Quand vous dites qu’il n’y a qu’une situation qui montre un dépassement du seuil de toxicité, je ne peux pas vous suivre. Moi je vais vous dire autrement : 100% des contre-expertises ont montré qu’il y avait un problème. Vous avez demandé 6 contre-expertises sur 86 exploitations, vous avez reçu les résultats d’une seule. Est-ce que vous êtes d’accord de demander à l’AFSCA d’effectuer d’autres contre-expertises se manière aléatoire ?"

Denis Ducarme a ensuite évoqué une éventuelle compensation pour les exploitations touchées et qui ont subi des pertes : "Nous savons que les pertes risquent d’être très importantes pour le secteur. Dès demain, il y aura une réunion avec les représentants du secteur pour voir ce que l’on peut faire. Le secteur nous accompagne sur ce terrain, il sait que c’est indispensable que les fraudeurs puissent être éliminés de leur filière. Ils comprennent les mesures mises en œuvre par le gouvernement. Vous devez être conscients de notre préoccupation par rapport à cet aspect, ce pour quoi nous aurons une réunion demain matin."

Différences de mesures entre laboratoires

Sur l’écart entre les mesures des différents laboratoires, l'Afsca répond qu'elle mène l'enquête pour déterminer ce qu'il s'est effectivement passé.

Et comment expliquer le retard de l’arrivée des résultats venus des laboratoires ?  Sur ce point, l'Agence répond : "Nous avons envoyé beaucoup d’échantillons en une fois, les membres du labo ont été un peu débordés."

Enfin, l'Afsca insiste pour dire qu'elle n'a pas essayé de se cacher derrière le secret de l'instruction.

Drôle de jeu que de s'accrocher au bas du pantalon de Borsus

Plusieurs députés ont également demandé à recevoir le rapport détaillé qu'a obtenu l'ancien ministre de l'Agriculture Willy Borsus le 25 juillet, afin de connaître l'état des connaissances à cette date.

Une requête qu'à jusqu'ici balayée le successeur de M. Borsus, Denis Ducarme, arguant qu'il s'agissait d'un "drôle de jeu que de s'accrocher au bas du pantalon de Borsus."

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