"Les partis ne respectent plus le contrat passé avec l'électeur, il y a une sorte de dilution idéologique"

"on a l'impression que les partis sont un peu prêts parfois à toutes les compromissions et à tous les arrangements", estime François Gemenne.
"on a l'impression que les partis sont un peu prêts parfois à toutes les compromissions et à tous les arrangements", estime François Gemenne. - © RTBF

Paul Magnette évoquait ce jeudi le congrès idéologique du PS qui aura lieu dimanche, le premier congrès de ce type au PS depuis 40 ans. Mais quel avenir pour les partis politiques en 2017? C'était l'objet du débat dans le plus de Matin Première ce vendredi avec le journaliste Alain Gerlache et le chercheur à Sciences Politiques Paris, François Gemenne. 

À quoi servent les partis politiques en 2017?

A.G.: "C'est vrai qu'on peut se poser la question, surtout quand on voit qu'ils sont décriés, on les accable de tous les maux. Moi je voudrais relativiser quand même un certain nombre de choses. Je pense que les partis n'ont pas que des défauts, ils ont évolué aussi, on ne l'a peut-être pas vu. Si on fait la comparaison avec l'époque de ce congrès doctrinal du PS il y a 40 ans, à l'époque, pour être mandataire, il fallait faire partie du pilier socialiste, il fallait aussi être membre de la FGTB, il fallait être membre des mutualités socialistes, il fallait être abonné à un journal socialiste — à l'époque, il y en avait encore, officiellement en tout cas — et puis il fallait aussi envoyer ses enfants à l'école officielle. On voit bien qu'on était dans un pilier, et de pilier structurait vraiment la société. Aujourd'hui, les choses ont quand même évolué, les partis se sont quand même davantage ouverts. On est sans doute plus dans une forme de consommation, on passe d'un parti à l'autre, mais au moins il y a une plus grande latitude et je pense que le pouvoir des partis s'est un peu réduit malgré tout".

Ce n'est plus tendance les partis?

F.G.: "Je dirais qu'un parti, à la base, a deux fonctions majeures. La première fonction est d'être le garant du respect du contrat passé avec l'électeur, d'où l'importance de la discipline de parti. Moi je suis un des grands défenseurs de la discipline de parti parce que je trouve qu'il est important que les députés votent ce pour quoi ils ont été élus, et donc respectent le programme du parti. Il est certain qu'aujourd'hui si les partis ne parviennent plus soit à faire respecter cette discipline de parti, ils s'effondrent. C'est le cas du PS français qui n'a plus réussi à assurer la cohésion de son groupe sous le mandat précédent de François Hollande".

Mais est-ce qu'on pouvait demander à des parlementaires socialistes de voter des textes pour lesquels il n'y avait jamais eu d'engagement? Exemple, la déchéance de nationalité que voulait François Hollande.

F.G.: "Bien entendu. Le gros problème aujourd'hui c'est que les partis eux-mêmes ne respectent plus le contrat passé avec l'électeur et qu'il y a une sorte de dilution idéologique, où on a l'impression que les partis sont un peu prêts parfois à toutes les compromissions et à tous les arrangements. Donc, quelque part, je pense que c'est une bonne nouvelle que le parti socialiste tienne un congrès idéologique pour rétablir une ligne. Et je pense que le salut des partis viendra du fait qu'ils puissent rétablir une ligne et s'y tenir et cesser d'ajouter de la confusion au choix de l'électeur".

A.G.: "On est dans le réel, il faut comparer avec les alternatives. Alors, il y a des mouvements citoyens un peu nébuleux parfois, même s'il y a une volonté de renouveler les choses. Et puis si on reste en France, on voit qu'il y a des mouvements qui sont organisés autour d'une personne. Je laisse de côté le Front national parce que ça, c'est la variante française finalement de la dynastie nord-coréenne, mais si on voit En marche, EM, Emmanuel Macron, quelle est la possibilité à l'intérieur de ce mouvement de contester Emmanuel Macron? La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, c'est facile de critiquer Jean-Luc Mélenchon à l'intérieur de la France insoumise? Je pense que même au parti socialiste, dont on reproche souvent le monolithisme, etc., il est sans doute plus facile de critiquer Elio Di Rupo que Jean-Luc Mélenchon au sein de la France insoumise".

Qu'est-ce qui fera que les partis reprendront le dessus sur des mouvements qui sont très marketés, En marche, par exemple?

F.G.: "Je pense le fait qu'ils puissent redéfinir une ligne idéologique et s'en tenir à cette ligne idéologique. Je pense qu'ils doivent abandonner leur idée, leur rôle de fonction sociale et d'organisation sociale. Le nombre d'adhérents au parti ne cesse de baisser. En 1987, il y avait 655 000 adhérents à des partis en Belgique ; en 2012, ils n'étaient plus que 389 000. Le PS français, vous savez combien d'adhérents fin 2016? 42 300. Le PS belge a deux fois plus d'adhérents que le PS français".

A.G.: "C'est sans doute l'héritier de la vieille social-démocratie. On est plus proche du modèle allemand. Moi je crois que ce qui est important, c'est de renouveler aussi la démocratie au-delà des partis par davantage de consultation populaire et de référendums. Mais ça demande évidemment autre chose que des référendums à l'emporte-pièce comme le Brexit".

F.G.: "Alors, je ne suis pas d'accord. Moi je suis très opposé aux référendums et je suis un grand défenseur de la démocratie parlementaire parce que je trouve que le problème, précisément, des référendums est d'abord que les gens ne répondent jamais à la question qui est véritablement posée, et je trouve que si les partis, effectivement, représentaient et jouaient leur rôle, il n'y aurait pas besoin de référendums et de consulter sans cesse la population".

A.G.: "C'est vrai, mais les choses peuvent évoluer et voter une fois tous les 4 ans n'est sans doute pas suffisant. Mais je suis d'accord avec vous qu'il faut encadrer les choses et vraiment préparer cela pour que ce ne soit pas des mouvements d'humeur".

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