Les opérations de la Défense en 2015: un bilan rythmé par la menace terroriste

Les opérations de la Défense en 2015: un bilan rythmé par la menace terroriste
Les opérations de la Défense en 2015: un bilan rythmé par la menace terroriste - © Tous droits réservés

Quelque 12 000 militaires belges ont été engagés dans des opérations l'an dernier, dont trois quarts à l'intérieur du pays, selon le bilan 2015 de la Défense présenté ce jeudi. 9000 personnes au total ont donc été déployées depuis le 17 janvier dernier dans les rues des grandes villes belges.

Cette proportion a augmenté à la suite notamment des attentats contre Charlie Hebdo, de l'intervention des forces spéciales à Verviers et du relèvement du niveau de la menace terroriste après les attentats à Paris. La Défense est aussi intervenue dans le cadre de la crise des migrants.

La majorité de ces 12 000 hommes et femmes étaient issus de la composante terre (85%).

Ce déploiement est  "une grande première pour la Défense", a souligné le capitaine de frégate Guy Schotte, responsable des opérations à l'état-major de la Défense.

"La charge sociale" pour ces militaires a également changé l'an dernier, puisque les mesures antiterroristes ont parfois signifié "qu'ils ont été déployés sur le territoire national pendant quatre mois, sans être près de leur famille", a-t-il ajouté. Actuellement, des centaines de militaires sont encore déployés dans les rues, a ajouté le colonel Bart Hubrechtsen. Et environ un millier sont prêts à être déployés sur le sol national si besoin.

Chris, qui comme les autres hommes qui ont participé à des opérations, ne dévoile pas son identité complète, pour des raisons de sécurité, fait partie des chasseurs ardennais. Avec son bataillon, ils étaient en exercice quand "nous avons été mis au courant des attentat de Paris. Et dans la foulée, très rapidement, des éléments du bataillon ont été déployés dans les différentes villes." "On était très contents de pouvoir opérer sur notre territoire."

La menace terroriste, ces soldats l'ont côtoyée en opération en Afghanistan, au Mali ou au Liban, mais opérer en Belgique amenait une part inédite d'inconnu. "Ce qui était difficile c'était l'inconnu, on ne connaissait pas ce genre d'intervention sur le territoire belge. C'était plutôt la crainte de la réaction de la population par rapport à notre présence parmi eux", nous précise Chris, qui a constaté un accueil globalement très favorable des belges.

La composante aérienne a également injecté du personnel pour la sécurisation de l'aéroport de Charleroi, entre autres.

Le nombre de demandes d'intervention par les services de déminage de l'armée a augmenté l'année dernière, se chiffrant à 3655 requêtes et 220 tonnes de matériel neutralisé. Les requêtes d'intervention pour des colis suspects et autres ont, elles, connu un pic (158).

Sur le plan international, la frégate Léopold Ier s'est vu attribuer une nouvelle mission à la suite des attentats de Paris, à savoir escorter le porte-avion français Charles de Gaulle.

Gaëtan, qui est responsable des opérations sur la frégate Léopold Ier, nous précise le rôle principal que doit jouer la frégate. "On peut servir à la sécurité, au large de la Syrie, il y avait des forces russes qui étaient tout près et donc ca nous permet de garder une certaine distance car le plus important c'est que le porte-avion puisse garder une certaine vitesse pour pouvoir lancer ses aéronefs et conserver sa liberté d'agir."

Accueil de réfugiés

Le Léopold Ier rentrera ce samedi 23 janvier à 9h dans son port d'attache Zeebrugge.

Concernant la composante air, sur les six premiers mois de l'année, les F-16 belges ont effectué près de 800 vols au-dessus de l'Irak et 160 frappes, dans la lutte contre l'Etat islamique. Ils reprendront le chemin du Moyen-Orient à la mi-2016. Des soldats belges ont aussi entraîné les services anti-terroristes irakiens à Bagdad.

Quatre chasseurs-bombardiers belges se sont encore rendus en Pologne, sur une période de huit mois, dans le cadre de la sécurisation de l'espace aérien balte à la suite de la crise ukrainienne.

D'autres missions "n'étaient pas prévues au début de l'année 2015", a ajouté M. Schotte. La crise des migrants dès le printemps a en effet influencé le programme. La Belgique a ainsi contribué aux opérations de sauvetage en mer avec le Godetia, et 120 militaires déployés en Méditerranéenne. Le Léopold Ier est aussi intervenu en octobre dans l'opération antipasseurs SOPHIA, "plus militaire".

A l'intérieur du pays, la Défense a contribué à l'accueil des réfugiés en mettant à la disposition de Fedasil six casernes et en assistant la Croix-Rouge.

Après cette année 2015 "très exigeante pour les militaires", l'agenda des opérations pour 2016 a reçu l'aval du Conseil des ministres en décembre. Les grands axes pour cette année sont, pour la composante air, outre un retour au Moyen-Orient, toujours la participation au renforcement de la police de l'air dans les Etats baltes ("Enhanced Air Policing Mission") au départ de la base aérienne d'Amari (Estonie) (mission débutée en janvier 2016), un exercice majeur en Lituanie avec 350 soldats d'un groupement tactique inter-armes durant un mois. La marine interviendra aussi dans cette région, avec le déploiement d'un chasseur de mines en mers du Nord et Baltique.

Les forces belges resteront actives au Mali, et se concentreront parallèlement sur les régions du Sahel et de l'Afrique du Nord.

La Défense restera dans tous les cas "à disposition du gouvernement belge", a assuré M. Hubrechtsen. Quant à un éventuel impact de la menace terroriste sur les recrutements à l'armée, s'il n'est pas encore "concrètement mesurable", "car nous sommes trop tôt dans le processus", on observe tout de même "un intérêt grandissant" pour les métiers de le Défense "sur les divers supports tels que le site internet et les réseaux sociaux", a indiqué à Belga Olivier Sevrin, porte-parole. "Nous recevons beaucoup de questions via notre page Facebook."

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