Les manuels scolaires islamiques officiels réalisés par la Diyanet, les Affaires religieuses turques?

La mention Diyanet figure sur les manuels.
2 images
La mention Diyanet figure sur les manuels. - © K. F.

Les manuels scolaires utilisés depuis quelques mois dans les établissements primaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont-ils été réalisés et supervisés par la Diyanet? C'est ce que pense un enseignant de religion islamique. Anonymement, il explique à la RTBF avoir été surpris par la mention "Diyanet", figurant à plusieurs endroits dans les livres recommandés par l’Exécutif des musulmans de Belgique. La Diyanet, c'est la Direction des Affaires religieuses de Turquie. Un mastodonte officiel qui oeuvre dans la diffusion d'un islam turc, dans le pays même mais aussi dans le monde, auprès de la diaspora. Une antenne existe d'ailleurs en Belgique, dans la commune de Saint-Josse-ten-Noode.

Un islam de Belgique?

Pour cet enseignant, "il n'est pas normal qu'à l'heure où on prône un Islam de Belgique, les manuels scolaires que nous propose l'Exécutif des musulmans soient réalisés par la Turquie. Certes, le contenu est teinté de catéchisme. Mais ce n'est pas le plus interpellant."

Sollicité par la RTBF, le président de l'Exécutif des musulmans, Salah Echallaoui réfute toute ingérence turque dans l'élaboration des manuels scolaires islamiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Lorsqu'à l'Exécutif, nous avons vu cette mention Diyanet, nous avons également sollicité une explication auprès de l'éditeur responsable des manuels. Explication que nous avons obtenue et qui nous satisfait."

Selon le président de l'Exécutif, l'explication est simple. Mais il faut remonter à 2013. "Cette année-là, il n'y avait pas de manuels scolaires mais nous avions édité un référentiel de compétences à l'attention de nos enseignants de religion islamique, du primaire et du secondaire. En Flandre, une commission pédagogique composée d'enseignants et d'inspecteurs a travaillé à l'élaboration de manuels scolaires. Ces manuels sont sortis en 2009 côté flamand puis ont été traduits pour la partie francophone du pays avant de nous être soumis pour analyse et correction."

Après un premier screening, des passages sont supprimés, car "ne cadrant pas avec le référentiel de compétences francophone". Sont également élagués des extraits évoquant des batailles violentes datant des premiers temps de l'islam. En tout cas, affirme l'Exécutif, "tous ces manuels ont été réalisés en Belgique, d'abord par des enseignants de religion islamique en Flandre avant d'être traduit en français, sous la supervision de l'Institut d'Enseignement et de Recherche en Sciences sociales et Religieuses (NDLR: IERES), basé à Ixelles". 

Une homonymie

Dès lors, pourquoi cette mention? "Tout comme cet enseignant qui vous a interpellé, j'ai été surpris par cette mention. J'ai demandé des explications. L'IERES nous a dit qu'il ne s'agit pas de la Direction turque des affaires religieuses mais d'une maison d’édition homonyme, Diyanet Vakfi, choisie pour une raison de coût d'impression des manuels. C'est donc un problème de forme et pas de fond. Reste que si l'Exécutif n'a aucune emprise sur ce paramètre, si nous avions pu éviter cette confusion, nous l'aurions évité. Il est hors de question pour nous d'accepter une ingérence étrangère quelconque, de la Diyanet ou autre."

Pour le président de l'Exécutif, ces nouveaux manuels proposés depuis novembre dernier permettent d'éviter que des enseignants n'utilisent des manuels non officiels, sujets à questionnements et polémiques. "D'ailleurs, nous avons reçu des plaintes en ce sens et pris des sanctions parce que certains enseignants s'inspiraient d'ouvrages non conforme à notre référentiel de compétences. D'où l'urgence à proposer des manuels conformes." Dans le cadre de la prochaine édition, l'Exécutif demande d'ailleurs aux enseignants de rester vigilants par rapport à ces manuels et de faire remonter remarques, observations, lacunes et fautes d'orthographe.

Une explication qui ne convainc pas

Une explication satisfaisante pour les enseignants de religion islamique? Pas vraiment selon notre interlocuteur anonyme.  "Pour ce qui est du lien avec la Diyanet, celui-ci est évident, en regard de la liste des membres du conseil d'administration et de la structure tant pour la référence en Belgique que celle en Turquie. Limiter la Diyanet à une simple maison d’impression pour des raisons économiques nous semble franchement farfelu", dit-il. "Enfin, nous ne trouvons mention nulle part des auteurs des manuels que nous ne pouvons que présupposer être Turcs."

Par ailleurs, "la personnalité controversée du directeur de l'Institut qui a élaboré ces manuels, Halife Keskin, pose problème. Il est rattaché à l’ambassade turque et a quand même envoyé une lettre aux mosquées turques pour avoir la liste des Gulenistes", selon un article du Knack repris par le Vif. Pour rappel, les Gulenistes (du nom de l'opposant Fethullah Gulen) sont suspectés par le président turc Recep Erdogan d'avoir fomenté le coup d'état avorté du 15 juillet 2017.

Manque de concertation

Les enseignants que dit représenter notre interlocuteur s'étonnent enfin de l'absence de concertation avant impression des ouvrages. "A aucun moment, les enseignants n’ont été sollicités pour la relecture de ces manuels ni même prévenus qu’un tel manuel existait. Pendant des années, nous n’avons reçu aucun courrier en ce sens ni même une seule information concernant le référentiel de compétences mentionné. L'Exécutif nous demande donc de rapporter d’éventuelles fautes pour des livres dont nous ignorons complètement l’existence. En novembre 2017, donc, plusieurs années après l’impression des livres, nous recevons enfin un courrier avec un bon de commande mettant en évidence l’existence du référentiel de compétences ainsi que l’information de l’existence de ces manuels, que nous devons acheter pour nous faire une idée du contenu. A aucun moment, une version d'évaluation ne nous a été soumise.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK