"Les jeunes qui reviennent doivent tous être suivis", selon une journaliste infiltrée

Selon Yvan Mayeur, les bourgmestres, en particulier les Bruxellois, "ne sont pas informés de grand-chose" après le screening auquel on procède au moment du retour de ces jeunes gens dans les quartiers notamment de la capitale, alors que "des gens savent sans doute à un certain niveau".

Le bourgmestre n'a pas masqué son inquiétude alimentée par le constat que le chef de sa zone de police locale n'est pas plus informé que lui. La plupart du temps, dit-il, les autorités locales ne semblent informées de certains retours que par des relais locaux dans les quartiers. "Nous avons déjà eu deux réunions chez la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet à propos de ce dossier. Mais on ne sait toujours rien, sauf que des jeunes gens de nos quartiers sont partis et quand certains d'entre eux reviennent. On nous assure qu'il y a un suivi après le 'screening', dans les cas où il y a déjà un dossier judiciaire, ce qui veut dire a contrario qu'il n'y en a pas, dans les autres cas", a expliqué Yvan Mayeur.

Pour le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, il faut au minimum un accompagnement psychologique et social lors du retour de zones du globe telles que la Syrie. Il faut en tout cas un lieu de discussion pour répondre à une série de vraies questions sur ce qui est réellement fait et sur ce qu'il faut faire, a-t-il encore dit en substance.

Le jihad commence sur Facebook

Pour tâcher de mieux comprendre pourquoi certains jeunes partent combattre en Syrie aux côtés de jihadistes, une journaliste s’est infiltrée l’an dernier dans un groupe de jeunes jihadistes via Internet en se faisant passer pour l’un d’eux. "Sur les réseaux sociaux, il se passe énormément de choses, explique-t-elle. Les candidats combattants sont jeunes, entre 18 et 28 ans environ, parfois un peu plus. Il est difficile d’établir un profil type, mais la plupart d’entre eux proviennent de quartiers difficiles, en Belgique et en France. La plupart d’entre eux n’avait pas de travail quand ils sont partis. Ils étaient en gros à la recherche d’une identité, qu’ils ont trouvée grâce à ces groupes qui sont massivement présents sur les réseaux et qui finalement leur donnent une identité, une importance. En général, ils ont une personnalité assez faible puisqu’ils se font endoctriner. On évoque toujours la notion de sectes, parce que c’est effectivement comme cela que ça marche quand on voit tout ce qui passe sur les réseaux sociaux. Il peut être facile pour quelqu’un qui n’est personne dans la société occidentale d’être séduit par les discours qu’on peut voir sur les réseaux sociaux."

"On passe aussi énormément d’images assez atroces pour justifier le combat, pour pouvoir dire ‘nous allons combattre Bassar le chien qui fait du mal à la population’. Sauf qu’ils se retrouvent à se combattre les uns les autres c’est-à-dire : on a deux groupes islamistes qui ont pas mal d’étrangers dans leurs groupes qui se retrouvent à se combattre sur place."

Une haine généralisée pour l’Occident

"Ces jeunes sont antisémites, mais pas seulement. Ils en veulent en général à toute la société occidentale et même aux musulmans ‘intégrés’, perçus comme des traîtres, des mécréants. Il y a une haine générale contre tout ce qui est occidental. C’est un peu contradictoire car on ressent quand même qu’ils sont nés ici, qu’ils ont été élevés ici et malgré leur radicalité on sent qu’ils restent imprégnés d’un certain côté du facteur occidental et d’ailleurs la preuve ne est qu’ils utilisent Facebook, LE réseau social américain… "

Les conditions du retour

"La police a peu de contrôle sur les retours – il y a eu des arrestations, certains ont été libérés… La police tente avec les moyens qu’elle a de les interpeller à leur arrivée, mais ils n’arrivent pas à détecter tous les retours, parce qu’ils se font en toute discrétion, en passant par certains pays, en voiture, en bus… Et ce que ces personnes deviennent, c’est difficile à dire. Des cas comme Mohammed Merah et Mehdi Nemmouche sont plutôt isolés. En revanche, il y a de plus en plus de jeunes qui continuent à partir et cela augmente la probabilité d’avoir d’autres affaires comme celle du Musée juif. Je crois pourtant que la grande majorité des jeunes qui reviennent ne présentent pas ce genre de risque. Mais il reste important de les suivre, ne fût-ce que psychologiquement, car la violence qu’ils ont vécue sur place est presque impossible à concevoir par les gens qui vivent ici. Il faut qu’ils soient suivis, si ce n’est pas par la police, au moins par des assistants sociaux, des psychologues… "

Une armée secrète prête à agir ?

Samuel Laurent, auteur de "Al-Qaïda en France" estime par contre que les jeunes qui rentrent en Europe, très bien entraînés à la guerre, au sabotage, aux attentats-suicide, représentent un danger pour nos pays. Dans un livre plutôt alarmiste, il décrit comment, selon lui, un réseau clandestin s’est installé en Europe, "formidablement armé" et "prêt à frapper".

Patrick Bartholomé avec Olivier Nederlandt et Belga

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