Les inégalités sociales nuisent gravement à la santé, révèle une étude de Solidaris

L'accueil d'un hôpital
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L'accueil d'un hôpital - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Une étude de la mutualité Solidaris met des chiffres sur une réalité déjà soupçonnée. L’état de santé va de pair avec la situation économique et sociale d’une personne. Les personnes issues des milieux les plus précaires ont un taux de mortalité avant l’âge de 65 ans deux fois plus élevé que celles issues des milieux les plus aisés. Ce n’est pas le seul domaine de la santé où les plus précarisés payent le prix de leur situation.

Malgré les progrès en matière de santé publique et le système belge de protection sociale offrant un large accès aux soins de santé, les inégalités de santé ne se résorbent pas ces dernières décennies. C’est la conclusion à laquelle arrive Solidaris, qui s’est penchée sur les données mutualistes de l’ensemble de ses affiliés. A la base, les affiliés les plus précarisés vivent déjà davantage d’inégalités sociales. On compte parmi eux sept fois plus de bénéficiaires du statut BIM (bénéficiaire d’intervention majorée), 25% de chômeurs de longue durée en plus et quatre fois plus de familles monoparentales que chez les bénéficiaires plus nantis. 

Ces difficultés sociales aggravent l’état de santé et les problèmes de santé auxquels les personnes doivent faire face. Plus le niveau de revenu est bas, plus le taux de mortalité avant la pension augmente. Le nombre de décès avant 65 ans est largement supérieur parmi les précarisés. On estime ainsi que pour une population de 150.000 personnes, il y a 402 décès parmi les personnes précarisées contre 174 décès parmi les personnes les plus nanties, c’est 2,3 fois plus.

Handicap et niveau social

L’étude montre aussi un lien fort entre la présence de handicap et le niveau social. Plus on descend dans l’échelle sociale, plus le pourcentage de personnes en situation de handicap augmente. Il y a ainsi 3,2 fois plus de personnes en situation de handicap parmi les plus précarisés que parmi les plus nantis. Dès la naissance, le pourcentage de personnes en situation de handicap est déjà deux fois plus élevé parmi les précarisés.  

Les maladies chroniques sont aussi plus fréquentes et causent plus de problèmes dans les catégories sociales inférieures. La prévalence de diabète (insulino-dépendant) est clairement plus élevée dans le groupe social le plus bas. On estime qu’il y a 43% de personnes diabétiques en plus parmi les personnes précarisés par rapport à la moyenne de la population. A l’inverse, ils sont 30% en moins parmi les personnes nanties. Les diabétiques sont donc deux fois plus nombreux chez les pauvres que chez les riches.

L’état de santé mentale est également bien plus détérioré parmi les précarisés. Ceux-ci sont en moyenne hospitalisés pour raisons psychiatriques 1,6 fois plus que la moyenne de la population et 2.3 fois plus que les nantis. Selon Solidaris, l’écart s’est creusé après la crise de 2008. Celle-ci aurait fait plus de dégâts sur la santé mentale des pauvres que des riches.

Les plus précarisés prennent moins soin d’eux

L’environnement et les facteurs héréditaires déterminent l’état de santé. Cependant, le mode de vie et les comportements préventifs pourraient atténuer les effets néfastes pour la santé. Mais, là aussi, les plus précarisés sont moins armés que les nantis.  Les personnes issues des groupes sociaux les plus précaires sont moins nombreuses (33%) à se souvenir des messages de santé publique (exemple, manger 5  fruits et légumes par jour, éviter de manger gras…) que celles issues de milieux plus favorisés.

Les plus précarisés passent aussi sous les radars des campagnes de dépistage. Par exemple pour le cancer du sein ou du col de l’utérus, les femmes précarisées sont respectivement 14% et 11% moins dépistées que ce qu’on observe dans la population totale.  Les campagnes de sensibilisation à la contraception peinent aussi à toucher les plus jeunes dans les milieux plus défavorisés. On compte jusqu’à 7,5 fois plus de mères adolescentes parmi les groupes sociaux les plus défavorisés.

Des hospitalisations plus fréquentes et plus longues

L’état de santé globalement plus dégradé des plus précarisés et le moindre recours à la prévention ont pour conséquence que les moins nantis sont nettement plus nombreux à être hospitalisés que la population moyenne. On estime qu’ils sont 10% de plus à être hospitalisés, que les durées d’hospitalisation sont 12% plus longues. Les plus précarisés sont aussi 18% plus nombreux à être hospitalisés plus d’une fois par an.

Pour Solidaris, ces résultats sont sans appel. Ils sont le témoin des inégalités socio-économiques existantes entre les différents sous-groupes de population. Même si l’offre de soins de santé, préventive et curative est importante en Belgique, il reste du travail à effectuer pour atteindre ceux qui en ont le plus besoin. Les Assises de la Mutualité Solidaris se pencheront sur la question ces 7 et 8 juin.

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