Les incapacités de travail toujours en hausse: une réalité qu'"on ne veut pas voir", estime la vice-présidente de la Mutualité chrétienne

Bientôt les vacances d’été… Pour certains, cela rime avec voyage, pour d’autres c’est une façon d’échapper au travail. Car le travail épuise. C’est le constat d’une grande enquête sur les incapacités de travail de la Mutualité chrétienne (MC) qui a interrogé près de 4350 de ses affiliés. Et, dans la grande majorité des cas, c’est le travail qui est la cause de l’incapacité de travail.

Rappelons tout d’abord que l’incapacité de travail en Belgique coûte plus cher à l’Etat que le chômage. Si le constat n’est pas neuf, la situation, elle, s’aggrave. Son coût en 2019, représentait 12% du budget de la sécurité sociale, soit 8 milliards 600 millions d’euros. A titre de comparaison, en 2010, le montant s’élevait à 4,7 milliards d’euros. Ce qui correspond à une hausse de 7% par an.


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Une réalité qu’"on ne veut pas voir"

Si l’on parle régulièrement des chiffres du chômage, la hausse de l’incapacité de travail est moins abordée et notamment l’augmentation du budget de 7% par an. Une réalité que les autorités ne souhaitent pas voir ?

Elisabeth Degryse, la vice-présidente de la Mutualité chrétienne (MC), pense plutôt que c’est une réalité qu’"on ne veut pas voir". "Les autorités, mais la société en général". Et cela, car cette réalité est difficile à regarder et elle pose de nombreuses questions.

Et la vice-présidente de la MC de citer : le rapport au travail, la vie privée, le rapport au temps, le rapport aux collègues, notre avenir professionnel. "Je pense que ce sont des réalités difficiles à nommer". Raison pour laquelle elle estime qu’il est important d’en parler aujourd’hui.

Les causes

Dans la grande majorité des cas, l’enquête de la Mutualité chrétienne montre que les causes essentielles des incapacités de travail sont : la relation aux collègues, la relation aux supérieurs hiérarchiques, le type de travail, la quantité de travail, la charge de travail et pour toute une série de personnes, la difficulté physique aussi de réaliser un travail.


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Pour 4 travailleurs sur 10, la raison de leur arrêt de travail, c’est le burn-out. Un sujet régulièrement abordé lui aussi avec une situation qui s’aggrave. Pour Elisabeth Degryse, la crise sanitaire a permis de mettre en lumière les questions de Santé mentale, ce qui est déjà un premier pas. Le fait d’en parler rend le sujet moins tabou.

Elle note aussi que : "Aller chez le psychologue, parfois, c’est un tabou. Dire qu’on a un burn-out, parfois, c’est un tabou. On ne voit pas le burn-out comme une maladie. Or, le burn-out c’est une maladie et donc ça se soigne". Et de rappeler que pour soigner cette maladie il faut s’arrêter. Sur cet aspect, les lignes semblent bouger, mais cela reste encore insuffisant, estime-t-elle.

La vice-présidente de la MC observe que des investissements (ou le démarrage d’investissements) en matière de soins psychologiques. A ce titre, 200 millions d’euros ont été libérés par le gouvernement. Une série de mesures sont prises pour accompagner les personnes (travailleurs, indépendants, etc.) dans toutes leurs démarches pour des soins psychologiques, "mais ce n’est évidemment pas du tout suffisant. Je pense qu’il y a encore énormément de choses à faire".


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Les décisions politiques ont-elles une influence ?

L’enquête de la MC pointe également le fait que certaines politiques peuvent avoir une influence sur la hausse des chiffres des incapacités de travail. Exemple : les aménagements de fin de carrière, les changements dans les politiques de chômage. Doit-on en déduire qu’il s’agit de vases communicants, mais aussi que toutes les personnes en incapacité de travail ne sont pas forcément malades ? Elisabeth Degryse souhaite que l’on nomme "les choses" correctement.


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Le chômage est une assurance à partir du moment où l’on perd son travail. "Si on perd son travail, on a droit au chômage parce qu’on a cotisé et puis on retrouve un travail". Quand une personne est en incapacité de travail, elle n’est pas capable de travailler. "Dès lors, qu’il y ait des vases communicants cela peut se produire si des personnes au chômage sont au final plus en capacité de travailler. Je pense que c’est normal que chacun soit dans le bon régime de travail".

Pour Elisabeth Degryse, il y a effectivement, ces dernières années, des décisions politiques qui ont renforcé la difficulté en fin de carrière. Et elle cite : la suppression d’une série de crédits temps, la suppression d’une série de régimes de prépensions. "On ne travaille pas assez sur un aménagement de fin de carrière". Notons que l’enquête montre que les incapacités de travail augmentent avec l’âge.

Trop souvent on voit les personnes en incapacité de travail comme des carotteurs

Autre constat, sur la période d’évolution 2004-2020 de l’incapacité de travail, le nombre de personnes qui travaillent n’a pas tellement diminué. Il ne s’agit donc pas de dire qu’il y a moins de personnes au travail et plus de personnes en incapacité de travail. L’analyse est bien plus complexe, précise la vice-présidente de MC.

"Il faut sortir de l’idée que ce sont des profiteurs qui passent d’un régime à l’autre". "Trop souvent on voit les personnes en incapacité de travail comme des carotteurs", poursuit Elisabeth Degryse. Elle aime aussi dire "qu’on est en incapacité de travail et pas en incapacité de vie". Et de rappeler que si l’on peut croiser un collègue au marché, ce n’est pas pour cette raison qu’il est capable de travailler.

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