Les immigrés en Wallonie? Pas plus de 8% en dehors des Européens

Pour un Wallon sur 5, les réfugiés sont l'image-même de l'immigration. pourtant, ils ne constituent que 2% des immigrés en Wallonie.
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Pour un Wallon sur 5, les réfugiés sont l'image-même de l'immigration. pourtant, ils ne constituent que 2% des immigrés en Wallonie. - © ® ROBERT ATANASOVSKI - Belga

Que pense le Wallon de la société dans laquelle il vit ? L’IWEPS, l’Institut Wallon de l’Évaluation, de la Prospective et de la Statistique poursuit son enquête.

1410 personnes viennent cette fois d’être interrogées sur les discriminations liées à l’origine ethnique. Cette dernière étude comporte à nouveau son lot de surprises.

Le mythe

Entre l’idée que le Wallon se fait de l’immigration et la réalité, il y a de la marge. Il surestime largement la proportion d’immigrés vivant en Wallonie : les personnes interrogées sont convaincues qu'ils constituent environ 30% de la population alors qu’en fait, il n’y en a en Wallonie que 16% d’immigrés dont la moitié sont Européens.

Par ailleurs, le Wallon imagine qu’il y aurait chez lui 29% de musulmans et 13% de juifs. Les chiffres sont une nouvelle fois très éloignés : 6% de musulmans et 0,3% de juifs.

Position équivoque

Il y a donc un grand écart entre la réalité et ce que le Wallon imagine.

Pourtant, ça ne l’empêche pas de considérer que les discriminations liées à l’origine ethnique sont un problème qu’il faut traiter, qu’on ne peut le laisser s’installer.

Abdeslam Marfouk, attaché scientifique à l’IWEPS, analyse : "Le Wallon a conscience que les discriminations liées à l’origine ethnique sont un problème sérieux, dit-il. Il estime que le gouvernement doit faire un effort dans la matière. Mais – et c’est le sel de sa réponse – quand il s’agit d’emploi, il souhaite pourtant que les employeurs accordent la préférence aux travailleurs non-immigrés." Une discrimination perceptible et qui se traduit d’ailleurs dans les chiffres du taux d'emploi.

Ce n’est pas la seule idée fausse

D’autres idées bien ancrées en Wallonie circulent: par exemple, celle que l’immigré représente une charge pour les pouvoirs publics alors qu’il apporte plus qu’il ne coûte.

Le Wallon lie aussi – à tort – immigration et criminalité. Enfin, il imagine que l’immigré est d’abord un réfugié alors que les réfugiés ne sont que 2% du total des étrangers susceptibles de s’installer en Wallonie.

Bref, quantité de constructions mentales erronées. Mais elles sont réversibles, a constaté Abdeslam Marfouk. Il donne un exemple: A priori, 29% des Wallons veulent que le Gouvernement fasse plus d’efforts pour accueillir des réfugiés. "Mais quand on leur précise alors que beaucoup de ces réfugiés vivent dans les pays en voie de développement, cette proportion grimpe à 39%. Comme si les Wallons insistaient alors sur le besoin d’être solidaire par rapport aux autres pays qui accueillent des réfugiés de par le monde."

Informer pour éviter la méprise

L’étude de l’IWEPS illustre ce constant aller-retour entre les intentions plutôt bienveillantes des Wallons et une sorte de préférence nationale qu’ils sont tentés de s’accorder (par auto-défense?). La sur-pondération du poids des immigrés leur suggère en effet une position de repli, une réaction sans connexion avec la réalité.

D’où l’importance d’informer correctement sur la proportion réelle des immigrés dans la société wallonne. Rappelons-le: Ils ne sont que 16% en Wallonie. Parmi eux, 1 sur 2 est européen, 1 sur 6 est originaire d’un pays arabe et 1 sur 8 vient d’Afrique subsaharienne.

Il est utile de le préciser parce que, souligne l’étude de l’IWEPS, la perception des citoyens sur ces groupes infiniment minoritaires influence leurs choix de société et il vaut mieux que leurs préférences électorales s’appuient sur des faits plutôt que sur des chimères.

 

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