Les hôpitaux universitaires inquiets face à la réforme et aux "réseaux" de Maggie De Block

Maggie De Block en octobre dernier.
Maggie De Block en octobre dernier. - © HATIM KAGHAT - BELGA

La Conférence des Hôpitaux Académiques de Belgique (CHAB), qui coordonne et défend les 7 hôpitaux universitaires de Belgique (CHU Liège, Erasme, St-Luc, UZ Brussel, Louvain, Gand et Anvers), a exprimé son inquiétude, mercredi, au sujet du projet de "réseaux hospitaliers", qui a fait l'objet d'un accord la veille entre le fédéral et les entités fédérées.

Selon Chantal De Boevere, coordinatrice générale et porte-parole de la CHAB, plusieurs points d'importance ne sont pas abordés dans le projet de la ministre de la Santé publique Maggie De Block, et le risque est réel de perdre de vue l'objectif d'une amélioration de la prise en charge du patient, objectif qui doit rester au centre de la réforme, insiste-t-elle.

On pense que le gouvernement doit donner un signal clair

 résume Chantal De Boevere.

Un signal clair pour replacer au centre des préoccupations une amélioration des soins au bénéfice du patient, qui ne peut pas être vu comme simple variable économique. Mais aussi un signal clair de prise en compte de la spécificité des hôpitaux académiques, qui semblent avoir peur de voir leur fonction d'expertise, de référence en matière de soins suprarégionaux, diluée face à des réseaux dont les ambitions grossiraient au fur et à mesure des alliances, explique-t-elle. "On voit bien sur le terrain que certaines structures, qui fonctionnent en réseau, pensent que désormais, 'elles peuvent tout faire elles-mêmes'", simplifie-t-elle.

Nous sommes inquiets pour la recherche et la qualité

Les hôpitaux universitaires ont une "fonction de référence" à remplir au niveau des soins suprarégionaux, rappellent-ils mercredi dans un communiqué. Ces soins suprarégionaux, ce sont les soins plus spécialisés ou pointus qui ne devraient pas être d'office disponibles dans chacun des 25 réseaux "locorégionaux", ces réseaux d'hôpitaux qui devront avoir une base géographique et veiller à des soins de base de qualité pour chaque citoyen.

"Tandis que la mise en réseaux était surtout destinée à optimaliser la qualité des soins (citons par exemple la maternité et la pédiatrie), les discussions se concentrent sur le terrain surtout sur la médecine de troisième ligne comme la radiothérapie, les interventions cardiaques et le pet-scan", s'inquiète la CHAB. Or, il est intéressant de garder dans un giron académique certains soins suprarégionaux (la CHAB cite "la transplantation de cellules souches, la radiothérapie et la radiochirurgie complexes, les PET-CT et PET-RMN"), pour des questions de concentration de l'expertise (et des coûts) et de lien avec la mission de recherche qui est propre à ces hôpitaux universitaires, souligne la Conférence des Hôpitaux Académiques de Belgique.

Par rapport à cette mission de recherche, la CHAB s'inquiète aussi que "rien n'est prévu" dans le projet actuel pour garantir la pérennité du système qui veut que 70% au moins des médecins dans les hôpitaux académiques sont salariés. Ce salaire garantit qu'ils puissent consacrer une certaine part de leur temps à la recherche, rappelle Chantal De Boevere.

Il est primordial que ce statut soit maintenu et qu'une modalité puisse être prévue pour en garantir la pérennité dans le cadre des réseaux

 prévient la CHAB.

Quant au plan purement financier de cette vaste réforme du paysage hospitalier, dont le projet de loi est pendant à la Chambre (il a été déposé le 18 septembre), les hôpitaux universitaires estiment qu'on n'y a pas inclus suffisamment de garanties budgétaires. "Construire un réseau, ça coûte de l'argent. Même si l'objectif est de faire des économies par une organisation optimisée, dans un premier temps, cela va coûter plus cher", indique Chantal De Boevere. "La CHAB souligne que l'initiative des réseaux n'est pas soutenue par un financement adapté et que la garantie budgétaire promise précédemment n'arrive pas".

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