Les grands thèmes de la rentrée politique: l'économie

Les grands thèmes de la rentrée politique: l'économie
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A l'occasion de la rentrée, la rédaction en ligne de la RTBF se penche sur cinq grandes thématiques qui seront au cœur des débats politiques. Pour chacun de ces thèmes, nous avons posé la question suivante à des acteurs de premier plan dans les domaines concernés: "Que placeriez-vous en tête de l’agenda des responsables politiques pour la rentrée" ?

Avec un PIB en recul de 0,6% au deuxième trimestre, la Belgique est guettée par la récession. Dans un contexte européen toujours aussi peu rassurant, l’économie reste au centre des préoccupations des différents gouvernements de notre Etat fédéral. C’est le cas depuis l’intronisation de l’équipe Di Rupo.

Dans la déclaration gouvernementale de l’Exécutif fédéral, le 7 décembre dernier, on ne retrouvait en effet pas moins de quinze occurrences des termes "économie" ou "économique".

Mais comment faire pour sortir du cycle négatif dans lequel s’embourbe l’Europe et la Belgique avec elle ? Sur quoi travailler en priorité ?

"Construire une nouvelle économie plutôt que de mettre des rustines"

Pour Bernard Horenbeek, "il faut inverser les choses, changer nos perspectives en matière d’économie".

Le directeur du Crédal, organisation active dans le crédit solidaire, il faut d’urgence s’atteler à "établir des pistes en vue de construire une vision pour notre économie qui ne consiste pas seulement à courir derrière les problèmes et mettre des rustines partout. On assiste à l’émergence d’une nouvelle économie, basée sur une culture de l’entreprenariat qui intègre des éléments de solidarité, d’éthique et fait primer ses responsabilités sociales et environnementales sur le profit à court terme", constate-t-il.

"Et les faits prouvent que ces pratiques s’avèrent économiquement efficaces. Il faut donc que l’on place tout en haut de l’agenda le soutien à cette nouvelle économie éthique pour préparer le cadre économique de demain".

Construire une politique économique axée sur le "vrai emploi"

Un changement de perspectives, c'est également ce à quoi appelle Philippe Ledent, économiste chez ING. S'il met la priorité sur la création d'emplois, il appelle à repenser la politique économique en la matière.

"Ce n'est pas forcément original mais selon moi, la priorité du gouvernement en matière économique doit rester l'emploi", explique-t-il dans un premier temps. "Mais ces dernières années, pour créer de l'emploi à tout prix, on l'a fait quitte à le subventionner, en créant des places directement par toutes sortes d'initiatives politiques", estime notre interlocuteur.

"Or, ce qu'il faudrait, c'est réellement orienter toute la politique économique pour créer de vrais emplois", avance Philippe Ledent. "Cela passe par la création et la croissance d'entreprises qui se développent parce qu'elles font face à une demande, qu'elles innovent, qu'elles exportent... Et donc la création d'emploi basée sur un réel essor économique, non sur des aides publiques", juge cet économiste. "Une politique économique de compétitivité, axée sur l'emploi", autrement dit, mettre en place une politique économique qui stimule la compétitivité de notre économie et, par conséquent, la création d'emplois.

"Je mentionnerais aussi le dossier de la crise de la zone euro mais je ne pense pas que ce soit la peine de l'ajouter aux priorités car ce dossier s'imposera de lui-même" à nos responsables, ironise-t-il.

Réguler le monde bancaire

Pour Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, c'est la réforme du système bancaire qui doit être en tête des priorités. "Il faut une séparation pure et simple des banques d'affaires et des banques de dépôt. Jusqu'ici, on en a beaucoup parlé mais très peu a été fait. Or, ce n'est pas de demi-mesures dont on a besoin, il faut aller de l'avant".

Et pour aller de l'avant, "il ne faudra pas se laisser impressionner par les banquiers qui vont s'organiser et tout faire pour éviter une réforme fondamentale du système. Il faut changer de modèle bancaire, c'est indispensable pour éviter à l'avenir les accidents comme nous en avons connu", estime cet économiste de renom.

Olivier Marquet, directeur de la banque Triodos Belgique, fait exactement la même analyse. Pour rappel, la banque Triodos pratique la finance éthique (elle ne finance que des projets durables dans les domaines de l’environnement, de la culture et la santé ou de l’économie sociale). Cela ne l’a pas empêchée de voir ses bénéfices du premier semestre 2012 en hausse de 31% par rapport à l’an dernier à la même époque.

D'après Olivier Marquet, la priorité de la politique économique doit être "la régulation des banques". "Il faut mettre en place des mécanismes qui protègent l’épargnant et l’économie contre la spéculation bancaire et les prises de risques inconsidérées".

"Pour ce faire, il faut mettre en place des mesures pour protéger encore plus la banque classique, la banque de dépôt et d’épargne, et la séparer totalement des banques d’affaires", estime le patron de Triodos dans le sillage de Paul De Grauwe.

Le débat sur cette séparation des activités bancaires est d'ores et déjà au menu de la rentrée politique puisque le Premier ministre Elio Di Rupo s'est lui même prononcé pour une séparation nette entre banques d'affaires. Une posture que le ministre-président flamand Kris Peeters a immédiatement dénoncée, refusant, selon ses propres mots, le "retour aux caisses d'épargne d'antan".

Améliorer les facteurs de compétitivité belge

La compétitivité de l'économie belge, c'est également ce que la FEB place en tête de ce qu'elle voudrait voir figurer à l'agenda politique.

La fédération des patrons nous fait savoir que pour elle c’est la reprise qui doit être la première préoccupation du gouvernement, tant au niveau européen que national.

L’organisation des entrepreneurs belges voudrait ainsi que l'on puisse "concrétiser la relance en améliorant nos atouts et nos facteurs de compétitivité (flexibilité; prix de l'énergie pour les industries; coût du travail...)". Dans cette perspective, "il est clair que l'AIP (accord interprofessionnel, signé tous les deux ans entre partenaires sociaux, ndlr) de fin d'année aura une carte à jouer dans cette relance", nous fait savoir la FEB par courrier électronique.

"Nos atouts c'est aussi encourager nos entreprises exportatrices à aller encore plus loin (dans les pays BRIC qui connaissent une croissance) lorsqu'elles exportent", estiment les représentants du patronnat.

Concernant l’eurozone, la FEB appelle à "un retour à une situation plus saine et des finances publiques plus équilibrées". Pour Philippe Ledent aussi, il va de soi que le dossier de la crise européenne doit faire partie des priorités du gouvernement. "Mais ce dossier s'imposera de toutes manières de lui-même à l'agenda des décideurs politiques", précise l'économiste de chez ING.

Julien Vlassenbroek

 

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