Les CPAS wallons et bruxellois: "Il y aura des drames sociaux"

En 2011, le gouvernement Di Rupo a décidé de limiter à trois ans le droit au chômage des personnes qui n'ont pas trouvé d'emploi à l'issue de leurs études. Le 1er janvier 2015, trois ans se seront écoulés depuis l'entrée en vigueur de cette mesure, qui touchera donc pour la première fois les allocataires concernés.

D'après l'Onem, 16 900 personnes arriveront en fin de droit jeudi. Le Forem parle cependant de 30 364 Wallons tandis qu'Actiris avance le chiffre de 4694 exclus à Bruxelles.

"En fait, personne ne sait. On peut uniquement faire des estimations", explique Claude Emonts (PS). "On s'attend à ce qu'environ 30% des personnes exclues ne s'adressent pas aux CPAS et que, parmi ceux qui se manifestent, environ 30% voient leur demande d'intervention rejetée", précise également le représentant des CPAS wallons. "On aura une idée un peu plus exacte à partir de lundi. Mais la vague de demandes la plus importante arrivera sans doute en février."

"Les personnes qui risquent de perdre leurs droits ont reçu une lettre du Forem, mais on s'adresse notamment à un public qui lit mal, peu voire pas du tout. Certains ne sont donc pas encore au courant. Plusieurs sont par ailleurs honteux de s'adresser au CPAS", relève celui qui est aussi président du centre d'action sociale de Liège.

"Ce qui est évident, c'est qu'il y aura des drames sociaux que les CPAS ne pourront pas éviter", ajoute Michel Colson (FDF). Une partie des chômeurs exclus, surtout parmi les cohabitants, n'entre en effet pas dans les conditions pour bénéficier du revenu d'intégration sociale (RIS) et devra affronter subitement une perte financière. "Certains risquent de tomber dans le surendettement et, pour les CPAS, ce sera une troisième vague de personnes à accompagner avec d'autres aides, par exemple en matière d'énergie ou de santé", prédit l'ancien président du CPAS de Watermael-Boitsfort.

Malgré la création de cellules temporaires d'accueil et le recours à du personnel supplémentaire, l'homme craint que certains CPAS, débordés, ne parviennent pas à respecter les délais qui leur sont imposés pour traiter les demandes. "On ne nous donne pas les moyens de faire notre travail", regrette-t-il.

Tant Michel Colson que son homologue wallon redoutent l'impact de la réforme sur les finances locales, l'Etat fédéral ne remboursant qu'une partie de l'aide sociale que les CPAS sont tenus d'accorder. "Ce financement incomplet génère des déficits que les communes doivent apurer. On vit là une injustice flagrante", clame Claude Emonts.

A titre personnel, il se demande si cela a encore un sens d'accoler les CPAS aux communes. "Tout en gardant un ancrage local, le financement des RIS ne pourrait-il pas être pris en charge au niveau d'une agglomération, d'une province ou même de la région? On aurait alors une assiette fiscale plus large." Ce dispositif permettrait de soulager les communes confrontées aux plus grosses "niches de pauvreté", avance-t-il.

Les deux représentants soulignent en tout cas les disparités entre CPAS et les choix inacceptables auxquels sont soumis ceux situés dans les quartiers les plus pauvres du pays. "Nous sommes le dernier maillon de la chaîne. Si on n'intervient pas, qui le fera? On n'a pas réussi à faire annuler la mesure, on devra donc faire avec", conclut le Bruxellois.

Belga

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