Les CPAS, dernière bouée de sauvetage pour les exclu(e)s du chômage

17 000 citoyens wallons et 4700 bruxellois ont reçu fin novembre une lettre leur annonçant qu'ils vont perdre leur droit au chômage. Ces lettres continueront à tomber tout au long de l'année. S'il y a polémique sur le nombre exact des exclusions actuelles et à venir, la FGTB affirme que 50 000 personnes seront exclues du bénéfice des allocations de chômage.

Comment vont faire ces exclus pour vivre ? Ils peuvent se tourner vers le CPAS de leur commune, qui peut leur octroyer le revenu d'intégration sociale (RIS), ou ce qu'on appelait jusqu'il y a peu encore le minimex. Les chefs de ménages et les isolés y auront droit, mais pas les cohabitants dont le conjoint travaille : ils sont parmi les grands perdants du nouveau dispositif.

Une autre catégorie risque de payer le prix fort : les femmes isolées. Selon certaines estimations, elles représentent 80% des exclus. Et si, souvent, elles ont déjà un travail, il s'agit d'un temps partiel. Leur exclusion résulterait du fait, non pas qu'elles ne travaillent pas, mais qu'elles n'ont pas "assez" travaillé.

Regardez, ci-dessous, le témoignage d'une mère de famille exclue au 1er janvier:

"Là où il y a des problèmes humains, il faut des solutions humaines"

Des mobilisations se font jour en ces premières heures de l'année 2015. Ainsi, dimanche, à Liège, une centaine de personnes s'étaient réunies pour dénoncer une "injustice inacceptable". L'action était organisée par le mouvement Tout Autre Chose, et le groupe des Acteurs des temps présents. "Le sens de notre présence, c'est d'abord de continuer à contester une mesure qui est inacceptable et injuste", explique Rosario Marmol Perez, porte-parole, au micro de notre journaliste Michel Grétry.

"Un enfant sur quatre vit déjà sous le niveau de pauvreté... Pousser des personnes en dehors du système social que des travailleurs ont construit, c'est créer une pauvreté indécente et inacceptable", ajoute-t-elle.

Les personnes rassemblées souhaitent "continuer à faire en sorte qu'on n'oublie pas que cela se passe maintenant". "Là où il y a des problèmes humains, il y a des solutions humaines", insiste Rosario Marmol Perez.

Des mesures lourdes pour les CPAS

"Au 19ème siècle, lorsqu'on travaillait sept jours sur sept, et dix à douze heures par jour, s'il n'y avait pas quelqu'un qui a dit un jour :'Je vous promets qu'un jour on aura une semaine de congés payés', les choses n’auraient jamais changé. C'est la conscience qu'on peut transformer solidairement et consciemment les choses".

Pour la porte-parole du mouvement, ces mobilisations font que le gouvernement doit soit s'en aller soit revenir sur ces mesures.

En attendant, ces mesures d'exclusion, adoptées par le gouvernement précédent, représentent un important surcroit de travail pour les CPAS.

Il n'est pas certain que tous les dossiers soient en ordre à la fin du mois. La note à payer sera aussi une dépense massive : une partie des RIS est à la charge de l'Etat, mais l'autre est à la charge des communes, qui réclament un financement à hauteur du transfert de dépenses du fédéral... Une année 2015 qui ne présage rien de bon : ce sont justement les communes dont une partie non négligeable des citoyens est précarisée qui devront faire le plus gros effort.

 

Deux mois de rallonge pour certaines personnes

Certaines personnes en mesure de prétendre d'un handicap ou d'une inaptitude au travail pour raison de santé aigüe bénéficieront d'un report de deux mois de la mesure d'exclusion du chômage, a annoncé lundi le ministre bruxellois de l'Emploi Didier Gosuin (FDF), citant son collègue fédéral Kris Peeters (CD&V), sur le plateau de la chaîne de télévision régionale Télé Bruxelles.

Le ministre bruxellois de l'Emploi a précisé qu'il avait obtenu une dérogation de deux mois pour ces personnes - selon lui environ 250 - qui constituent une petite partie des 4700 bruxellois concernés par l'exclusion du chômage. Didier Gosuin s'est félicité de l'écoute dont a fait preuve le ministre CD&V par rapport à ce volet de la demande plus large qu'il lui a adressée, pour permettre à l'opérateur bruxellois de placement des chômeurs de traiter les dossiers pour prendre une décision définitive. Le ministre bruxellois a réitéré son hostilité à l'égard de la mesure d'exclusion du chômage décidée par le gouvernement Di Rupo et maintenue par le gouvernement Michel. Il aurait également souhaité que les personnes faisant la démonstration qu'elles sont en recherche active d'emploi ne soient pas frappées par une mesure d'exclusion "prise à l'aveugle" et qui risque d'engendrer des sentiments de frustration et de colère au sein d'une population bruxelloise dont "la cohésion sociale est très fragile".


W. Fayoumi, avec M. Lagase et agence

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