Les bénéficiaires du CPAS sont-ils des glandeurs?

Les bénéficiaires du CPAS sont-ils des glandeurs?
Les bénéficiaires du CPAS sont-ils des glandeurs? - © Tous droits réservés

Forcer les bénéficiaires d'un revenu d'intégration sociale à travailler en contrepartie de l'argent qu'ils reçoivent de l'Etat, c'est l'idée lancée ce weekend par la présidente N-VA du CPAS d'Anvers. Une idée jugée "totalement irréaliste" par Christophe Ernotte, directeur général de la Fédération des CPAS de l’Union des Villes et Communes de Wallonie qui affirme que "99,5% ne demanderaient pas mieux que de travailler".

"Quoi qu'en pense Anvers, on ne peut jamais imposer des obligations d'octroi, c'est la loi que le dit, et je ne pense pas que politiquement quelqu'un soit prêt à soutenir ce dispositif", répond d'emblée Christophe Ernotte quand on lui demande ce qu'il pense de cette idée.

Parallèlement, "99,5% ne demanderaient pas mieux que de travailler", affirme-t-il. Pour des raisons financières mais aussi pour des raisons sociales (c'est plus valorisant d'avoir un emploi que de toucher le CPAS). "Vu la faiblesse des montants des revenus d'intégration (entre 474,37 et 948, 74 euros), généralement, on ne refuse pas l'emploi".

Le problème, dit-il, c'est qu'"aujourd'hui, tout le monde est confronté à la pénurie d'emploi, quel que soit le niveau de diplôme". Et étant donné que la majorité de ces personnes n'ont pas de formation professionnelle et qu'elles n'ont jamais travaillé, c'est d'autant plus difficile pour elles.

Les sanctions financières existent déjà

Selon la loi, "toute personne a droit à l'aide sociale" pour autant qu'elle se trouve dans une situation où elle ne dispose "plus des ressources nécessaires pour mener une vie conforme à la dignité".

Il est également précisé que "pour avoir droit à l’aide sociale, vous devez séjourner en Belgique de manière ininterrompue. Ce droit à l'aide sociale existe indépendamment de vos erreurs, votre ignorance, négligence ou faute. Néanmoins, le CPAS n'est pas tenu de vous assurer une aide si vous vous êtes défait frauduleusement de vos moyens d'existence dans le but de pouvoir prétendre à l'aide sociale".

Christophe Ernotte précise que ceux qui s'inscrivent au CPAS doivent adhérer à un processus de réinsertion, et principalement les jeunes (18-24 ans) qui représentent 33% de cette population. Comme quand on est au chômage, il faut "être disposé à travailler". Il y a des contrôles, assure-t-il, au moins une fois an par et une enquête sociale.

Ceux qui ne jouent pas le jeu peuvent être sanctionnés financièrement et perdre, en partie ou en totalité, leur revenu d'intégration sociale. Pour quelques mois ou jusqu'à ce qu'ils décident de s'en sortir. Mais "la sanction finale est rarement mise en œuvre parce qu'en général le rappel à l'ordre est suffisant", dit-il.

Des cas de fraudes minimes

Par ailleurs, "les cas de fraude sont minimes", précise-t-il. Citant une étude commanditée par le cabinet de Maggie De Block (Secrétaire d'Etat à l'Intégration sociale et à la Lutte contre la pauvreté) et dont les chiffres n'ont pas encore été publiés, il affirme qu'il n'y aurait que 4,5% de fraudes. Il ajoute que la moyenne des cas de fraudes ne dépasse pas 1650 euros par bénéficiaire. Ce qui prouve bien, selon lui, "qu'il y a un contrôle important et un suivi important de l'ensemble des bénéficiaires".

A côté de cela, 43% des bénéficiaires du CPAS sont inscrits dans "un mécanisme d'insertion" parce qu'ils suivent une formation, parce qu'ils ont repris des études ou parce qu'ils travaillent. Ce qui est beaucoup plus qu'au Forem, selon lui.

Autrement dit, la contrainte telle qu'elle est envisagée par la présidente du CPAS d'Anvers est "totalement irréaliste" et le système tel qu'il existe actuellement fonctionne bien, selon lui, tenant compte de la réalité économique actuelle.

Le SNI propose une journée de travail obligatoire par semaine

Autre son de cloche, celui du Syndicat neutre des Indépendants (SNI). Dans un communiqué publié ce lundi, il "appelle à toutes les autorités locales de faire de même. Il faut être méritant, estime le SNI : celui qui perçoit des allocations doit faire quelque chose en échange".

Sa présidente, Christine Mattheeuws précise : "Ce que nous préconisons n'a rien à voir avec une quelconque pression sur les bénéficiaires du revenu d'intégration ou sur d'autres bénéficiaires d'allocations. Pas du tout, nous voulons simplement, via une journée de travail obligatoire par semaine, les rendre plus actifs en vue de les préparer pour le marché du travail régulier".

Une idée que Christophe Ernotte juge tout aussi irréaliste, "c'est méconnaître la réalité de la situation de ces personnes", dit-il. "La force du CPAS est d'apporter un accompagnement adapté à la situation. Il faut de la gradation dans l’approche. On vient parfois de très très loin pour avoir un résultat mirobolant".

Il prend en exemple le cas d'un SDF qui se retrouverait dans l'obligation de travailler une journée par semaine et s'interroge : "Quelle entreprise sera prête à l’accueillir à raison d'un jour par semaine ou par mois ou pas an ? Quel avantage à part alimenter des conflits entre bénéficiaires et employeurs ? Une journée dans une entreprise qu'il ne connait pas, c'est un peu illusoire et il y a déjà une série de choses qui se font. Il faut expliquer les choses. La recette miracle, si elle existait, on l'aurait déjà appliquée depuis longtemps !", conclut-il.

 

C. Biourge

 

 

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