Allocations et seuil de pauvreté: "15 milliards pour des avions. Et maintenant ça?"

Le président du sp.a, John Crombez (au centre), s'interroge : "Ce gouvernement prépare un contrat de 15 milliards d'euros pour les avions de chasse. Et maintenant, ça ?".
Le président du sp.a, John Crombez (au centre), s'interroge : "Ce gouvernement prépare un contrat de 15 milliards d'euros pour les avions de chasse. Et maintenant, ça ?". - © RTBF avec Belga

À moins d'un cadeau tombé du ciel, les allocations les plus basses n'atteindront finalement pas le seuil européen de pauvreté durant la législature, a indiqué ce dimanche la secrétaire d'État en charge de la politique de lutte contre la pauvreté, Zuhal Demir (N-VA), dans l'émission De Zevende Dag sur la VRT.

Selon l'accord de gouvernement fédéral, l'équipe Michel s'était engagée en 2014 à porter "progressivement les prestations minimales de sécurité sociale et l'aide sociale au niveau du seuil de pauvreté européen". Dimanche, Zuhal Demir a indiqué que les partenaires N-VA, MR, CD&V et Open Vld n'y parviendraient pas.

"J'ai prêté serment en février", a rappelé Zuhal Demir, qui a succédé dans cette fonction à Elke Sleurs. "Vu l'ampleur du trajet à effectuer pour atteindre le seuil de pauvreté européen, j'avais dit que je ferais de mon mieux. Mais soyons honnêtes et ne leur faisons pas miroiter l'impossible. En deux ans et demi, ce ne sera pas possible", a-t-elle dit.

"La priorité va au marché de l'emploi"

La secrétaire d'État estime d'ailleurs que dans le passé, on a trop mis l'accent sur les allocations parmi les instruments permettant de lutter contre la pauvreté. "La priorité va au marché de l'emploi. Chez les travailleurs, le risque de pauvreté est circonscrit à 4 ou 5%", souligne la secrétaire d'État N-VA.

Selon elle, il faut dès lors mettre d'avantage l'accent sur l'activation. À côté de cela, s'ajoutent des mesures supplémentaires telles que celles permettant l'accompagnement des femmes en situation mono-parentale.

"Le gouvernement se désintéresse de la justice sociale"

Dans l'opposition, les réactions n'ont pas tardé. Ecolo a réagi, se demandant : "Mais qu'est-ce qu'il faut de plus au gouvernement fédéral pour se décider à se préoccuper des plus fragiles", ont indiqué les Verts par voie de communiqué.

Par cette déclaration, Zuhal Demir "montre là le vrai visage de la majorité fédérale, une coalition qui se désintéresse de la justice sociale et augmente les inégalités et la misère", estime Ecolo.

"Les milliards d'économie linéaire imposées par la majorité fédérale en matière de sécurité sociale depuis le début de la législature ont de lourdes conséquences, a commenté le député Georges Gilkinet. Le nombre de Belges en situation de risque de pauvreté ne fait qu'augmenter. Un enfant sur cinq est aujourd'hui dans le cas, avec des conséquences énormes sur son futur et celui de la société. N'importe quel gouvernement ferait de la lutte contre ce phénomène une vraie priorité. Mais pas la majorité fédérale, manifestement."

"Une nouvelle promesse déçue"

La promesse d'une hausse progressive des allocations sociales minimales "constituait pour le mince espoir d'une amélioration de la vie quotidienne de centaines de milliers de Belges, quelle que soit leur région d'origine". Ecolo y voit "une nouvelle promesse déçue (...) alors que les mêmes Belges ont été lourdement mis à contribution par les décisions précédentes de la majorité".

Le "seul projet" du gouvernement fédéral, poursuit Georges Gilkinet, "c'est l'austérité, laissant croire qu'elle est une des conditions pour que ça aille mieux demain. Mais c'est aujourd'hui que ces personnes ont besoin des revenus suffisants pour se loger, se nourrir, se loger et assurer l'éducation de leur enfants".

"Encore une promesse non tenue par le gouvernement Michel. Et, une fois encore, sur le dos des plus faibles", a pour sa réagi le chef de groupe PS à la Chambre Ahmed Laaouej sur Twitter.

Pour le député socialiste Eric Massin, "l'annonce de Zuhal Démir est un mélange de cynisme et d'impuissance". Il souligne qu'après avoir "imposé aux plus fragiles saut d'index, taxes sur l'électricité, coupes dans les soins de santé et précarisation du travail, le gouvernement Michel dit qu'il ne réparera pas ce qu'il a lui même dégradé".

Résorber les inégalités n'est pas "manifestement pas la priorité d'un gouvernement aveuglé par sa politique d'austérité et du 'chacun pour soi', estime-t-il. Pour le député socialiste, "une lutte plus efficace contre la fraude fiscale permettrait largement de financer la lutte contre la pauvreté".

Appel à respecter la promesse

La députée Groen Evita Willaert juge quant à elle la politique menée "indigne d'un État-providence" et appelle le gouvernement à faire marche arrière et à respecter sa promesse de porter au cours de la législature les allocations les plus basses au-delà du seuil européen de pauvreté.

Du côté des socialistes flamands, on ne se montre guère plus compréhensif à l'égard de la politique menée par le gouvernement fédéral. "Ce gouvernement est en train de préparer, sous l'impulsion de la N-VA, un contrat de 15 milliards d'euros pour les avions de chasse. Et maintenant, ça ?", interroge le président du sp.a, John Crombez.

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