Les acteurs de la justice donnent les raisons de leur colère

Les acteurs de la justice très critiques envers l'action du gouvernement sortant
Les acteurs de la justice très critiques envers l'action du gouvernement sortant - © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Les associations professionnelles et de défense des droits de l'Homme, actives en matière de justice pénale et pénitentiaire, dressent le bilan de l'action du gouvernement Di Rupo et de la ministre Annemie Turtelboom. A l'unanimité, elles parlent de bilan désastreux. La Ligue des Droits de l'Homme souligne le mauvais casting en la personne de la ministre de la Justice. La section belge de l'Observatoire International des Prisons (OIP) pointe elle "les manquements, les défaillances et les erreurs commises par le gouvernement". Et d'égrener le sous-financement, la politique sécuritaire et "l'émocratie".

Un zéro pointé, voilà la note décernée à la ministre de la Justice par le président de la Ligue des Droits de l'Homme. Me Alexis Deswaef dresse un bilan très sévère des 2 années de l'ère Turtelboom. Pour lui, le taux de détenus en attente de procès est trop élevé. Et l'accès à la libération conditionnelle a été rendu bien trop difficile. Alexis Deswaef n'hésite pas à parler de "populisme pénal". Résultat : ça bouchonne aux entrées et aux sorties des prisons et aucune solution n'est apportée à la surpopulation. La seule réponse donnée par Annemie Turtelboom, c'est la construction de nouvelles prisons.

Chères nouvelles prisons

C'est ce que déplore aussi l'OIP avec la multiplicité de masterplans uniquement centrés sur ces nouveaux établissements. "En faisant le choix d'un partenariat avec le privé pour la construction et la maintenance de plusieurs prisons - qui seront louées à l'Etat à un prix exorbitant -, nos dirigeants nous ont endettés pour plusieurs générations", dénonce la présidente de la section belge de l'OIP, Juliette Moreau. Les indemnités annuelles par an et par prison vont de 12 à 15 millions d'euros.

Les droits des détenus bafoués

L'OIP pointe une négligence fautive du gouvernement qui n'a pas mis en application de vastes pans de la loi de principes sur les droits fondamentaux des détenus. Les détenus parlons-en. Pour de nombreuses associations, leurs droits en matière de soins de santé ne sont pas rencontrés. Un appel au prochain gouvernement est d'ailleurs lancé pour le transfert des compétences en soins de santé des détenus de la Justice vers la Santé publique.

Pourrissement

Les magistrats eux aussi se montrent très critiques. Du côté de l'ASN (l'Association Syndicale des Magistrats), son porte-parole Hervé Louveaux évoque un "pourrissement de la situation pénitentiaire". Pour lui, des décisions déplorables ont été prises en matière d'accès à la justice et de droit de la défense, qu'il s'agisse de l'aide juridique ou de la TVA sur les honoraires des avocats. L'union Professionnelle de la Magistrature estime aussi n'avoir pas été entendue et dénonce l'état de pauvreté de plus en plus grand de la justice.

La Ministre Turtelboom a pour tous manqué de vision globale en déployant une "politique clairement sécuritaire", selon les termes de l'OIP. La surveillance électronique "frénétique" est montrée du doigt pour ses effets pervers à savoir le renforcement de l'arsenal répressif. "Les politiques sécuritaires et de 'l'émocratie' nécessitent des dépenses colossales, sans aucun effet sur la diminution de la criminalité: location de la prison de Tilburg (Pays-Bas), mesures anti-évasions, prisons construites et gérées par le privé,...", constate encore l'OIP.

Et Me Michel Vlies, le bâtonnier du Barreau de Bruxelles, de conclure avec un symbole, celui du palais de justice de Bruxelles, un palais aux murs lézardés à l'image de la justice.

R. Sadani

Les acteurs de la justice dans leur ensemble se sont rangés derrière les préoccupations et critiques de l'OIP: avocats, magistrats, commissions de surveillance, universités, associations, directeurs de prisons, Ligue des Droits de l'Homme, médecins pénitentiaires. Certains ont fait grève pour la première fois sous cette législature.

Tous déclarent éprouver un "fort sentiment d'indignation" et exhortent le prochain gouvernement à faire le choix d'"une politique pénale dynamique, prônant les changements qui s'imposent et se fondant sur une vision à long terme et cohérente". Ils demandent l'organisation d'une concertation nationale structurée.

Belga

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