Le « V » de l’économie belge à cause du COVID-19 : 8% de chute en 2020, rebond de 8,6% en 2021

C’était attendu, c’est (a priori) confirmé : l’économie belge se prend un très sérieux coup d’épaule du COVID-19. Partant d’un scénario de confinement de 7 semaines (jusqu’au 3 mai, donc), la Banque nationale de Belgique (BNB) et la Bureau fédéral du Plan (BfP) tablent, au conditionnel, sur une chute de 8% du produit intérieur brut belge (PIB) en 2020. Pourquoi le conditionnel, pourquoi un "scénario" et non pas des prévisions comme habituellement ? Parce que "des incertitudes majeures tant sur la période de confinement que sur le rythme et la nature du déconfinement persistent." La Banque nationale et le Bureau du Plan – qui unissent leurs forces pour la première fois – veulent rester prudents et veulent éviter de donner l’impression qu’ils disposent d’informations inconnues du public sur le calendrier du déconfinement. Pour les deux institutions, le scénario, qui prend également comme hypothèse une baisse d’un tiers de la valeur ajoutée du privé, qui suit est un "instantané et est inévitablement perfectible. […] L’incertitude quant au chiffrage demeure considérable." BNP et BfP ont néanmoins fait tourner leurs modèles, avec donc toutes les précautions d’usage.

Selon l’analyse de la BNB et du BfP, le PIB belge s’est contacté de 4% au premier trimestre (T1) et chuterait de 15% au deuxième trimestre (T2). Le chiffre concernant le T1 est encore une hypothèse : le premier chiffre officiel tombera fin avril. Le PIB devrait rebondir, vigoureusement, en T3 et T4. Les institutions tablent sur un nombre de faillites limitées. Pas de quoi, tout de même, compenser l’écrasement du premier semestre. La perte pour le PIB belge se situerait autour de 45 milliards d’euros en 2020 et 60 milliards à la fin 2021.

Cette reprise économique durerait 9 mois : 2021 verrait un rebond de 8,6% du PIB belge. De quoi revenir sur les traces de la croissance prévue avant la crise sanitaire provoquée par le COVID-19, avec, notons-le, 2 points de pourcentage de moins.

Si ce scénario devait se réaliser, l’économie belge subirait un scénario "en V", comme nous vous l’expliquions la semaine dernière : une grosse chute et un gros rebond.

La dette à 115% du PIB

Et quid des finances publiques ? L’estimation actuelle table sur un déficit de 7,5%. La dette belge devrait atteindre 115% du PIB. Ce chiffre plus élevé qu’attendu s’explique par la baisse des rentrées fiscale, le soutien important ("les stabilisateurs automatiques") apporté par les autorités aux travailleurs (1,2 million de salariés et 300.000 indépendants reçoivent chômage ou droit-passerelle, l’Etat doit emprunter pour assurer ces dépenses) et la contraction du PIB, qui augmente mécaniquement le pourcentage de la dette. C'est un très sérieux coup dur pour nos finances publiques qui étaient déjà sous pression (12 milliards de déficit pour 2020 avant la crise du coronavirus).

Ménages et entreprises face à la crise

Pour la Banque nationale et le Bureau du Plan, les ménages encaisseront un choc, mais moins important que l’économie. Le revenu disponible devrait baisser de 1,5% et la consommation "contrainte" (fermeture des magasins) de quasi 6%. Mais l’épargne va augmenter, il y a donc un "potentiel de demande refoulée". Revenu disponible et consommation devraient repartir à la hausse en 2021. Les entreprises, elles, devraient subir un "choc aigu mais transitoire". Les deux institutions font l’hypothèse que les mesures de soutien à la liquidité devraient permettre d’éviter un nombre important de faillites. Les variations d’excédent brut d’exploitation devraient s’équilibrer entre 2020 et 2021.

"Les effets négatifs sont certes graves, mais ils sont à la fois temporaires et exceptionnels" estiment Pierre Wunsch et Philippe Donnay, respectivement gouverneur de la Banque nationale de Belgique et commissaire au Plan. "L’infrastructure économique n’a pas encore été touchée. Lorsque la pandémie aura été maîtrisée et que les autorités sanitaires auront donné leur feu vert, l’activité économique normale pourra progressivement reprendre son cours. Le patrimoine collectif de l’économie belge est en effet demeuré intact. Mais des mesures de soutien resteront nécessaires durant cette phase post-pandémie" concluent-ils.

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