"Le Thalys, les attentats de Bruxelles et Paris, Verviers, c'est peut-être une unique opération de Daesh"

"Le Thalys, les attentats de Bruxelles et Paris, Verviers, c'est peut-être une unique opération de Daesh"
"Le Thalys, les attentats de Bruxelles et Paris, Verviers, c'est peut-être une unique opération de Daesh" - © Tous droits réservés

Le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw était l'invité de Matin Prem1ère en ce 13 novembre 2017, deux ans après les attentats qui ont touché le cœur de la capitale française. Il revient sur l'enquête de cet attentat, intimement lié avec celui du 22 mars. Actuellement, les autorités arrivent "tout doucement" à la fin de la reconstitution des attentats de Paris.

"On y est presque. On se rend compte que Verviers, (l'attentat déjoué du) Thalys, le 13 novembre, les attentats du 22 mars, c’est une grande et peut-être une unique opération de Daesh. Il faut creuser, et c’est compliqué car les dossiers s’entrecroisent, mais je pense que tout doucement on y arrive même si le temps rend les choses plus difficiles. Il y a par exemple des données de téléphonie auxquelles on n’a plus accès aujourd’hui".

Ce qui a beaucoup surpris à l’époque c’est l’ampleur des complicités locales

"Il est de plus en plus clair que c’est une grosse opération organisée à partir de l’EI, donc maintenant mettre des noms sur la hiérarchie, c’est peut-être encore tôt", ajoute le procureur fédéral, qui insiste également sur la coopération entre les autorités françaises et belges. "La scène de crime est à Paris, mais la plupart des éléments de l’enquête sont en Belgique, il a donc fallu développer des synergies avec des systèmes juridiques qui n’ont pas toujours les mêmes procédures et des acteurs qui n’ont pas les mêmes compétences".

Si l'origine des fonds pour financer ces opérations de grandes envergures n'est pas tout à fait élucidée, il y a un autre élément de l'enquête qui a surpris les autorités: les complicités locales. "On a une petite idée de tous les gens qui ont été envoyés depuis le terrain. Mais ce qui a beaucoup surpris à l’époque c’est l’ampleur des complicités locales, des gens qui n’étaient jamais partis en Syrie".

A quand un procès?

Concernant le timing des procès des attentats de Bruxelles et Paris, Frédéric Van Leeuw ne s'avance pas, car c'est "un phénomène où l’on doit se mettre d’accord avec des justices d’autres pays". Mais il concède qu'il est possible que le procès pour l'attentat de Bruxelles se déroule avant celui de Paris, car "les attentats de Bruxelles sont un peu arrivés par défaut, les auteurs étaient coincés. Tandis que le grand ensemble, c’est plutôt l’enquête au niveau des attentats des Paris, même si l’enquête à Bruxelles est dans le prolongement de ceux de Paris", rappelant qu'il "faudra un dialogue avec la France pour savoir quand les procès auront lieu".

A la question si le procès belge se déroulera aux assises, de nouveau le procureur ne peut se positionner. "A l’heure actuelle, on pourrait avoir un procès d’assises, mais il y a des projets de loi en cours, entre autres pour les chambres criminelles. Donc il faudra voir dans l’avenir. Pour les attentats de Bruxelles, nous avons plus ou moins 1000 personnes qui se déclarent victime, il faut donc voir comment gérer ça". Et d'insister sur l'importance dans l'accompagnement des victimes, au-delà des grands moments médiatiques et de souvenirs: "Leur accompagnement est permanent, on a mis des magistrats qui s'occupent exclusivement d'elles".

Face à l'émoi du procès de Mohamed Merah et son frère en France, où l'avocat d'Abdelkader Merah avait créé la polémique en déclarant que "ce procès, ce n’est pas celui des victimes, le deuil se fait dans les cimetières et pas dans les tribunaux" et que la considération judiciaire des victimes allait peut-être "un peu trop loin", Frédéric Van Leeuw se dit conscient de l'impact émotionnel de ces procès, et se veut ferme: "la vérité judiciaire est celle des preuves, et pas des sentiments".

Salah Abdeslam parlera-t-il un jour ?

Détenu en France, Salah Abdeslam sera jugé en Belgique, pour la fusillade rue de Dries. Des rumeurs ont donc circulé concernant les moyens et les coûts mis en oeuvre pour son déplacement, avec l'hypothèse d'un hélicoptère reliant les deux pays. "On ne s’exprime pas sur les moyens qui seront mis en place pour organiser le procès, rétorque le procureur, précisant que l'hélicoptère reste une solution parmi d'autres. L’impact a été tellement fondamental pour notre société, il y a des choses qui n’ont pas de prix. Il faut montrer que la justice est capable en Belgique de faire ce genre de procès en toute sérénité".

Récemment, les conditions du seul survivant du commando du 13 novembre ont été légèrement assouplies, en vue peut-être d'un espoir de le voir parler, comme le confirme Frédéric Van Leeuw. "Oui, même pour un Salah Abdeslam, ça pourrait être libérateur. Il faut toujours espérer que ça puisse avancer, afin d’avoir de nouvelles clés. Mais le droit au silence est un droit fondamental à notre démocratie, et ça doit bien être compris".

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