Le tax-shift sera-t-il sacrifié sur l'autel de l'ajustement budgétaire?

Cocasse. Entre la fin de l'après-midi de mercredi et bien après le coucher du soleil jeudi soir, la valse des chiffres issu du comité de monitoring a été amusante à voir. A 100 millions près, nos informations de mercredi étaient correctes. Pourtant, alors que le rapport du comité de monitoring était attendu après la séance plénière à la Chambre, il a été repoussé à 21h, pour en fait être distribué une grosse heure plus tard. Avec, à chaque fois, des chiffres qui changent. "C'est toujours comme ça que ça se passe" raconte un habitué, "il y a des petits chipotages. Rien de mal. Tous les gouvernements font de même." Les raisons du dérapage budgétaires sont connues: un gros manque à gagner sur la TVA, IPP, Sécu.

Des centaines millions qui s'envolent

Jeudi soir, au cours de plusieurs réunions techniques, les chiffres-clé du rapport ont été affinés. Ainsi l'effort budgétaire pour 2015, avant d'être définitivement porté à 978 millions, était initialement estimé à 1,3 milliard. Deux chiffres importants ont évolué pour atteindre la somme finale: ce que le rapport appelle "l'impact one shot" (porté de 1 à 1,4 milliard) et l'estimation du solde structurel (de 8 milliards à 7,7). Et voilà, comment des centaines de millions s'envolent. Et l'effort à fournir de devenir moins important.

Il nous revient, également, que la rente nucléaire n'a pas été revue à la baisse. En 2015, le Fédéral compte sur 405 millions d'euros. Alors que la fermeture de plusieurs centrale ne permettra pas, au gouvernement Michel, d'exiger pareille somme de l'exploitant (Electrabel). Encore quelques millions qu'on laisse dans l'air.

Conclave de printemps "bâclé"

Un milliard à trouver, pour boucler les six derniers mois de l'année 2015, c'est beaucoup. Et dans la majorité, on râle. "On paie le conclave du printemps bâclé en deux jours. Peu des mesures de ce conclave-là ont été mises en oeuvre: pour l'horeca, on n'avance pas, pour le commerce électronique, ça traîne, comme pour le crowdfunding." Ce conclave "bâclé" sera-t-il sans conséquence ?

Tax-shift repoussé ?

Au "Seize", c'est en tout cas le branle-bas de combat: personne n'a oublié la promesse de Charles Michel d'arriver, cet été, à un accord sur le tax-shift (le glissement fiscal du travail vers d'autres formes de fiscalité).

Après le kern spécial qui a approuvé le plan stratégique de la ministre Jacqueline Galant concernant la SNCB, un autre kern doit avoir lieu plus tard dans la journée, avec au menu, les discussions budgétaires. Et le fameux tax-shift. Un tax-shift qui semble s'éloigner : ce matin, sur Bel-RTL, le ministre du Budget Hervé Jamar a évoqué un accord "tout prochainement, sur les grandes pistes" du tax-shift, mais pas beaucoup plus. Plus inquiétant pour l'avenir de ce virage fiscal : jeudi, la ministre Open VLD de la Santé, Maggie De Block, a clairement indiqué, dans "Het Kibbelkabinet" ("Le gouvernement des chamailleries", émission politique flamande sur Internet, ici, à partir de la 20e minute), qu'il fallait d'abord appliquer l'accord de gouvernement, avant d'avancer sur le tax-shift. Ce qui a provoqué une réponse assez sèche du président du CD&V, Wouter Beke, sur Twitter: "Le tax-shift fait partie de l'accord de gouvernement, Maggie! Page 58 et 60. Je t'en apporte une copie?"

Les libéraux flamands ne semblent guère pressés d'avancer sur ce dossier. La N-VA non plus d'ailleurs. Les libéraux francophones, au 16 rue de la Loi, comme au cabinet Budget, doivent d'abord colmater les trous budgétaires. Il n'est pas interdit de penser que, bientôt, le tax-shift sera présenté dans les (très) grandes lignes, avant, surtout, d'être renvoyé, pour les détails et le concret, à la mi-octobre et à l'élaboration du budget 2016.

Allez, plus que trois mois à attendre...

Himad Messoudi

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