Le tabac : le "bon" filon fiscal du gouvernement, budget après budget

Dans son budget fédéral 2022, le gouvernement d’Alexander De Croo a inscrit 308 millions d’euros de recettes supplémentaires venant de la fiscalité sur le tabac. Cette augmentation des accises sur le tabac est loin d’être une première. Les arguments en faveur de la Santé publique et les intérêts financiers de l’Etat font bon ménage.

De quoi dissuader les fumeurs ?

Dans quelques mois, les prix du tabac augmenteront. Actuellement, un paquet de cigarette industrielle coûte en moyenne 7,50, alors qu’un un paquet de tabac de 50 g, environ 12 euros. Cela représente un budget pour chaque fumeur.

A chaque fois qu’un gouvernement décide d’augmenter les accises sur le tabac, les médias se rendent sur le terrain à la rencontre des fumeurs. Ils leur demandent toujours si cette nouvelle hausse les dissuadera de fumer ou si elle les incitera à fumer moins, car à chaque fois, on se dit que cela fera mal au portefeuille. Pas plus tard qu’aujourd’hui, nos équipes sont allées interroger des fumeurs. Face à l’augmentation annoncée des accises sur le tabac, c’est davantage la résignation qui semble primer. "Ce serait un peu plus cher, à la limite 20 euros, on réfléchirait peut-être deux fois. Mais là, on est habitué que ce soit, à chaque fois, augmenté de 2 ou 3 euros", explique un fumeur. Pour un autre, cela dissuadera "peut-être ceux qui n’ont pas d’argent". Ou alors, explique un autre fumeur, "quand on voit ce que ça coûte, on pense à arrêter", mais le coût du tabac ne pèse pas assez lourd face à ce qu’il faut faire pour cesser de fumer.

En Belgique, on comptait en 2018 un quart de fumeur de moins que dix ans plus tôt. Environ un Belge sur cinq se déclarait "fumeur" selon une enquête de santé de Sciensano. Le nombre de cigarettes fumées par jour avait diminué, passant de 17 à 15. C’est surtout chez les jeunes que la consommation de tabac avait tendance à reculer.

Augmenter les accises sur le tabac, une vieille et efficace recette fiscale

Actuellement, lorsqu’un fumeur achète un paquet de cigarettes en Belgique, le tabac, les coûts de production et de distribution ne représentent qu’environ un quart du prix. Le reste, environ les trois-quarts du prix, ce sont des accises et de la TVA.

Dans la loi-programme, l’actuel gouvernement a prévu d’augmenter les accises. Cela a déjà été le cas en 2021. Et ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement augmente la fiscalité sur le tabac. Avant cette nouvelle série d’augmentations entamée en 2021, des modifications des accises sur le tabac avaient déjà été envisagées pour accroître les recettes fiscales. En 2015, le gouvernement misait sur 100 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires. En 2016 sur 175 millions d’euros. Sur 250 millions en 2017 et sur 325 millions d’euros en 2018.

Les chiffres des recettes fiscales liées au tabac montrent que ce calcul fonctionne. De 2009 à 2020, les droits de douane et accises sur le tabac manufacturé augmentent d’année en année. En 2009, cela rapportait à l’Etat un peu moins d’1,82 milliard. En 2020, cette somme avait grimpé à plus de 2,5 milliards d’euros. Si l’on y ajoute la TVA, on franchit la barre des trois milliards d’euros.

Il reste donc tentant pour l’Etat de compter sur ces contribuables au profil particulier, ceux que l’on explique vouloir dissuader de fumer tout en tablant sur leurs dépenses pour augmenter les recettes fiscales. Ces contribuables sont encore nombreux. La Belgique compte environ 1,4 million de fumeurs quotidiens et 360.000 fumeurs occasionnels.

Extrait du JT du 12/10/21 sur le budget fédéral

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