Le suivi psychologique des migrants en danger

Le suivi psychologique des migrants en danger
Le suivi psychologique des migrants en danger - © Tous droits réservés

Les migrants qui arrivent en Belgique ont souvent subi des violences physique et psychologique. Les traumatismes sont importants et nécessitent un suivi psychologique adapté. Or les centres d’aide à ces personnes pourraient voir leur budget fédéral diminuer. Ainsi, l’ASBL Ulysse craint de ne plus pouvoir assurer le suivi psychologique d'un tiers de demandeurs d'asile.

Ils étaient détruits psychologiquement quand ils sont arrivés en Belgique. Hamza vient du Soudan, il est peintre et communiste. Maria (nom d’emprunt) craint encore pour sa sécurité, nous ne dirons pas d'où elle vient. Tous deux sont suivis par des psychologues dans les bureaux de l’association Ulysse, à Bruxelles. C’est là qu’ils ont pu, lentement, mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu.

Hamza était non seulement en danger dans son pays, mais il a aussi subi des sévices pendant son voyage vers la Belgique : " mon chemin a été rempli d'obstacles, j'ai failli mourir, j'ai été très marqué par mon voyage. Quand je suis passé par la Grèce, j'ai été maltraité par les policiers, l'un d'eux a écrasé mon visage à terre avec sa botte. "

Maria, torturée pour ses convictions politiques dans son pays, essaye petit à petit d'oublier ce qu'elle a subi. " Quand je suis arrivée ici la première fois, j'étais dans une situation psychologique extrêmement difficile, je n'avais même plus d'état psychologique. Le simple fait de regarder une fleur me faisait pleurer, je ne croyais plus à rien. "

Ces témoignages ne sont pas des cas isolés. Les migrants ont chacun leur histoire, terrible à raconter. Souvent, ils ont été torturés et maltraités dans leur pays. Pendant leurs trajets vers la Belgique, ils ont également été brutalisés, violés, volés, insultés.

L’association croule sous les demandes d’aide

Tous les jours, de nouvelles personnes frappent à la porte de l’ASBL Ulysse. L’association compte une quinzaine d’employés et assure un suivi global des migrants : soutien psychologique, soins, conseils pratiques, activités de groupes. Des interprètes sont présents lors des séances, et celles-ci sont d’ailleurs gratuites pour les migrants. Tout est mis en place pour les accompagner au mieux sur le long terme et dans leur longue reconstruction d’eux-mêmes.

L'ASBL est débordée, elle doit régulièrement refuser des demandes de soutien. Elle fonctionne grâce à des budgets publics : bruxellois, européens et fédéraux. C’est Fedasil qui octroie les budgets venant du fédéral. Or, ces derniers, qui représentent dix pourcents du budget de l’association, pourraient être réduits de moitié pour 2015. Le directeur d’Ulysse, Alain Vanoeteren, attend la décision de Fedasil avec inquiétude. En effet, une réduction telle qu’il la présage signifierait un tiers de patients demandeurs d’asile en moins. Et pourtant, il est convaincu de la nécessité du suivi psychologique des migrants.

" Les études ont prouvé que l’accueil, l’accompagnement et les soins donnés dans les premiers temps, quand la personne arrive dans un nouveau pays, sont essentiels pour sa possibilité d’intégration et de reconstruction. Plus on tarde, plus ça peut avoir des effets : que ce soit au niveau de la scolarité des enfants, que ce soit au niveau de la santé des personnes, que ce soit au niveau de leur possibilités d’intégration. Il va de soit que cela a un poids énorme. "

Pas encore de réponse pour le budget 2015

La porte-parole de Fedasil, que nous avons contactée, n’a pas voulu nous donner plus d’informations sur le sujet. Elle nous affirme qu’il s’agit d’une décision qui se prend en interne et sur laquelle elle ne peut communiquer d’informations. Difficile donc de savoir si les budgets de l’association vont être réduits ou non, et quand la décision sera prise.

Maria et Hamza, eux, pensent que sans un soutien psychologique, ils n'auraient pas pu se relever. Ils n’auraient pas non plus réussi à supporter les trois à quatre années de procédure avant d’être pour être régularisés. Maria, elle, vient d’obtenir son statut de réfugiée. Elle se relève doucement " Quand on tombe, cela fait très mal, mais quand on se relève, c'est avec beaucoup de fierté. " Aujourd'hui elle étudie les langues pour s'intégrer et chercher un travail. Hamza lui peut peindre, s'exprimer et critiquer librement la politique de son pays d'origine.

Aurélie Didier

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