Le SP.A est-il prêt à aller au pouvoir dans une coalition sans le PS?

C'est la question du moment depuis que le trio des présidents du CD&V, du MR et de l'Open VLD ont décidé de reprendre la main avec comme projet de tenter de mettre sur pied une coalition rassemblant leurs partis avec le CDH, la N-VA et le SP.A. Une situation pas facile pour le parti socialiste flamand et pour son nouveau président Conner Rousseau. Alors, nous avons tenté de cerner les arguments qui pourraient jouer pour ou contre cette alliance pas banale pour le SP.A.

Arguments pour

Le parti est à un tournant de son histoire. Electoralement, il est au plus bas. Il est dans l'opposition au gouvernement flamand. Et aujourd'hui, alors que les socialistes dirigeaient toutes les grandes villes flamandes, le SP.A ne gère plus que Louvain. Le parti a perdu Anvers en 2012 et depuis 2018, Gand, Hasselt et même Ostende, qui avait Johan Vande Lanotte comme bourgmestre. Les socialistes n'ont donc plus rien à perdre. Donc, pour Conner Rousseau, jeune président, ce serait un beau coup à tenter.

Si le SP.A monte dans une telle coalition, il peut exiger beaucoup de choses. Et notamment, de monter aussi dans le gouvernement flamand par souci de cohérence. Avoir des ministres, cela permet d'être plus visible.

Le SP.A peut aussi mettre sur la table un tas de revendications fortes sur le plan social. Et si elles passent, comme seule force de gauche dans ce gouvernement, il pourra expliquer que c'est lui et lui seul, qui a obtenu tout cela. Une façon de se démarquer de Groen et du PTB.

Aller seul sans le PS, les socialistes flamands pourraient rappeler qu'entre 2007 et 2010, sous les gouvernements Verhofstadt, Leterme et Van Rompuy, les socialistes francophones y étaient alors qu'eux, étaient restés dans l'opposition.

Enfin, pour le SP.A, la N-VA n'est pas un monstre avec qui il est impossible de gouverner. La preuve, il est au pouvoir à Anvers, avec Bart De Wever.

Arguments contre

Le SP.A n'a rien à perdre, c'est vrai mais dans le même temps, il prendrait un risque majeur. D'abord, en montant dans une telle coalition, il se couperait tout à fait du PS. Et jusqu'à présent, si le SP.A a pu compter sur le plan politique, c'est notamment parce qu'il pouvait s'appuyer sur le poids électoral du PS. Chose amusante, à ce propos, le SP.A va revenir s'implanter au Boulevard de l'Empereur au siège du PS et quitter la Galerie Agora.

Le SP.A, comme seule force de gauche dans une telle coalition, n'est pas sûr de pouvoir peser autant qu'il ne l'espère. Il ne serait que le petit poucet côté flamand. Et si des plans de relance se mettent en place, tous les partis voudront leur part. Et pas sûr du tout que les choix de la N-VA et de l'Open VLD, des partis de droite, soient compatibles avec ceux du SP.A. Et à un moment, on reparlera aussi inévitablement de rigueur budgétaire. Ce qui ne serait pas facile à gérer pour les socialistes flamands qui auront face à eux le PS, les Verts et le PTB.

Si le SP.A monte dans le gouvernement flamand avec la N-VA, le CD&V et l'Open VLD, il est plutôt improbable qu'il puisse obtenir un nouvel accord de gouvernement. Et pourtant  depuis dix mois, il ne cesse de le brocarder. Notamment sur les choix opérés sur le plan culturel.

Bref, comme dans tout choix, il y a des pour et des contre. Le SP.A a une partie de la clé de cette possible coalition. Mais ce qui est vrai aussi, c'est que si cette coalition ne marchait pas, dans les autres hypothèses, le SP.A serait aussi dans tous les castings.

Négociations fédérales: de nouvelles pistes pour un gouvernement ? (JT du 29/06/2020)

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