Le Scan: avec ses réserves, la Belgique roule-t-elle sur l'or?

On ne le sait pas forcément mais la Belgique possède un petit bas de laine dont elle parle peu. Et il prend la forme de lingots… Les réserves d’or de la Belgique pèsent leur poids : 227,4 tonnes. Un trésor qui vaut aujourd’hui un peu moins de 10 milliards d’euros.

Mais pas de fantasme, personne ne compte revendre cet or pour le moment. C’est la Banque nationale de Belgique qui gère les réserves d’or. Une gestion qui se fait à distance puisque pas un gramme d’or de ces réserves se trouve sur notre territoire.

L’or caché à l’étranger

La majeure partie de nos réserves d’or se trouve à Londres, sous la banque d’Angleterre. Il s’agit d’un des endroits les plus sécurisés au monde. Le reste se trouve à la Banque du Canada et à la Banque des règlements internationaux à Bâle, en Suisse. Mais pourquoi la Belgique a-t-elle été cacher ses réserves d’or là-bas ? La raison est historique.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, "à cette époque, il y a un danger, c’est la main mise de l’occupant allemand sur ces réserves. Le gouvernement belge a donc décidé de les repartir dans différents pays comme l’Angleterre et les Etats-Unis", explique Kenneth Bertrams, ce spécialiste de l’histoire économique de l’ULB. Notre pays a donc mis ses réserves d’or en sécurité "dans des institutions amies. On retrouve d’abord cet or dans des pays qui sont proches politiquement de la Belgique".

Pourquoi on ne les rapatrie pas ?

La Banque nationale affirme qu’elle n’a pas l’intention de rapatrier les réserves d’or de la Belgique. Pour Kenneth Bertrams, c’est surtout lié à deux raisons. "Il y a des discussions en cours mais la difficulté se trouve au niveau de l’inventaire. Il faut que la plupart des listes dont on dispose correspondent physiquement à l’or qui se trouve dans ces dépôts. Et puis, il y a les risques liés à ce genre de transfert. C’est toujours risqué de transférer une partie aussi importante d’or."

D’autres pays investissent encore dans l’or, la Belgique pas

Notre réserve ne bouge plus. La Belgique n’achète plus d’or depuis des années. Mais la Chine, elle, investit encore dans ce métal précieux. Tout comme la Russie qui est passée de moins de 500 tonnes en 2006 à plus de 2200 tonnes aujourd’hui.

La principale raison est la diversification de ses réserves monétaires. "Mais on a constaté que les Russes ont accéléré leurs achats d’or après les sanctions qui ont affecté la Russie lors de l’invasion de la Crimée. Clairement, la Russie a fait l’objet de sanctions de la part des Etats-Unis qui ont affecté ses accès au marché. En réaction, la Russie a très fortement réduit le montant des obligations du trésor américain qu’elle détenait", explique Xavier Timmermans, expert en stratégie chez BNP Paribas Fortis.

Quant à la Chine, c’est aussi lié à la croissance de son économie. "On constate que les réserves d’or des pays émergents sont relativement faibles par rapport à leur produit intérieur brut. La Chine va devenir la deuxième économie mondiale suivie par l’Inde, donc il est probable que leurs réserves d’or vont augmenter."

A quoi servent ces réserves d’or ?

L’or est un bouclier, une protection notamment en cas de crise financière. Mais ce n’est pas le seul intérêt. Il y a aussi parfois une dimension traditionnelle. "Dans certains cas, l’or est aussi une référence symbolique. Certains pays comme la Suisse ou encore l’Italie sont proches de l’or comme métal précieux et vont avoir cette culture de l’or, du référant or pour se prémunir de tous les risques. Il y a vraiment cette tradition-là. En Belgique, on l’a moins depuis quelques années. Mais il y a une cinquantaine d’années, avoir cette couverture or était importante et pas forcément dictée pour des raisons monétaires", explique Kenneth Bertrams.

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