Le saut d'index, une véritable "promotion de l'emploi" ?

Dans l’exposé des motifs, texte liminaire de tout projet/proposition de loi, le gouvernement (re)fait le constat d’un handicap salarial important en Belgique, en se basant un rapport du GECE (le Groupe d’Experts Compétitivité Emploi) : "le coût salarial horaire moyen en Belgique s’élevait en 2010 à 39,60 euros contre 34,00 euros en moyenne dans nos trois pays voisins.".

En 2013, nous avions déjà relativisé cette interprétation, mais le gouvernement l’a tout de même fait sienne. Par ailleurs, le gouvernement reprend à son compte un chiffre de la BNB : "Le saut d’index a un impact positif marqué sur l’emploi. La Banque nationale a estimé l’effet du saut d’index sur l’emploi à 33 000 emplois supplémentaires." On va le voir, ce chiffre est également à nuancer.

BNB et Plan

Depuis la formation du gouvernement Michel et l’annonce d’un futur saut d’index, les chiffres ont volé entre majorité et opposition : conséquences sur le pouvoir d’achat, nombre d’emplois créés, effet sur le PIB.

Début février, une Commission des Affaires sociales, à la Chambre, (à noter que ni le compte-rendu analytique, ni le compte-rendu intégral de cette Commission ne sont disponibles) avait permis d’y voir un peu plus clair. Oui, le saut d’index va créer des emplois. La Banque nationale évoque bien 33 300 emplois créés à l’horizon 2019.

Notons tout de même que le Bureau du Plan a des chiffres différents : en 2018, il est question de 23 100 emplois créés, et en 2020, 28 500. Comment expliquer cette différence ? Les modèles mathématiques sont différents entre le Boulevard de l’Impératrice (siège de la BNB) et l’avenue des Arts (siège du Bureau du Plan).

On peut tout de même estimer qu’entre 25 000 et 35 000 emplois seront créés grâce au saut d’index d'ici à la fin de la législature. Merci le saut d’index, créateur d'emplois ? Pas si vite.

Destructions d’emploi

Le texte du gouvernement fait 96 pages. Et pourtant, vous ne trouverez pas un mot concernant une analyse du Bureau du Plan. Alors que l’institution dirigée par Philippe Donnay (étiqueté cdH) est un acteur majeur de l’évaluation des politiques publiques et de la prospective.

En février dernier, le Bureau du Plan avait donc présenté ses prévisions concernant les mesures socio-économiques de l’équipe Michel. Et le moins qu’on puisse écrire, c’est que les chiffres du Bureau étaient assez éloignés des prévisions de la Banque nationale, qui à l’automne évoquait 60 000 nouveaux emplois d’ici à la fin de la législature.

Car si le saut d’index crée de nouveaux emplois, il est négatif en ce qui concerne la consommation des particuliers (-0,6% en 2020 selon le Bureau du Plan), il s’attaque au pouvoir d’achat des ménages (-0,9% en 2020, toujours selon le "Plan"). Les prix à la consommation vont baisser (-1,1% d’ici 2019). Même la dette publique est "impactée" : selon la Banque nationale, le saut d’index va provoquer une augmentation de la dette de 1,9% en 2019. Ou pour être plus précis, "la diminution des prix ralentit la croissance nominale avec pour effet d’augmenter le rapport dette/PIB". Bref, tout n'est pas bon dans le saut d'index (sans même parler du manque à gagner pour les salariés ou les allocataires, qui plus ils sont jeunes, plus ils y perdront car le saut d'index "ne sera à aucun moment compensé par la suite" dit le projet de loi), même s'il est indéniable que création d'emplois il y aura.

Pourtant le travail du Bureau du Plan a un intérêt majeur : la prise en compte d’autres décisions du gouvernement. Comme le baisse des charges sur le travail, l’augmentation de la déductibilité des frais forfaitaires, ou encore la prise en compte de mesures prises par les gouvernement des entités fédérées. Le Bureau du Plan évalue le "gain" en emplois à 13 000 unités pour la baisse de charges, 3 900 pour l’augmentation des frais forfaitaires à l'horizon 2020.

Là où ça se gâte, c’est lorsqu’on prend en compte les mesures d’économies budgétaires et les mesures prises par les Régions et Communautés : -26 000 emplois, pour les unes, - 2 800 pour les autres. Au total, selon le Bureau du Plan, les mesures décidées par le gouvernement seront responsables de la création de 16 300 emplois nets. Si l'on retire les destructions d'emplois dues aux entités fédérées, on arrive donc à un chiffre de 19 100 emplois créés par le fédéral.

Si l’équipe Michel écrit noir sur blanc que le saut d’index va créer 33 300 emplois, les textes sur les mesures d’économie évoqueront-ils les destructions d’emploi qui découle(ro)nt des contraintes budgétaires ?

@Himad Messoudi

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