Albert II abdique : "J'estime le temps venu de passer le flambeau"

Le Roi Albert II abdique
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Le Roi Albert II abdique - © BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Albert II a pris tout le monde par surprise ce 3 juillet. Le souverain s'est adressé à la population pour annoncer son abdication. La date du 21 juillet verra donc Albert II abdiquer et Philippe monter sur le trône. Place des Palais, plusieurs dizaines de personnes sont venues rendre hommage au souverain. Retrouvez ci-dessous le fil des événements.

Une séance plénière particulière aura lieu jeudi matin à la Chambre, consacrée à l'annonce par le Roi Albert II de son intention d'abdiquer le 21 juillet au profit du prince héritier, le futur Roi Philippe.

Le Premier ministre Elio Di Rupo fera une intervention à 11H15, au nom du gouvernement, à la suite de quoi les groupes parlementaires pourront s'exprimer. Jeudi après-midi, à 14h30, aura lieu la séance plénière habituelle débutant avec les questions d'actualité.

D'ores et déjà, le 21 juillet 2013 aura des couleurs toutes particulières : le même jour en effet devraient se dérouler l'abdication du Roi Albert II, la prestation de serment du nouveau Roi Philippe et les cérémonies habituelles de la fête nationale. Fait surprenant : au lendemain de cette fête nationale particulière, le pays comptera deux rois et trois reines, puisque le couple souverain gardera les titres de roi et reine, à l'instar de la Reine Fabiola, veuve du Roi Baudouin.

18h15: Elio Di Rupo: "Le Roi quitte ses fonctions avec beaucoup de dignité" 

C'est par une lettre adressée ce matin au Premier ministre que le Roi Albert II a confirmé son souhait de quitter ses fonctions, en raison de son état de santé. Dans ce courrier, le souverain dit avoir mûrement réfléchi, après que le Premier ministre lui eût demandé de prendre un temps de réflexion. Le Roi n'aurait donc pas accédé à la demande du gouvernement de retarder l'échéance. Ce que le Premier ministre dit recevoir avec respect, mais aussi avec regrets.

"Le roi Albert II vient à l'instant de nous faire part de son intention d'abdiquer le 21 juillet". "C'est avec regret que nous avons appris que la santé du roi ne lui permet plus de remplir sa fonction tel qu'il le souhaitait. Le gouvernement exprime son respect pour la décision du Roi. Son courage, sa clairvoyance et son intégrité dans l'exercice de ses fonctions méritent notre reconnaissance". Tels sont les premiers mots prononcés par le Premier ministre, d'abord en néerlandais puis en français, dans la foulée de l'allocution royale.

"Les Roi quitte se fonctions tout comme il les a acceptées, avec beaucoup d’amour pour notre pays et beaucoup de dignité". Son règne tout entier "a été caractérisé par son profond intérêt pour ses concitoyens", souligne Elio Di Rupo.

"Cette fois, ce passage de flambeau se déroule dans des circonstances bien différentes d'il y a 20 ans et le 21 juillet nous aurons beaucoup d'occasions de nous réjouir", poursuit le Premier.

"Le Prince Philippe, avec beaucoup de sérieux, s'est préparé à ses fonctions futures. A diverses reprises, il a montré combien il aimait la Belgique. Il pourra compter sur le soutien du Gouvernement dans l'exercice de ses fonctions". 

18h00: le Roi annonce son abdication le 21 juillet, au profit de son fils Philippe

"C’est avec émotion que je m’adresse à chacun d’entre vous", entame le monarque. "Je constate que mon âge et ma santé ne me permettent plus d’’exercer mes fonctions comme je le voudrais. Ce serait manquer à mes devoirs et à ma conception de la fonction royale que de vouloir me maintenir en exercice à tout prix" poursuit le souverain. Selon lui, il s’agit d’une question de " respect élémentaire " des institutions et envers la population.

"Après 20 ans de règne, j’estime donc que le temps est venu de passer le flambeau à la génération suivante", affirme Albert II, qui dit constater que le Prince Philippe est bien préparé pour lui succéder. "Par-dessus tout, avec le temps, j’ai appris que notre pays peut compter sur un atout extraordinaire : vous, mes chers concitoyens ". Avec une population si riche de ses talents, de sa diversité, de sa générosité, l’avenir de notre pays est en de très bonnes mains. C’est donc avec sérénité et avec confiance que je vous fait part de mon intention de démissionner le 21 juillet en faveur du prince héritier, mon fils Philippe ".

"Le rôle du Roi des belges et sa légitimité est de se mettre au service de la démocratie et de ses concitoyens, seuls titulaires de la souveraineté. A cet égard l’institution royale doit continuer à évoluer avec son temps " dit encore le Roi, ouvrant manifestement une porte à une future redéfinition de la fonction royale.

"Je souhaite déjà vous dire que ce fut pour moi un honneur et une chance d’avoir pu consacrer une large partie de ma vie au service de notre pays et de sa population ", conclut le souverain, qui remercie chacun des Belges pour la confiance témoignée : "Vous nous avez toujours été très chers ", dit le Roi, qui évoque les moments joyeux et aussi les grandes épreuves que le pays connu sous son règne.

Aucune question ne se pose donc autour de l'héritier. Selon le constitutionnaliste Marc Uyttendaele, il est remarquable que le Roi a lui-même avancé que la fonction royale doit évoluer avec son temps. "C'est un signe d'ouverture", dit-il.

17h30: le Conseil des ministres commence au 16 rue de la loi

Au moment où deux voitures quittent le Palais royal, avec le Roi et la Reine à bord de l'une d'elles, le Premier ministre Elio Di Rupo a réuni son Conseil des ministres. Objectif : encadrer légalement l'annonce que le souverain s'apprête à faire.

Début d'après-midi: une annonce-surprise

Devant le Seize rue de la Loi, siège du Gouvernement, et devant les grilles du Palais royal, on se prépare déjà comme pour les grands événements: renforts de police militaire, barrières nadar. C'est que le communiqué du Palais laisse planer peu de doutes quant à l'importance de l'adresse du Roi à la population :

"Le Conseil des Ministres restreint s'est réuni ce 3 juillet 2013 à 13 h 15 en présence du Roi. Le Roi s'adressera à la population aujourd'hui à 18 heures par le biais d'une allocution télé et radiodiffusée sur les quatre grandes chaînes de télévision du pays et leurs stations de radio", souligne le communiqué du Palais.

Le kern s'est réuni au 16 à 15h30. Le Conseil des ministres dans son entièreté s'est ensuite réuni quant à lui à 17h30. Il fallait en effet que le Conseil des ministres "couvre" préalablement les propos du Roi. L'ensemble des commissions parlementaires prévues ce mercredi après-midi ont été annulées.

Abdication le 21 juillet

L'abdication du monarque aura donc lieu le jour de la fête nationale, le 21 juillet. Un délai tout juste nécessaire pour assurer le règlement des dernières modalités sur le budget, et pour aboutir au Comité de mise en oeuvre des réformes institutionnelles (Comori) et en comité de concertation. Mais l'annonce de l'abdication indique que celle-ci interviendra de toutes façons avant la triple échéance électorale de mai 2014. Certains avançaient pourtant que l'importance de l'échéance et le caractère crucial des négociations post-électorales auraient requis qu'Albert II reste à la barre, fort de son expérience.

"Entracte républicain"

Que se passera-t-il après l'annonce ? A la date formelle de l'abdication du souverain, la Constitution prévoit que s'ouvre un inter-rêgne de dix jours, sorte "d'entracte républicain" selon les termes de l'historien Henri Pirenne. Au terme de ces dix jours, l'héritier, fils aîné du souverain, monte sur le trône et prononce le serment constitutionnel. Il n'y a donc pas de discussion possible: selon les termes de la Constitution, c'est Philippe qui montera sur le trône.

Le roi Albert II, que plusieurs familiers du Palais décrivent comme fatigué, vient de fêter ses 79 ans. Il est monté sur le trône il y a 20 ans, le 9 août 1993, au décès de son frère Baudouin. Il aura été bien davantage qu'un roi de transition.

Le prince héritier, Philippe, est âgé de 53 ans. Il ne jouit pas de la même popularité que son père. Des voix se sont élevées ces derniers temps, particulièrement en Flandre pour que l’accession au trône de Philippe coïncide avec une refonte des pouvoir royaux.

Pendant la longue crise politique de 2010-2011, le roi avait joué un rôle de médiateur salué par tous les partis, à l'exception des confédéralistes flamands de la N-VA. Une nouvelle percée du séparatisme flamand est attendue aux élections du printemps 2014.

L'abdication du Roi, la deuxième dans l'histoire de la monarchie belge après celle de son père, Léopold III, interviendra au beau milieu d'une vaste réforme de l'Etat. Son départ n'était pourtant pas souhaité par la population : dans un récent sondage Dedicated, seuls 17% des Belges se prononçaient en faveur d'un départ anticipé du souverain.

Son abdication interviendrait six mois seulement après l'annonce de celle de la reine Beatrix des Pays-Bas, qui a transmis le 30 avril le pouvoir à son fils aîné, Willem-Alexander, premier roi à monter sur le trône d'Orange depuis plus de 120 ans.

 

Thomas Nagant (@thomasnagant )

 

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