Notes de frais sans justificatifs, prestations fictives… Les détails du rapport Deloitte qui a fait trembler l'aéroport de Liège

C’est sur base de ce rapport datant de début février, que le désormais ex-CEO de Liège Airport, Luc Partoune a été licencié pour faute grave.
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C’est sur base de ce rapport datant de début février, que le désormais ex-CEO de Liège Airport, Luc Partoune a été licencié pour faute grave. - © POOL BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Nous avons mis la main sur le rapport confidentiel concocté par le bureau d’audit Deloitte sur l’"analyse des paiements" à l’aéroport de Liège. Nous l’avons épluché… et il est cinglant.

C’est sur base de ce rapport datant de début février, que le désormais ex-CEO de Liège Airport, Luc Partoune a été licencié pour faute grave. La mission anti-fraude avait été confiée en novembre 2019 au cabinet Deloitte par le nouveau management de Nethys. Objectif : "faire le ménage " et passer au crible l’ensemble des flux financiers du groupe public liégeois et de ses filiales.

Non-respect des règles en matière de marchés publics, notes de frais sans justificatifs, prestations fictives… Les principaux reproches déjà évoqués partiellement, faits à Luc Partoune dans sa gestion de l’aéroport liégeois, sont ici détaillés de manière complète. Plusieurs dizaines de pages d’analyses, de questions, et de comptes rendus d’entretiens contradictoires.

Certains points sont encore en suspens – en train d’être analysés en interne au sein de Liège Airport. En voici les principaux, et quelques extraits.

17.000 euros de restaurants remboursés en cash

José Happart et Luc Partoune s’approuvaient mutuellement et oralement leurs notes de frais respectives. Une procédure d’approbation croisée en président du CA et Directeur général qui n’a "jamais été remise en doute par le conseil d’administration".

Le rapport fait état de presque 19.000 euros de note de frais en deux ans (2017-2019) dans le chef de José Happart, "principalement des frais de restaurant" pour environ 17.000 euros, mais aussi le remboursement de frais kilométriques apparemment difficiles à expliquer. Des dépenses "majoritairement remboursées en liquide", souvent sans justificatif ni contrôle.

Steven Verhasselt : 560.000 euros de frais

Steven Verhasselt, c’est l’homme de la prospection commerciale pour l’aéroport de Liège. Basé à Hong Kong, c’est son travail qui aurait "permis de contracter avec Alibaba", selon Luc Partoune, qui le décrit comme un homme de confiance, et assure s’être chargé de l’évaluation de ses missions… Mais "doit vérifier s’il existe un document d’évaluation".

Le travail de Steven Verhasselt pour le compte de Liège Airport a été rémunéré plus de 634.000 euros entre 2017 et 2019, un travail "qui n’a pas fait l’objet d’appel à candidatures, ni d’appel d’offres". Et sur la même période, un montant additionnel de 560.000 euros de "frais" lui a également été remboursé, approuvées de "manière informelle" par Luc Partoune. Un montant que l’ex-CEO de Liège Airport ne juge pas excessif, dixit le rapport Deloitte.

Luc Partoune : 88.000 euros pour "une voiture plus verte"

En ce qui concerne Luc Partoune, le rapport fait état de notes de frais, pour un montant avoisinant les 125.000 euros en deux ans, dont "le caractère professionnel n’a pas pu être établi, ni a priori ni a posteriori", faut d’un quelconque contrôle de ces notes de frais. Mais le rapport s’interroge également sur un changement de règle, mi-juillet 2017, dans la politique "mobilité" de Liège Airport : une augmentation du budget pour le véhicule du directeur général : de 75.000 à 90.000 euros.

Le lendemain de ce changement dans la "car policy" signé par les Ressources Humaines, Luc Partoune commandera pour lui-même une Audi Q7 à 88.000 euros. Un achat que l’ex-CEO justifie comme étant "lié à la nouvelle politique de l’entreprise souhaitant des voitures plus vertes".

Le rapport conclut, lui à un changement de véhicule pour "convenance personnelle".

13 ans de marchés pour Wust sans remise en concurrence

Précisons que tous les chantiers et projets entre Liège Airport et Wust sont aujourd’hui clôturés. Mais la construction d’un hall de fret sur le site de Liège Airport, par l’entreprise Wust en 2007, a été assortie d’une clause de répétitivité. Clause qui a été activée à de nombreuses reprises depuis, pour l’attribution de nombreux marchés à la même entreprise, "sans remise en concurrence" et pour un montant qui s’élève entre 2017 et 2019 à plus de 16 millions d’euros.

Ce procédé est-il valide juridiquement – respecte-t-il les règles relatives aux marchés publics ? Cela reste une question à ce stade, mais il n’y a en tout cas pas eu, et ce pendant 13 ans, de vérification que les prix pratiqués par Wust étaient "compétitifs par rapport à la concurrence et aux prix pratiquées par le marché".

Cette absence de mise en concurrence, et un non-respect général des procédures de marchés publics sont épinglés, ou en tout cas mis en doute à plusieurs reprises dans le rapport :

Des contrats de consultance attribués au consultant McKinsey, des contrats de maintenance (Cegelec) et aménagements (Fabricom), des services fournis par le bureau d’études Greisch, Nouvelles Solutions Inform,…Le tout entre 2017 et 2019 pour plus de 4 millions 300 mille euros – même si ce ne sont pas les montants qui sont ici en remis cause, mais bien la manière dont les contrats ont été attribués. Et donc l’argent public dépensé.

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