Le Ramadan débute dans un mois: comment l'Exécutif des Musulmans se prépare en pleine épidémie de coronavirus

Il y a trois ans, le roi Philippe participait à une rupture du jeûne dans une famille musulmane.
Il y a trois ans, le roi Philippe participait à une rupture du jeûne dans une famille musulmane. - © DIRK WAEM - BELGA

Le Ramadan, mois de jeûne pour la communauté musulmane dans le monde, débute dans un mois, le vendredi 24 avril plus que probablement selon le calendrier lunaire. Mais cette année, la pandémie de coronavirus vient impacter l’ensemble des grands événements religieux : le Carême chez les catholiques début avril, Pessah chez les juifs entre le 8 et 16 le mois prochain et le Ramadan, donc, d’ici quelques semaines. Comment, en Belgique, l’Exécutif des musulmans se prépare à répondre aux questionnements des fidèles (700.000 personnes environ), entre inquiétudes et respect de la tradition.

Réunion en France

En France, la question a déjà été soulevée. Selon l’AFP, le président Emmanuel Macron a réuni les représentants des cultes par audioconférence, ce lundi 23 mars, pour les prévenir que ces célébrations devront se faire "sans rassemblement". "Il y a un questionnement au sein de l’Exécutif des musulmans", reconnaît Salah Echallaoui, le vice-président de l’organe de représentation du culte en Belgique. "Ce qu’il faut savoir, c’est que nous nous en tenons aux directives des autorités officielles. Si le confinement est prolongé au-delà du 5 avril, cela va évidemment englober le Ramadan qui débute le 24 avril."

Le Conseil national de sécurité n’a pas encore décidé de bloquer le pays au-delà du 5 avril prochain. Mais en France, l’état d’urgence sanitaire vient d’être décrété pour deux mois. La population belge s’attend donc à suivre l’exemple de nos voisins.

Suspension de la prière du soir

A la mise en place des premières mesures de confinement, le 14 mars, l’Exécutif des musulmans avait décidé d’annuler la prière hebdomadaire du vendredi au sein de la grande mosquée du Cinquantenaire avant de recommander la fermeture de toutes les mosquées du territoire. "Nous avons suspendu la prière du vendredi et ensuite les cinq prières quotidiennes. Si le confinement venait à se poursuivre pendant le Ramadan, nous demanderons la suspension de l'organisation de la prière dite de 'Tarawih' dans les mosquées, organisée chaque soir pendant le mois de Ramadan. Il s’agit d’une prière surérogatoire, qui n’est donc pas obligatoire. Elle peut donc avoir lieu à la maison, dans un cercle restreint."

Dans le cadre de l’accompagnement des fidèles pendant le Ramadan, les mosquées organisent des prêches. L’Exécutif des musulmans envisage la diffusion de capsules vidéos ou des séances en direct via les réseaux sociaux. "Nous allons demander à des imams d’accompagner la population en ce sens", avance Salah Echallaoui.

Il ne s’agit pas de se ruer dans les magasins

Le mois de Ramadan est un moment de partage et de rassemblement, entre musulmans mais également avec les non-musulmans. Le coronavirus risque de bouleverser l’esprit de communion qui accompagne le jeûne. "Pendant le Ramadan, les familles se retrouvent, vont rompre le jeûne ensemble, avec les parents, les grands-parents, les oncles, les tantes, les cousins. Malheureusement, il se peut que cette année, les fidèles ne puissent pas inviter leurs proches et devront se limiter à leur cercle le plus restreint. Ce sera probablement le cas à l’occasion de l’Aïd el Fitr, la fête qui marque la fin du Ramadan."

Des tables garnies, des rayons achalandés en produits de circonstance : paradoxalement, le mois du Ramadan peut également constituer une période de surconsommation, comme le rappelait "On n’est pas des Pigeons" il y a trois ans. L’épidémie de coronavirus impose aujourd’hui la fermeture d’une série de commerces, des distances de sécurité entre les clients dans les magasins d’alimentation, a créé des pénuries de pâtes, de farine et d’œufs. L’Exécutif "rappellera à la communauté musulmane de donner au Ramadan son caractère de spiritualité et de recueillement. Ce n’est pas parce qu’on ne remplit pas sa table que son jeûne n’est pas validé. La Belgique traverse un moment difficile : il ne s’agit pas de se ruer dans les magasins pour constituer des stocks, et vivre comme si de rien n’était", prévient Salah Echallaoui.

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