Christian De Valkeneer, à propos des tueries du Brabant: "Je pense qu'il y a eu manipulation"

Le Procureur Christian De Valkeneer: "Dans une enquête, il y a aussi un élément de chance".
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Le Procureur Christian De Valkeneer: "Dans une enquête, il y a aussi un élément de chance". - © Tous droits réservés

En charge du dossier des tueries du Brabant, le procureur général de Liège, Christian De Valkeneer, fait le point sur l’enquête relancée par les déclarations du frère de celui que tout le monde connaît sous le pseudonyme de "Géant". Refusant les hypothèses de travail, il dit vouloir privilégier les faits. Et constate qu'une manipulation de l'enquête, dans le passé, a été possible.

Déstabiliser l'Etat? Pas de preuve

Avec cette première interrogation: les tueurs voulaient-ils déstabiliser l’Etat? Le procureur général dit n’avoir aucune conviction: "Je cherche des preuves. L’objectif est d’assembler des éléments de preuves." Et pour l’instant, remarque Christian De Valkeneer, il y a bien des hypothèses, mais pas de preuve. "Pour construire un dossier, il faut des éléments. Si on se base sur des hypothèses, on construit sur du sable."

Les enquêteurs ont-ils été déstabilisés, comme l’a évoqué Koen Geens, ministre de la Justice? Le procureur ne le pense pas: "Le dossier fait deux millions de pages depuis 1982. Tout ce qui pouvait être mise en œuvre l’a été. On peut toujours imaginer qu’il y a le flair des policiers, mais dans une enquête, il y a aussi un élément de chance."

La question demeure toutefois sur le manque de volonté des gendarmes à enquêter dans leurs propres rangs:  "On ne peut rien n’exclure, mais on ne dispose pas d’éléments qui prouvent que l’on a voulu déstabiliser l’Etat. "

Le mystère des armes du canal de Ronquières

Dans l’affaires des tueries, des éléments concrets existent, explique le procureur. Comme ces pièces (des armes notamment, ndlr) retrouvées dans le canal de Ronquières. Des "pièces" qui n’ont pas été retrouvées par les plongeurs en 1985, mais bien lors d'une seconde recherche en 1986. On découvrira, rapidement que les objets en question reposaient dans le lit du canal, non pas depuis des années, mais depuis quelques semaines  seulement.

"A ce niveau-là, il s’est passé quelque chose. Je pense qu’il y a eu une manipulation mais je ne dis pas que les enquêteurs de Termonde ont manipulé. Ils ont peut-être été manipulés. Le temps a passé et dire qu’il y aurait encore de la manipulation aujourd’hui dans l’enquête me paraîtrait assez osé.

Compter sur la chance et les aspects humains

Le "Géant" des tueries avait été identifié dès 1997 par un habitant d’Alost, mais, 20 ans plus tard, c’est la rencontre de cette personne avec le frère de Christian Bonkoffsky, il y a un an, qui a rouvert le dossier. Un simple concours de circonstances qui va relancer L’enquête. Le frère du "Géant" aurait appris le rôle de Christian Bonkoffsky en 2015, et mais n’a rien dit. Et c’est lorsque la personne d’Alost communique l’information à l’une des victimes, que celle-ci contacte un ancien enquêteur des tueries du Brabant. "C’est la démonstration que cela tient à très peu de chose et que l’élément humain est capital."

L’appel aux repentis repose sur ce même élément humain: "On croit que des personnes de l’entourage des auteurs peuvent avoir reçu des informations suite à des confidences."

La piste Bouhouche-Bejier

Une autre piste pourrait être celle de deux anciens gendarmes, Madani Bouhouche et Robert Beijer qui, selon le frère du "géant" se seraient rendus au domicile de Christian Bonkoffsky. Depuis, Madani Bouhouche est mort dans des circonstances troublantes, écrasé par un arbre, tandis que Robert Beijer, qui vit en Thaïlande, a déclaré sur nos ondes ne jamais avoir rencontré Bonkoffsky.

Mais même parmi les anciens gendarmes, le doute persiste. Jusqu’au responsable de l’ancien groupe Diane qui se demande s’il n’a pas créé des tueurs.

Impossible, pourtant de retourner dans le passé. D'autant que l'époque était technologiquement très différente d'aujourd'hui, rappelle Christian De Valkeneer: "Dans les années ‘80 il n’y avait pas d’ADN, pas de téléphonie, pas d’ordinateur. On se basait sur les témoignages humains avec la fragilité que cela suppose". Et il refuse d’attribuer l’échec de l’enquête à la cellule de Jumet : "Si c’est un échec, c’est 32 ans d’échec de tout le monde. Je sais que quand on ne trouve pas, on reçoit toujours des critiques."

Et notamment celle du ministre Koen Geens qui s’offusque de ne pas avoir été tenu au courant de l’évolution du dossier depuis un an. "Il faut remettre les choses à leur propre place. C’est une piste intéressante (la piste du frère du "géant"), mais qui a sa fragilité. On n’a pas voulu monté cela en épingle", répond le procureur du Roi qui se réjouit de recevoir le renfort du comité P proposé par le ministre Geens : " C’est une bonne nouvelle "... Après 32 ans.

 

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