Le procès des certificats verts: "Nous sommes deux fois plus nombreux que lors du procès Fortis"

15.000 plaignants se liguent contre la Région wallonne et lui déclarent quasiment la guerre à propos des certificats verts. Le ministre de l’Énergie, Jean-Luc Crucke, était prêt à négocier avec l’ASBL Touche pas à mes certificats verts pour trouver un accord amiable sur le retour global à 15 ans d’octroi de ces fameux certificats. Mais il ne voulait pas s’engager dans des discussions sans savoir quelle serait la hauteur de la tuile budgétaire à venir pour la Région.

Ils ont spolié 80.000 foyers de cinq années de certificats verts

Régis François, président de l'ASBL Touche pas à mes certificats verts, évoque un dossier vieux de plusieurs années : "Ça fait six ans que nous avons créé cette association pour finalement permettre à tout un chacun, pour 10 euros par an, de pouvoir se défendre en justice face à un mastodonte telle que la Région wallonne".  Il constate que sur cette période, trois gouvernements se sont succédé — l’Olivier, puis le gouvernement PS-cdH, enfin le cdH-MR — sans trouver de solution au dossier. "Or, ils ont spolié 80.000 foyers de cinq années de certificats verts du jour au lendemain, en ne touchant qu’aux particuliers, ce qui a été particulièrement scandaleux.D’un point de vue budgétaire, l’enjeu est pourtant de taille : près de 800-850 millions d’euros pour les pouvoirs publics.

Régis François le reconnaît, "ce sont des sommes colossales pour nous, particuliers, qui nous retrouvons parfois autour de tables dans lesquelles on nous lance ce type de montant". Mais il argumente que personne n’a jamais pris ses responsabilités jusqu’à ce jour : "J’ai l’impression que le ministre Crucke a clairement voulu essayer de trouver une solution, mais manifestement, il n’a jamais eu mandat du gouvernement wallon pour essayer de trouver un accord, comme il l’avait stipulé au mois de septembre". Et c’est bien cela qui reste en travers de la gorge de Régis François pour qui "quelqu’un a bloqué un parti, des personnes, un président de parti peut-être, dans cette coalition wallonne et a dit : ‘non, on continue à maintenir ceci’ . À cinq mois des élections, c’est particulièrement téméraire de sa part. On va le savoir dans les prochains jours, je vais avoir quelques informations supplémentaires."

Le cdH dans le collimateur

Pas question de cibler un parti en particulier, mais le cdH est présenté comme le "dénominateur commun" des trois gouvernements successifs. "C’était l’occasion, il voulait marquer une rupture. Aujourd’hui, j’ai l’impression que le ministre Crucke est arrivé sans rien dans les mains. Il n’y a pas réellement eu de consensus au sein du gouvernement et ce qui m’inquiète particulièrement, c’est que le cdH est clairement en soins palliatifs. Il se retourne vis-à-vis d’une certaine classe moyenne en disant : ‘Non, on veut les certificats verts, et malgré le fait qu’André Antoine soit coresponsable du dossier, on ne vous octroiera plus rien’. C’est particulièrement téméraire et j’ai l’impression qu’ils vont le payer dans les prochains mois aux élections".

Une vision de l’énergie à court terme

Avec la crainte, précisément, que la patate chaude des certificats verts soit renvoyée aux calendes grecques. Ou du moins au prochain gouvernement wallon post élection. D’où le sentiment de Régis François de voir les gouvernements essayer de gagner du temps. "On est dans une gestion de l’énergie à court terme, ce qui est particulièrement dangereux et malheureux. Dans deux semaines, on aura un gros souci au niveau de l’approvisionnement d’énergie. On a encouragé les particuliers à mettre des panneaux photovoltaïques sur leurs toits en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre, et aujourd’hui que remarque-t-on en Wallonie ? On a tout revu. On se retrouve dans une situation où 15.000 plaignants vont au tribunal de première instance de Liège pour un procès  hors normes. Je rappelle que le procès Fortis rassemblait 7.000 personnes,  et que nous sommes, au minimum, à 15.000 . Et il y en aura encore beaucoup plus d’ici les premières plaidoiries du mois d’octobre. On ne sait d’ailleurs pas comment ce procès sera organisé. Parce qu’encore une fois, l’ASBL TPCV, que je représente aujourd’hui, n’est pas partie prenante au procès. Les gens le sont en nom propre, et donc ils vont être appelés également à être présents à l’audience qui aura lieu contre la Région."

Nous avons été des pionniers

Sans regretter le moins du monde d’avoir installé des panneaux photovoltaïques, Régis François critique "une certaine légèreté dans la gestion d’un dossier. Je rappelle que fin 2013, on a eu 2500 emplois perdus en Wallonie du fait justement des tergiversations alors qu’il y avait moyen d’adapter le système de soutien beaucoup plus tôt. Sans les pionniers qui ont réalisé des installations qui coûtaient pratiquement 40.000 euros, il n’y aurait pas aujourd’hui des installations à 6000 euros".

Le président de l’association rappelle par ailleurs que tout le monde n’a pas payé "rubis sur l’ongle" ces panneaux photovoltaïques : "Les particuliers ont réalisé des prêts qui les ont parfois menés dans des situations particulièrement dramatiques. C’est évidemment un grand mythe de prétendre que des personnes ont fait ça pour de l’argent".

Je prédis à certains une campagne électorale particulièrement difficile

Régis François appelle le gouvernement à "avoir le courage de ses opinions… Il reste quatre mois durant lesquels je prédis à certains une campagne électorale particulièrement difficile. Nous allons y mettre les moyens et nous tiendrons informés les gens sur les responsables de la hausse de leurs factures". Une pierre dans la chaussure de nombreux partis. 

 

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