Le procès de la tentative d’attentat contre l’opposition iranienne s’ouvre à Anvers

Ce vendredi, au tribunal correctionnel d’Anvers, s’ouvre un procès délicat. En juin 2018, un attentat terroriste avait été déjoué par la police belge, tuyautée par les services de renseignements étrangers. L’attaque à la bombe visait un meeting de l’opposition iranienne en région parisienne. Pour la sûreté de l’Etat, c’est le régime des Mollahs qui a commandité l’attentat.

Le pire a probablement été évité ce jour-là. Le 30 juin 2018, la police belge arrête une Mercedes à Woluwe-Saint-Pierre. A son bord Nasimeh N. et Amir S., un couple belge d’origine iranienne. Dans la trousse de toilette de madame, le service de déminage de l’armée belge (Dovo) trouve 500 grammes de TATP, le même explosif artisanal utilisé lors des attentats de Bruxelles, et un dispositif permettant d’y mettre feu à distance.

Les époux, qui résident à Wilrijk près d’Anvers, étaient en route pour Villepinte en région parisienne où ils projetaient de commettre un attentat lors de la fête annuelle des Moudjahidines du peuple (MEK), l’opposition iranienne au régime des mollahs. Un meeting qui rassemble annuellement plusieurs milliers de sympathisants et de nombreuses personnalités étrangères. Cette édition 2018 comptait notamment pour intervenants Rudy Giulani, ancien maire de New-York et avocat de Donald Trump, ou encore Bernard Kouchner, Rama Yade et Ingrid Betancourt.

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Rassemblement annuel des Moudjahidine du peuple (MEK) © VRT
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Les enquêteurs ont trouvé un explosif artisanal et un dispositif de mise à feu dans la voiture du couple belgo-iranien. © VRT

Un espion iranien à la manœuvre

Amir S. réside en Belgique depuis 2003. Il a travaillé comme docker et comme magasinier. L’homme se fait passer pour un partisan de l’opposition iranienne mais, en coulisses, est proche du régime de Téhéran. Il fréquentait d’ailleurs depuis plusieurs années un certain Assadolah A. Lors de son interrogatoire par la police fédérale, Amir S. va dévoiler que c’est ce dernier qui a organisé l’attentat.

Assadolah A. est un homme au double visage. Officiellement, il est le troisième secrétaire de l’ambassade d’Iran à Vienne. Officieusement, il ne serait autre qu’un officier du département 312 du ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité (MOIS) oeuvrant sous le surnom de "Daniel".

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Assadollah A. a embauché et armé le couple belgo-iranien pour commettre l’attentat. © VRT

Amir S. va expliquer aux enquêteurs avoir été approché par Assadolah A. dès 2015 et l’avoir rencontré à plusieurs reprises avec sa femme. Leurs rendez-vous se déroulaient toujours dans des villes différentes : Munich, Salzbourg, Milan ou encore Téhéran. A chaque fois, l’espion donne de l’argent au couple belge.

Trois mois avant l’attentat déjoué, Assadollah A. parle au couple de son projet d’attaque contre l’opposition iranienne. C’est également lui qui leur fournira le TATP et le déclencheur ainsi que toutes les consignes d’utilisation.

Une quatrième personne, Merhdad. A., est inculpé dans ce dossier. Poète iranien vivant à Bruxelles, il se faisait également passer pour un partisan de l’opposition iranienne mais son rôle dans l’affaire est moins clair. Lors de son arrestation à Paris, il avait sur lui un téléphone avec un seul numéro : celui d’Assadollah A. Selon les enquêteurs, il aurait servi d’espion "de secours" lors du meeting.

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© C’est dans la trousse de toilette de Nasimeh N. qu’a été retrouvé l’explosif artisanal.

La piste du terrorisme d’Etat envisagée

Dans un courrier adressé au parquet fédéral, la Sûreté de l’État, n’émet aucun doute : "Le projet d’attaque a été conçu au nom de l’Iran et sous son impulsion, il ne s’agissait pas d’une initiative personnelle d’Assadollah A.".

Les quatre prévenus, détenus en Belgique, sont néanmoins accusés de “tentatives d’assassinat à caractère terroriste” et de “participation aux activités d’un groupement terroriste”. Ils risquent jusqu’à vingt ans de prison.

Téhéran réclame l’immunité diplomatique pour Assadolah A. Une quinzaine de VIP’s, invités au meeting de Villepinte en 2018, se sont portés partie civile.

Le procès devrait se dérouler en deux jours, à savoir le 27 novembre et le 3 décembre.

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