Le problème des enseignants: le manque de reconnaissance et de stabilité

Pour les profs, le décompte final a commencé.
Pour les profs, le décompte final a commencé. - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Inégalité sociale, manque de reconnaissance des enseignants, décret inscription mal fagoté… Une directrice d’école commente les résultats du sondage 'Futuromètre' consacré à l’enseignement. Déjà un bulletin et déjà des mauvaises notes. Ce bulletin, c'est celui de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Nivellement par le bas, écoles peu adaptées à l'évolution de la société, mais hommage aussi au métier très pénible d'enseignant. Voilà les grandes lignes de cette grande étude réalisée pour la RTBF et Le Soir.

Un enseignant sur deux quitte la profession dans les 5 ans

Pour commenter ce Futuromètre, une ancienne enseignante : Marie-Alexandre Laurent, qui après avoir été professeur est aujourd'hui directrice de l'Institut de la Vallée Bailly à Braine-L'Alleud en Brabant wallon. Elle tire ce constat alarmant : le problème des enseignants est surtout celui de la reconnaissance.

"Les choses ont changé avec le temps. La reconnaissance va jouer un grand rôle. Il y a une pénibilité dans le métier d'enseignant. Et notamment pour les jeunes enseignants. Je pense que cela joue énormément. Pratiquement, près d’un enseignant sur deux quitte le métier dans les 5 premières années.".

L’une des causes est la démotivation du professeur qui se retrouver devant une classe de 30 ados. Mais il y aussi, le manque de stabilité à l’entame de la profession. "Les jeunes profs sont -entre guillemets- maltraités par notre système, ils vont avoir des heures de cours très disparates, devront travailler dans plusieurs établissements, etc. Au début, c'est très difficile, avec la préparation des cours, c’est un investissement énorme. "

Pas vraiment une question de salaire

Paradoxalement, le salaire ne serait pas le principal handicap de la profession. Pour la directrice d’école, la reconnaissance passe aussi par la qualité du salaire, mais ce n’est pas le critère mis en avant par les enseignants. " Les enseignants ne se plaignent pas tellement de leur problématique salariale, ils se plaignent plutôt d'une lourdeur administrative, de la gestion globale de l'enseignement ".

1800-1900 euros net pour un instituteur après 10 ans d’ancienneté est un " salaire correct ", résume Marie-Alexandre Laurent. "Peut-être que dans l'évolution du métier, le salaire devrait avancer davantage, parce que certains vont quitter l'enseignement pour ces raisons-là. Car il est possible de valoriser ce diplôme ailleurs et que trouver un emploi stable dans l’enseignement est difficile. Mais je ne pense pas que c'est le niveau de salaire qui provoque les départs de l'enseignement. "

Enseigner reste un beau métier

Etre prof est pourtant resté " le plus beau métier du monde ", assure Marie-Alexandre Laurent qui constate: "Il existe malgré tout, une alliance éducative entre les parents et les enseignants. Ça se voit aussi dans le sondage qui vient d’être réalisé. C'est un métier difficile, particulièrement chahuté pour l'instant. Je pense qu'il est aussi très dénigré. On met souvent le doigt sur les mêmes résultats. Les enquêtes PISA notamment ont mis en avant des choses très intéressantes. Mais on ne comprend pas toujours parce que notre enseignement n'est pas de mauvaise qualité, au contraire."

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Le gros problème: l’inégalité du système

Marie-Alexandre réfute l’accusation de nivellement par le bas, faite par 70% des personnes interrogées. Selon elle, la situation est bien plus complexe : " Notre enseignement est très inégalitaire et c'est son gros problème. Mais ce système va permettre à certains élèves d'avoir des résultats magnifiques. La Belgique figure parmi les meilleurs dans la catégorie de ceux qui réussissent très bien. Par contre, nous avons effectivement les laissés-pour-compte dans notre enseignement. L'inégalité est au cœur de la problématique et ce n'est pas assez pris en compte. "

Pour la directrice d’école, cette situation n’’est pas neuve. Et peu de choses ont été mises en place pour réduire ces fossés entre différentes écoles : "C'est une problématique sociétale beaucoup plus large que l'école. La discrimination et les inégalités se creusent partout, et forcément elles se creusent, aussi, à l'école. C'est une problématique terriblement complexe à laquelle le monde politique s'attache moins qu'il ne le faudrait. "

Le décret inscription ne fait pas tout à fait le job

Le décret Inscription a-t-il permis de réduire ces inégalités et d'amener plus de mixité sociale? " Très légèrement ", regrette Marie-Alexandre Laurent pour qui lele mettre à la poubelle’ serait une très mauvaise idée. "Ce décret Inscription ne remplit pas tout ce qu'on voulait lui faire porter, il est totalement perfectible. Mais il a le mérite de reconnaître l’inégalité dans l'accès à l'enseignement. Je pense qu'effectivement il ne fait pas tout à fait le job, mais il a le mérite d'exister. "

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