"Pour venir à bout de l'épidémie de coronavirus en Belgique, nous aurons besoin de généraliser les masques... et les tests"

Scène de vie quotidienne en Chine
Scène de vie quotidienne en Chine - © NOEL CELIS - AFP

Les supermarchés autrichiens vont distribuer à partir de ce mercredi à leurs clients des masques de protection. Il s’agit de masques de type chirurgicaux, à usage unique. Ils couvriront le nez et la bouche pour éviter les projections du porteur.

"Ce n’est pas dans nos coutumes mais on doit s’y mettre pour protéger les autres", a expliqué le chancelier autrichien Sebastian Kurz. Interrogé sur la disponibilité de masques de ce type en nombre suffisant, il a dit être "conscient que la situation sur le marché mondial est tendue". Les masques "faits maison" seront également acceptés , a-t-il précisé.

Après la Slovénie et la République Tchèque, l’Autriche est le troisième pays d’Europe à imposer le masque dans les espaces publics.

Des masques chirurgicaux à utiliser comme des boîtes de Kleenex

En Belgique, rien n’est encore décidé dans ce sens. Mais, déjà, plusieurs experts montent au créneau, particulièrement, dans la perspective de l’après-confinement.

Présent lundi soir sur le plateau du JT de la RTBF, le professeur Nathan Clumeck, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre, déclare : " 
Il serait temps de prendre les mesures préventives de base : dépistages, quarantaines ciblées, enquêtes sur les mouvements des individus et matériel de protection pour tous. Il faut, dans le cadre de la reprise des activités professionnelles, mettre des masques chirurgicaux. Le masque protège de l’émission de gouttelettes (toux, nez qui coule, éternuement). Il empêche celui qui est infecté, d’infecter et celui qui ne l’est pas d’être infecté. "

Pour Nathan Clumeck, les masques chirurgicaux devraient être utilisés comme des boîtes de Kleenex.

Nous devons prendre pour modèle les pays asiatiques

Il n’est pas le seul à prôner le port du masque. Marco Natile, assistant en anesthésie et réanimation à Bruxelles, estime que la population doit disposer du matériel de base c’est-à-dire des masques chirurgicaux. L’anesthésiste ne mâche pas ses mots : " A hauteur d’un masque par citoyen et par jour, il faudrait donc pouvoir produire 10 millions de masques chirurgicaux par jour en Belgique ! Nous en sommes à 0, avec un gouvernement qui se félicite lorsqu’il arrive à en importer 5 millions… ".

Selon Marco Natile, les pays asiatiques sont des exemples à suivre. " En Asie, lorsqu’on dit qu’il est nécessaire de connaitre tous les déplacements des malades, personne n’invoque la liberté individuelle. Lorsqu’on distribue des masques en disant qu’il est nécessaire de les porter pour arrêter l’épidémie, les gens les portent. J’ai l’impression que la plupart des gens pensent que nous arriverons au bout de la pandémie uniquement avec le confinement. Il faudra prendre des mesures sur le long terme : le dépistage, porter tous des masques de protection pour ne pas y avoir de transmission par gouttelettes. Mais pour faire ça, il faut avoir accès aux masques et on est loin du compte actuellement. "


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Nathan Clumeck estime que pour gérer la crise actuelle, il faut penser un coup plus loin : la fin du confinement. Faut-il prioriser des catégories de personnes ? Mais pour appliquer cette stratégie, nous manquons encore d’informations sur le niveau de pénétration du virus, c’est-à-dire le pourcentage réel de personnes contaminées en Belgique.

50% à 60% de Belges devront être immunisés à l’avenir

" Beaucoup de personnes sont asymptomatiques, nous explique-t-il. Il faut donc faire des tests sérologiques pour observer les anticorps présents chez les personnes, désormais, prémunies. Cela nous permettra d’évaluer le taux d’immunisation de la population ".

A titre d’exemple, un virus très contagieux comme la rougeole nécessite une immunisation de plus de 90% de la population pour qu’il ne se répande plus parmi nous. Pour le virus covid 19, 50 à 60% de personnes devraient être prémunies pour éviter une nouvelle contagion. Mais aujourd’hui, impossible de savoir qui a, réellement, été contaminé et qui ne l’a pas été. Sans chiffres précis, impossible d’avancer.

Nathan Clumeck préconise un dépistage systématique avec des enquêtes sur les mouvements d’individus testés positifs afin de rechercher quelles autres personnes ils auraient pu contaminer. Il prône, à l’avenir des quarantaine ciblées comme elles se pratiquent, actuellement, en Corée du Sud.

Depuis 20 ans, l’Europe a connu plusieurs alarmes : SARS-CoV-1, MERS-CoV, Influenza A H1N1 et H5N1 et Ebola. Elle est toujours passée à travers. Pour ces deux experts, la population européenne a beaucoup trop sous-estimé les risques d’une pandémie. Le SARS-CoV-2 nous met, finalement, face à un principe de réalité. Aucune barrière ne nous protège d’un risque de pandémie.