Le Plan Marshall wallon fête ses dix ans. Avec quel bilan?

Le 30 août 2005, Jean-Claude Van Cauwenberghe, ministre-président wallon, présentait le premier Plan Marshall pour la Wallonie.
Le 30 août 2005, Jean-Claude Van Cauwenberghe, ministre-président wallon, présentait le premier Plan Marshall pour la Wallonie. - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Le Plan Marshall, colonne vertébrale de trois gouvernements wallons successifs pour le redressement socio-économique de la Région, a été dévoilé il y a dix ans jour pour jour. Apprécié par le monde entrepreneurial et académique, et jusque dans l'opposition politique qui en demande cependant davantage, il présente des résultats qui permettent toutefois difficilement de quantifier précisément son apport.

Le retard avec la Flandre ne se creuse plus

Successeur du Contrat d'avenir pour la Wallonie initié en 1999 par Elio Di Rupo (PS), le premier Plan Marshall wallon avait pour ambition, selon les dires du ministre de l'Economie Jean-Claude Marcourt (PS), de permettre "en une génération au moins" à la Wallonie de se redresser structurellement et durablement.

En dix années secouées par la crise financière internationale de 2008, il a constitué l'un des instruments public-privé ayant permis à la Wallonie de suivre à distance le rythme de croissance de la Flandre.

Le Produit intérieur brut (PIB) wallon est ainsi passé de 73,8 milliards d'euros en 2006 (23,3% du PIB national) à une estimation de 90,2 milliards d'euros pour 2015 (23,7%), soit une légère progression de 0,4 point dans la participation au PIB du royaume, selon l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS). Et ce alors que de 1995 à 2005, cette contribution avait reculé de l'ordre de 0,7 point.

Difficile de compter les emplois créés

Si la "fin du décrochage wallon" désormais revendiquée par les autorités régionales ne peut être attribuée aux seules déclinaisons successives du Plan, ces dernières ont eu le mérite de favoriser les synergies entre les pouvoirs publics, les entreprises et le monde académique à travers les pôles de compétitivité, en pariant fortement sur l'innovation et la recherche pour créer des emplois.

Mais l'apport précis des Plans Marshall sur cette création d'emplois reste difficilement quantifiable. Le gouvernement avance le chiffre de 50 660 emplois "créés ou prévus à terme" grâce aux mesures des Plans Marshall depuis 2006, sans que l'on puisse déterminer si ce chiffre est directement lié à ces mesures.

Près de huit milliards d'argent public mobilisés

Les budgets mobilisés, eux, n'ont cessé de croître. Le premier plan, sous gouvernement PS-cdH, a mobilisé 1,7 milliard d'euro, le Plan Marshall 2.Vert (PS-Ecolo-cdH) 2,87 milliards et la dernière mouture de la coalition PS-cdH, le Plan Marshall 4.0 (en référence à la "quatrième révolution industrielle" que constitue le numérique) 2,9 milliards, sur des domaines d'intervention resserrés mais qui intègrent davantage l'enseignement et la formation. La version 4.0 constitue en quelque sorte la première tranche de la stratégie décennale "Marshall 2022".

"Mise en application d'idées libérales"

Plus que les chiffres, c'est le degré de satisfaction des acteurs de terrain qui confère sa légitimité au Plan: les interlocuteurs sociaux (patrons et syndicats) sont ainsi relativement unanimes pour se réjouir des actions engagées, tout en réclamant des résultats plus décisifs et des délais raccourcis.

Côté politique, malgré une présence continue dans l'opposition depuis la création du premier Plan Marshall, le MR ne dénigre pas ce qu'il a qualifié dès ses débuts de "mise en application d'idées libérales". Il réclame notamment des indicateurs de résultats et une évaluation plus précise, et pour les pôles de compétitivité, de passer massivement du stade de projet à celui de produit.

Présent cinq ans durant (2009-2014) dans le Plan Marshall 2.Vert, Ecolo craint désormais de voir s'affaiblir l'alliance emploi-environnement dans le recentrage opéré par la nouvelle coalition. Le PTB est critique, s'interrogeant sur la stabilité des emplois créés et dénonçant une stratégie trop axée sur le privé. Pour le Parti populaire, c'est le concept de planification même qui "ne fonctionne pas en Wallonie".

Pour rencontrer la demande d'objectivation des moyens mobilisés, le gouvernement wallon travaille avec l'IWEPS et les partenaires sociaux à définir un ensemble d'indicateurs de réalisations (hectares construits en zones d'activités économiques, nombre de friches industrielles assainies, de kilomètres de routes de l'emploi construits, etc.).

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