Le plan du rail ou le plan déraille?

On peut déjà prendre les paris : les chemins de fer belges connaîtront des jours de grèves dès le mois de septembre.

Vouloir augmenter de 20% la productivité en réduisant de 20% les moyens alors que le fréquentation des trains ne fait que croître peut en effet apparaître comme une provocation tant pour les travailleurs que pour les navetteurs.

Rail comptable

Dès l’installation du gouvernement, la SNCB a pris de plein fouet un énorme plan d’économies avec des chiffres mais aucune idée sur la manière d’y parvenir. Cela représente 2,1 milliards en moins pour les chemins de fer en 5 ans (la ministre préfère parler de 663 millions, se limitant à additionner les économies annuelles, sans tenir compte du caractère récurrent des réductions budgétaires).

Avec le plan de la ministre, on n’y voit pas plus clair. Ce sera à Infrabel et à la SNCB de se débrouiller pour y arriver tout en garantissant une amélioration du service, du matériel et de la ponctualité ! Le tout avec moins de personnel…

Rail libéralisé et régionalisé

La SNCB réalise actuellement une perte de 200 millions chaque année, il est compréhensible que le gouvernement tienne à réagir. Mais à quoi ressemblera le rail belge à l’avenir ? Pourra-t-on même encore parler d’un rail belge ?

L’Europe a fixé à 2019 la libéralisation du trafic passager ; on peut s’attendre à ce que des opérateurs allemands ou français viennent exploiter les lignes les plus rentables en Belgique, surtout face à une SNCB exsangue. Le patron Jo Cornu, lui-même n’a pas exclu cette perspective. Dans une interview à l’Echo en février 2014, Jan Jambon (aujourd’hui vice-premier N-VA) souhaitait voir la SNCB privatisée. Samedi dernier dans Le Soir, le président du Parlement flamand, Jan Peumans (N-VA) souhaitait voir les chemins de fer régionalisés après 2019.

Les ateliers les plus modernes sont en Flandre, la clé de répartition des investissements reste à 60/40 alors que les lignes sont plus longues et nécessitent plus d’ouvrages d’art en Wallonie, Zaventem a eu son Diabolo, plus question par contre de gare aux aéroports de Liège et Charleroi, le RER vers le nord est beaucoup plus avancé que vers le sud, etc...

Il est vrai que les Francophones ont négligé la SNCB là où la Flandre en a fait un réel outil économique.

Dès lors, pour régionaliser et/ou privatiser, il vaut mieux tailler dans les budgets plutôt que d’investir à long terme.

De plus, le plan de la ministre Galant ne s’inscrit pas dans un cadre plus global de la mobilité dans un pays embouteillé qui fait la part trop belle à l’automobile (et à la voiture de société).

Le gouvernement fédéral fixe un plan comptable à la SNCB avec objectifs souvent si pas flous, irréalistes. Mais la SNCB paye aussi sa gestion erratique et son image de mammouth sclérosé ultra-syndicalisé auprès de partis qui n’aiment pas ça…

 

@PhWalkowiak

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