Le plan de relance européen servira aussi à financer de nouvelles places dans les crèches wallonnes et bruxelloises

Pour relancer l’économie européenne, touchée par la crise du Covid-19, l’Union européenne s’est dotée d’un plan de relance. L’Europe injectera 750 milliards d’euros dans l’économie. La Belgique devrait recevoir 6 milliards que l’Etat fédéral et les entités fédérées se partageront. Cet argent ira vers des projets tournés vers la transition énergétique et digitale mais sera aussi orienté vers des projets destinés à favoriser la cohésion sociale. Dans cette dernière optique, la Belgique a remis des projets en vue de soutenir le développement et la rénovation des structures d’accueil de la petite enfance. L’un des objectifs est d’augmenter le taux d’emploi et en particulier celui des femmes. Elles sont, en effet, les grandes perdantes du manque structurel de places dans des crèches. Elles doivent souvent choisir de rester à la maison pour s’occuper des enfants au détriment de leur carrière professionnelle.

Actuellement, 33 à 38 places en crèches pour 100 enfants

Les parents qui ont cherché une place dans une structure d’accueil pour un enfant en bas âge ont, bien souvent, été confrontés à un parcours du combattant. Les places en crèches sont trop rares et les listes d’attente sont importantes. En Belgique, le taux de couverture en places d’accueil est toujours insuffisant. En Wallonie, il est de 38%. Autrement dit, il y a en Wallonie 38 places pour 100 enfants âgés de 0 à 2 ans et demi. À Bruxelles, ce taux de couverture n’atteint que 33%. Il n’y a donc, environ, de la place que pour un tiers des enfants qui ne sont pas encore en âge d’entrer en école maternelle.

Il suffit de contacter un responsable de crèche pour se rendre compte des difficultés rencontrées sur le terrain, dans les crèches subsidiées. A Ixelles, Felipe Ribeiro, responsable d’une crèche à Ixelles le confirme, il n’a pas de place disponible avant 2022. "On a au moins dix coups de téléphone par jour pour des demandes d’inscription, que ce soit pour des enfants à naître ou des enfants déjà nés. Ici, nous pouvons accueillir 42 enfants. Donc, par rapport à la liste d’attente qui est très grande — il y a plus de 650 demandes — on répond actuellement à plus ou moins 14% de la demande", explique Felipe Ribeiro.

Face à la difficulté de trouver une place dans une crèche subsidiée, les parents n’ont souvent pas d’autre choix que de se tourner vers une crèche privée, plus onéreuse, ou de renoncer à exercer un emploi pour s’occuper de l’enfant. "À un certain moment, c’était soit arrêter, rester à la maison et m’occuper de mes enfants, alors que ce n’était pas vraiment le rêve que j’avais. Les charges qu’on a chaque mois, c’était un peu pesant de payer 800 euros comme ça, mais en même temps, je ne voulais pas vraiment arrêter ma carrière professionnelle", explique Donia Djebali qui a dû opter pour une crèche privée.

Utiliser les fonds du plan de relance européen pour financer des crèches, c’est soutenir l’emploi, surtout celui des femmes

C’est dans ce contexte que la Belgique a décidé de consacrer une partie des fonds du Plan de relance européen au financement de nouvelles places dans les crèches. La Région Wallonne a rentré une demande pour 90 millions d’euros afin de construire 5400 places d’accueil et d’en rénover 6000. La Région bruxelloise a fait de même. De quoi, espère-t-on, augmenter le taux de couverture. L’objectif est d’atteindre 50 places d’accueil subsidié pour 100 enfants, ce qui est un peu la norme européenne idéale.

Ces investissements peuvent s’inscrire dans les objectifs poursuivis par le Plan de relance européen. Ce plan vise à relancer l’activité économique des pays sinistrés par la pandémie, mais il doit s’agir d’une relance économique durable et structurelle. Cette relance devra par exemple aussi produire de la cohésion sociale, corriger des inégalités, être créatrice d’emplois. Or, comme l’accès et la disponibilité des places d’accueil constituent un déterminant majeur du taux d’activité des femmes, c’est le Conseil supérieur de l’emploi qui le dit, augmenter les places en crèche, c’est augmenter le taux d’emploi des femmes, même si, bien entendu, ce n’est pas une recette miracle, comme le souligne Pascale Vielle, professeure de droit social à l’UCLouvain. "D’abord, sur le marché du travail, il y a un phénomène d’offre et de demande. S’il n’y a pas de places disponibles, vous pouvez mettre toutes les places en crèche que vous voulez, les femmes — et les hommes non plus d’ailleurs — ne vont à un moment donné plus trouver d’emplois. C’est donc évidemment le premier facteur. Le deuxième, c’est tous les dispositifs qui vont permettre de soutenir l’activité professionnelle des parents, hommes ou femmes, qui ont des responsabilités familiales", explique Pascale Vielle, Professeure à la Faculté des Sciences économiques de l’UCLouvain.

La création de places supplémentaires dans les structures d’accueil pour la petite enfance n’aura pas l’effet d’un coup de baguette magique sur l’emploi, mais marquera peut-être le début d’un cercle vertueux qui permettra, à terme, un meilleur accès des femmes au marché du travail. "Je pense qu’un plan de relance qui conduirait à stimuler l’économie, et donc à recréer de l’emploi, mais qui ne s’accompagnerait pas d’un soutien à la parentalité, et plus particulièrement à l’activité professionnelle des femmes, risque d’avoir des effets très inégaux en termes de genre et de bénéficier beaucoup plus aux hommes qu’aux femmes", estime, à ce titre, Pascale Vielle, de l’UCLouvain.

Certaines crèches existent déjà, qui répondent mieux aux besoins des parents qui travaillent. A Forest, la crèche Divercity peut accueillir 36 bambins et elle va bientôt monter en puissance sur base d’un concept novateur, des horaires plus souples et surtout la priorité faite aux femmes. Pour la responsable de cette structure d’accueil, c’est indispensable. "C’est vraiment de pouvoir leur permettre soit de trouver une formation, soit de pouvoir chercher un emploi ou parfois tout simplement de souffler, parce qu’il y a des problématiques personnelles qui sont là et qui ont besoin d’être réglées avec du temps, et pas avec un enfant près de soi", explique Perrine De Berraly, responsable de la crèche Divercity. Cette crèche, avec son mode de fonctionnement plus souple, rencontre les attentes des parents, en particulier des mamans. Mélina, maman solo, peut ainsi poursuivre son job. "Pour mes enfants, c’est mieux qu’ils aillent à la crèche, et pour moi également, c’est mieux que je reprenne ma vie professionnelle, parce que ça va faire un long parcours sans expérience et ce n’est pas exactement ce que je veux", explique Mélina. "Je suis employée administrative IT et ce sont parfois des horaires qui varient. Ce n’est pas évident, mais la crèche Divercity a une flexibilité et une sécurité aussi. Je me sens bien avec mon enfant en le déposant ici, ce qui n’est pas pareil partout", explique Amal, une autre mère.

En Belgique, l’utilisation des fonds du Plan de relance européen poursuivra d’autres objectifs

Sur les 750 milliards d’euros que l’Europe mettra à disposition des États membres pour surmonter les conséquences de la crise sanitaire, la Belgique devrait en percevoir 6 milliards. Pour bénéficier de cette manne, la Belgique, toutes entités confondues, a élaboré son propre plan " de reprise et de résilience ". Il concerne de nombreux secteurs industriels, mais aussi les services, l’administration, le système de santé, l’associatif ou encore les grandes infrastructures. Que la Belgique reçoive l’intégralité ou pas des 6 milliards d’euros dépendra de la qualité des projets belges. C’est la Commission européenne qui retiendra les projets sur base des critères qu’elle a établis. Les projets doivent répondre à un cahier des charges très strict, être orientés vers transition énergétique, l’environnement, la mobilité, et la digitalisation, et être à même de créer plus d’inclusion sociale, d’emplois, tout en rendant le pays plus prospère. Le verdict de la Commission est attendu pour la fin du mois.

Le Bureau du Plan s’est penché sur les effets que les 6 milliards d’euros du Plan de relance européen auront sur l’emploi. Il s’attend à ce que ces 6 milliards permettent de générer la création de 3900 emplois et d’améliorer de 0,14% le PIB, c’est-à-dire la richesse produite en un an par la Belgique. Cela peut paraître peu, mais l’objectif des fonds européens du Plan de relance n’est pas directement de créer de l’emploi. C’est plutôt de créer une dynamique à long terme pour que l’économie du pays se remette sur les rails, dans une direction conforme aux objectifs européens actuels.

 

 

Plan de relance européen: JT 16/04/2021

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