Le pèlerinage de l'Yser est de moins en moins radical

Les drapeaux flamands au pèlerinage de l'Yser, en 2011
Les drapeaux flamands au pèlerinage de l'Yser, en 2011 - © NICOLAS MAETERLINCK/ Belga

La Wallonie a décidé de répondre positivement à l’invitation du gouvernement flamand : une gerbe de fleurs sera symboliquement déposée aux pieds de la Tour de l’Yser lors du pèlerinage annuel, ce dimanche. Patrick Dupriez, président du Parlement wallon, précise que des Wallons seront aussi présents lors de la commémoration. Pour Laurence Van Ypersele, historienne et spécialiste de la Première Guerre mondiale, il s'agit d'une initiative pacificatrice. Mais la Wallonie pourrait faire plus.

Symbole fort pour le nord du pays, l’évènement semble perdre, au fil des ans, son caractère exclusivement nationaliste. "L'invitation de la Flandre à la Wallonie aujourd'hui est à comprendre dans le cadre actuel d'un désir de pacifier les relations intercommunautaires ", explique Laurence Van Ypersele, qui répondait aux questions des internautes sur notre site, ce jeudi.

L'historienne rappelle que la préparation du centenaire du pèlerinage symbolisait déjà cette pacification. "Ce centenaire a été préparé notamment à l'initiative de Geert Bourgeois (N-VA), dans une optique au départ très nationaliste, mais qui au fil du temps, sous les critiques de certains Flamands comme Louis Tobback mais également de puissances étrangères, s'est assoupli, pour devenir un lieu de dialogue intercommunautaire", dit-elle.

Le pèlerinage restera un symbole flamand

Il ne s’agit cependant pas de revoir l’Histoire. Le pèlerinage de l’Yser ne deviendra pas pour autant un symbole belge, même si "dans les tranchées de l'Yser, c'est l'armée belge qui s'est battue", précise l’historienne.

"Cet évènement représentait dès le début des années 20 le sacrifice des Flamands sur le front de l'Yser. Il est aujourd'hui encore au cœur de l'identité flamande: sacrifice de soldats flamands pour un État belge très peu reconnaissant, autrement dit le martyr de la Flandre sur l'autel de la Belgique."

Mais de moins en moins de Flamands se déplacent désormais aux festivités. Ce symbole fort, repris et utilisé par une certaine Flandre très nationaliste après la Seconde Guerre mondiale, ne soulève plus les foules. Dans ce cadre, l’invitation est à lire dans le sens de l’apaisement. Pour Laurence Van Ypersele, c’est aussi " la marque de la reconnaissance de la Wallonie envers un État réellement fédéral, et donc de son homologue fédéré flamand."

La Wallonie doit entretenir sa mémoire

La Wallonie, note cependant l’historienne, reste très frileuse en ce qui concerne la mémoire de la Grande Guerre. "La Wallonie a le chic d'oublier ce qui la fonde", estime-t-elle.  "L'occupation de la Wallonie mais aussi de la Belgique, a suscité une solidarité nationale et internationale jamais vue jusqu'alors dans l'histoire de l'humanité". Une mémoire qui n’est pas entretenue, et parfois malmenée, explique Laurence Van Ypersele. "Il est à espérer que le président du gouvernement flamand viendra l'an prochain aux commémorations de Loncin, à l'invitation éventuelle du gouvernement wallon", conclut-elle, en guise de suggestion aux hommes et femmes politiques du sud du pays.

Relisez la totalité de la conversation de nos internautes avec Laurence Van Ypersele ci-dessous.

W. F.

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