Le pass sanitaire à Bruxelles : une défaite qui doit éviter une déroute

Bruxelles va donc pouvoir instaurer le passe sanitaire pour les plus de 16 ans, dans les bars, restos et autres discothèques dès le premier octobre. La décision n’est pas encore prise, mais la possibilité existe, un accord en ce sens est intervenu entre les différents gouvernements. La Flandre et la Wallonie ne l’envisagent pas pour l’instant. Pour Bruxelles c’est une défaite.

Manque de confiance

C’est d’abord l’échec de la capacité d’instaurer un climat de confiance autour des vaccins. Mais cet échec est lié en grande partie à la structure de la population bruxelloise, plus précarisée, plus diverse, plus jeune et donc beaucoup plus compliquée à toucher qu’une population plus aisée, plus âgée et plus homogène. Malheureusement, la carte de la vaccination est largement corrélée à celle du niveau socio-économique des Bruxellois et est désormais aussi corrélée à la carte des infections. Moins on est riche, moins on se vaccine et plus on est infecté.

La nouvelle stratégie de vaccination bruxelloise, avec entre autres des bus qui sillonnent les grandes zones commerciales, n’a pas encore réussi à inverser la tendance. Au contraire même, il faudrait 16.000 vaccinations par semaine pour que Bruxelles atteigne ses objectifs, on est péniblement à 9000, un chiffre en baisse par rapport à la semaine précédente.

Un autre chiffre inquiète, c’est celui des jeunes, avec la rentrée scolaire. Là où la Flandre a vacciné 70% des 12-17 ans, la Wallonie la moitié, Bruxelles en a seulement vacciné 18%.

Bruxelles punie

On vit dans un pays où l’idée dominante est celle que chaque région mérite son sort, mérite ce qui lui arrive. Bruxelles (et la Wallonie aussi d’ailleurs) est déjà accusée par Bart De Wever de "prendre la Flandre en otage" en n'arrivant pas à vacciner aussi vite que le Nord. Imaginez si une quatrième vague survient à Bruxelles et pas ailleurs de manière uniforme, seule Bruxelles devra en supporter le prix. La capitale devra faire seule face à ses hôpitaux bondés, seule face à un nouveau lockdown, seule, comme si elle méritait son sort.

Bien sûr on peut trouver cela injuste. Mais la réalité politique est celle-là. Les responsables politiques bruxellois, PS en tête, ont senti le vent tourner, ce sont eux qui ont réclamé le pass sanitaire, pour éviter de devoir mériter bien pire que ça dans les prochaines semaines.

La moins mauvaise des solutions ?

Sur un plan théorique, la moins mauvaise, c’est l’obligation. C’est évident, on identifie un intérêt général vital pour la société, on le lie à une obligation. Mais cette conception d’un intérêt général ou supérieur qui favorise la sphère publique, se heurte à la montée en puissance de la sphère privée, celle des droits de l’individu. Plus grand-chose n’est encore supérieur aux droits des individus, en particulier le droit de disposer librement de son corps, et donc le droit de refuser un vaccin.

Une obligation peut rendre libre, c’est l’idée fondatrice de l’obligation scolaire, ou celle de l'obligation de vote. Le pass sanitaire est donc le résultat d’une impasse, celle de la conciliation devenue impossible entre un intérêt collectif et un intérêt individuel. Idéalement, ce genre de conflit est réglé par la délibération en démocratie. Mais là aussi, la délibération, l’échange d’arguments dans un espace public semble être marqué par l’échec.

L’obligation ne semblant plus imaginable désormais en Europe occidentale, toutes les autres solutions par le haut sont de long terme. C’est-à-dire renforcer la cohésion sociale, réorganiser la médecine de première ligne pour la rendre plus performante et plus accessible, faire de prévention à la santé de manière plus résolue, rendre l’espace public plus propice à une délibération sereine.

Le genre de choses qui prend des années, et pas un mois. Le pass sanitaire est une défaite qui doit éviter une déroute, celle de voir Bruxelles s’enfoncer dans une quatrième vague potentiellement destructrice pour son réseau de santé et pour son tissu social et économique.

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