Le Parti Pirate Belge: des dissidents condamnés à s'échouer?

Les pirates allemands ont remporté leur première grande victoire à Berlin.
Les pirates allemands ont remporté leur première grande victoire à Berlin. - © EPA/STEFAN PUCHNER

Le Parti Pirate allemand a remporté dimanche sa première grande victoire. De quoi donner des idées et des ailes à leurs homologues belges? Pour l'heure, les analystes politiques sont perplexes et estiment que les thèmes défendus par les Pirates sont trop précis et restreints.

Les pirates allemands ont pris d’assaut le Parlement régional de Berlin. Après avoir obtenu 9% des suffrages lors de l’élection du week-end dernier, quinze députés issus de ce parti "contestataire" siègeront dans l’hémicycle. Leurs principales revendications concernent l’accès à Internet, la dépénalisation du téléchargement pirate, le contrôle des nouveaux moyens de communication ou encore les droits d’auteurs.

Le premier parti pirate est apparu en Suède voici cinq ans. Depuis, plusieurs autres formations du même genre ont vu le jour aux quatre coins du globe. Aujourd’hui, 33 partis pirates sont recensés dans le monde. Y compris en Belgique.

Ni de gauche ni de droite

Lors des élections législatives de 2010, le Parti Pirate Belge s’est présenté dans l’arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvore, récoltant à peine 0,26% des voix. Mais les récents résultats des cousins germaniques pourraient donner des idées aux dirigeants du PPBe.

"À une différence près, c'est que nos amis allemands sont sans doute un peu plus progressistes (que les Belges, ndlr)", souffle Jurgen Rateau, co-président du Parti Pirate belge, au micro de La Première. "La contestation, la défiance, la notation et la divulgation sont des dimensions qui sont éliminées de l'espace public, de l'espace politique et de l'espace citoyen. Donc à un certain moment, ces espaces-là, ces notions-là vont devoir revenir. Une chose qui était plus difficile peut-être dans le passé mais qui devient tout à fait possible aujourd'hui avec les nouveaux moyens technologiques."

Parti de gauche ou parti de droite ? Les pirates belges refusent de se positionner sur l’échiquier politique. "Cela n'a absolument pas de sens", assure Jurgen Rateau, reconnaissant tout de même que le programme du PPBe ne devrait guère intéresser les plus de 40 ans. "Nous regardons ça d'une autre façon, donc ni gauche ni droite. Je pourrais juste dire que nous sommes sans doute plus versés sur un côté prônant des libertés plutôt que de mener des politiques plus autoritaires."

"Un champ d'action très limité"

Les observateurs de la scène politique estiment que le Parti Pirate Belge aura de grandes difficultés à percer et à se faire une place parmi les autres partis "traditionnels".

"Je suis perplexe", glisse Pierre Vercauteren, politologue à l’UCL-Mons. "Leur principal problème, c’est que leur champ d’action, le thème qu’ils défendent est très limité. Ils ne peuvent donc s’adresser qu’à un type de public très particulier. Leur message sur les nouvelles technologies et internet est clair. Mais qu’en est-il du reste de leur programme ?"

Comme ses homologues allemands, le PPBe pourrait donc tenter d’élargir son électorat en discutant d’autres thèmes et en abordant des sujets socio-économiques par exemple.

"Ce ne serait pas forcément une bonne idée", selon Jean Faniel, analyste au Centre de Recherche et d’Information Socio-Politiques (CRISP). "Prenez l’extrême-droite ou les écologistes: ils ont réussi à percer et à séduire leur électorat sans sortir de leur thème de prédilection. Il n’est donc pas indispensable d’avoir une réflexion large sur l’ensemble de la société pour percer. Par contre, il faut que ce thème apparaisse comme majeur. Ce qui, actuellement, n’est peut-être pas le cas des sujets chers au Parti Pirate."

Sauf surprise, les Pirates belges ne devraient donc pas passer à l’abordage des parlements du plat pays lors des prochains scrutins. "Chez nous, ce parti souffre encore d’un net manque de visibilité", note encore Jean Faniel. "Ce sera très difficile pour eux."

"En cas d’élections anticipées, pourquoi pas ? Dans les autres cas, j’avoue avoir effectivement un très gros doute", conclut Pierre Vercauteren.

PIAB

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK