Le parlement wallon divisé sur la participation des citoyens

Le parlement wallon divisé sur la participation des citoyens
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Le parlement wallon divisé sur la participation des citoyens - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Ces dernières années, la défiance d’une partie de la population envers le monde politique semble avoir prospéré, notamment alimentée par quelques scandales et abreuvée par une nouvelle crise interminable à la suite des élections de 2019.

Pour tenter de combler ce fossé grandissant entre mandants et mandatés, et pour revitaliser la réflexion politique, diverses initiatives de " démocratie participative " ont vu le jour ces dernières années.

La dernière en date vient de la députée Marie-Martine Schyns (cdH) qui propose de créer une assemblée citoyenne en Wallonie, composée de citoyens tirés au sort et chargée de formuler des recommandations aux autorités publiques. Le modèle choisi est celui qui a vu le jour à la fin de la législature précédente en Communauté germanophone.

La majorité régionale PS-MR-Ecolo finalise de son côté un autre projet, prévu dans sa feuille de route et proche cette fois de ce qui a été décidé en Région bruxelloise : la création de commissions parlementaires mixtes, dans lesquelles des citoyens tirés au sort siègent aux côtés de députés élus.

Test grandeur nature

Le parlement de Wallonie ne part pas totalement d’une feuille blanche, car l’assemblée régionale a testé une autre formule au cours de la précédente législature, les panels citoyens. L’un s’est penché sur les enjeux du vieillissement de la population, l’autre sur la jeunesse. Dans les deux cas, 30 citoyens se sont réunis une poignée de fois pour débattre et émettre des recommandations. Bilan de cette double expérience ? Des motifs de satisfaction, et des raisons de s’inquiéter.

L’opinion générale des panélistes, c’est que l’expérience méritait d’être vécue. "J’ai été surpris par la qualité des travaux et des débats au sein d’un groupe aussi disparate", se souvient Hermès Gerrienne. "Je n’avais que 18 ans et je n’avais jamais voté. Ça m’a permis de voir la politique autrement, parce qu’on n’apprend pas ça à l’école. Je me suis sentie importante et écoutée. C’était donc très enrichissant et je n’en retire que du positif", ajoute Emilie El Ouaar.

"En rencontrant des personnes d’autres horizons et en planchant avec elles sur un même projet, on se rend compte qu’il y a beaucoup d’énergie prête à se mouiller pour la Wallonie, des gens prêts à mettre leur tête et leurs idées au service de la communauté. Ça fait vraiment du bien de constater ce sens civique", se réjouit Hélène Bodart.

Mais chaque médaille a son revers. Et dans le cas de cette expérience inédite de "co-construction", c’est ce que les députés ont fait du travail des citoyens.

"Il y a clairement un manque de suivi", déplore Hermès Gerrienne. "Si une proposition sortie de ce travail de réflexion des citoyens entre dans un processus législatif classique, nous n’en sommes pas informés. C’est dommage"

Comme une classe avec une pédagogie différenciée qui ne donne pas droit à un diplôme

"Je n’ai pas senti une très grande ouverture chez les députés, parfois même du désintérêt, voire de la condescendance. Comme si certains se sentaient en danger, alors que le but n’était pas de prendre leur place mais plutôt d’apporter des idées, un peu hors du cadre. On a un peu le sentiment que ce n’était que de l’apparat. Alors, c’est comme si une école ouvre une classe avec une pédagogie différenciée, mais qu’à la fin de l’année on n’a pas droit à son diplôme. Ça ne rime à rien", déplore Hélène Bodart

Dans les prochains mois, le Parlement wallon devrait analyser en profondeur les deux nouvelles options sur la table, l’une émanant de la majorité (commission mixte), l’autre suggérée par l’opposition (assemblée citoyenne). Et les députés devront veiller à tenir compte de ces expériences récentes et du bilan contrasté dressé par les citoyens mis à contribution.

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