Le Parlement wallon confirme son opposition à la signature du CETA

Le parlement wallon débat du CETA
Le parlement wallon débat du CETA - © BRUNO FAHY - BELGA

Le Parlement wallon a confirmé vendredi son opposition à la signature du projet de traité commercial entre l'Union européenne et le Canada (CETA).

Mercredi, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles avait approuvé une résolution dans le même sens. Un vote devait aussi intervenir au Parlement bruxellois, mais le débat a été reporté.

A l'issue d'un débat d'un peu plus de deux heures, les députés wallons ont approuvé une motion demandant au gouvernement wallon de ne pas déléguer ses pouvoirs au fédéral pour signer le projet de traité. La motion a été approuvée par 46 oui (PS, cdH, Ecolo et PTB), 16 non (MR) et une abstention, celle du député indépendant Pierre-André Puget.

Paul Magnette était d'ailleurs venu confirmer, ce vendredi au Parlement wallon, avant le vote final, qu'il ne signerait pas le CETA.

"Oui à l'approfondissement des échanges commerciaux avec le Canada (...), mais non au texte qu'on nous propose sous cette forme", avait lancé en ouverture d'un ultime débat, par moments houleux, la député socialiste Olga Zrihen. "Nous sommes une part du pouvoir européen, nous sommes l'un des sept parlements de Belgique".

L'Europe en otage

"Vous n'avez pas le sens de l'Etat, vous prenez en otage la Belgique et l'Europe. Comment rester crédibles si nous empêchons les 27 autres pays d'aller de l'avant, de placer l'Europe sur l'échiquier mondial", avait répliqué la député MR Virginie Defrang-Firket. "Vous allez transformer la Wallonie en Cuba de l'Europe".

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, avait tenté, jeudi, de faire fléchir les députés wallons en pointant également le risque que la région de quelque 4 millions d'habitants soit isolée en Europe.

"Seuls les Wallons s'y opposent, les socialistes français et italiens et sociaux-démocrates allemands sont enthousiastes", avait relevé le ministre fédéral. "Cela m'embête pour l'avenir de l'Europe, pourquoi ajouter une crise en plus?", s'était-il interrogé, en soulignant que "le Canada est le pays le plus proche de l'Europe" en matière de normes sociales et environnementales, deux des thèmes qui inquiètent les députés et de larges pans de la société civile (syndicats, ONG...) en Wallonie.

Un caillou dans la chaussure du gouvernement Michel

Les dirigeants européens et canadiens ont rendez-vous à Bruxelles le 27 octobre pour ratifier le CETA, mais tant le ministre-président Paul Magnette que son homologue de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, refusent de déléguer les pleins pouvoirs au fédéral pour signer le traité. 

Avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir?

En revanche, les Premiers ministres français et canadien avaient, vigoureusement, défendu jeudi le traité de libre-échange. "Si dans une semaine ou deux, l'Europe est incapable de signer une entente commerciale progressiste avec un pays comme le Canada, avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir?", a critiqué Justin Trudeau, appelant à "démystifier" des craintes "générales". Le moment est venu "pour l'Europe de décider à quoi sert l'Union européenne".

Lundi, la position de la Belgique devra être communiquée aux autres Etats de l'Union

La position définitive de la Belgique devrait être connue lundi, lorsque les représentants des différents gouvernements du pays se réuniront. D'ici là, le chef du gouvernement wallon, le socialiste Paul Magnette, aura rencontré vendredi en fin de journée à l'Elysée le président français François Hollande.

La position des francophones de Belgique risque en outre de tendre à nouveau les relations avec la Flandre, favorable au Ceta et où les revendications d'autonomie pourraient se voir renforcées.

Jeudi, la N-VA a accusé la "république soviétique de Wallonie" de mettre en péril les intérêt commerciaux de la Flandre. Ambiance.

Je ne prends pas ceci comme un enterrement du traité

S'exprimant après le vote du Parlement wallon, Paul Magnette se défend d'avoir bloqué un processus: "Je ne prends pas ceci comme un enterrement (du traité), mais comme une demande de rouvrir des négociations, en souhaitant qu'elle puisse être entendue par les dirigeants européens", a nuancé Paul Magnette, en révélant avoir reçu ces derniers jours des appels téléphoniques notamment du président français François Hollande et du chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Paul Magnette a expliqué ne pas réclamer une réouverture des négociation sur l'ensemble du traité mais que la récente "déclaration interprétative" qui l'accompagne soit dotée du même poids juridique que le Ceta lui-même.

 

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