"Le Parlement doit entrer dans le 21ème siècle à pieds joints", estime Eliane Tillieux (PS) la nouvelle présidente de la Chambre

Après 51 hommes, la députée fédérale et chef de l’opposition socialiste namuroise Eliane Tillieux devient la première femme présidente de la Chambre. Elle devient le deuxième ou troisième personnage le plus important du protocole au même titre que Sabine Laruelle, présidente du Sénat.


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Avant de prendre ses fonctions ce mardi 13 octobre, elle est l’invitée de Matin Première au micro de Thomas Gadisseux.

Par expérience du poste de Ministre wallonne de la Santé de 2009 à 2014, Eliane Tillieux a un avis sur la crise actuelle du coronavirus et l’action politique : "L’important est d’expliquer pour permettre une meilleure adhésion aux mesures. Le gouvernement a pris la décision d’avoir un 'commissaire corona' afin d’avoir une communication uniforme et un point de contact. Nous ne sommes pas encore sortis de la crise et nous allons devoir encore être très vigilants avec les gestes barrières. Il faut éviter que ce virus se propage encore davantage".

Après des positions très critiques face l’ancienne Ministre fédérale de la Santé Maggie De Block, elle constate un changement de paradigme très fort avec Franck Vandenbroucke : "Nous l’avons vu lors de la première conférence de presse, le ministre sait où il va et décide ensuite en fonction des différents avis divergeant".

Depuis presque deux siècles on a vu uniquement des hommes présider la Chambre

Mais que compte faire la socialiste namuroise de ce personnage important de l’Etat ? "C’est une première depuis 190 ans, donc depuis presque deux siècles on a vu uniquement des hommes. Cela donne une image d’un pays qui est fortement déséquilibré en termes de répartition des rôles entre les hommes et les femmes. Ce poste est l’aboutissement d’un travail pour moi, celui pour un meilleur équilibre de représentation".

Eliane Tillieux n’en est pas à ses débuts dans ce combat pour la représentation des femmes en politique et dans les postes importants : "En tant que ministre de l’Action sociale, j’avais imposé un décret qui obligeait un tiers de femmes dans les conseils d’administration. Même si j’avais été critiquée à l’époque, je vois que maintenant les lignes ont bougé dans le bon sens".

Ce rôle tenu par une femme, peut selon elle, encore évoluer d’une nouvelle manière : "Le Parlement doit entrer dans le 21e siècle à pieds joints. Il y a des groupes de travail sur ce sujet, mais il faut aussi rapprocher le citoyen de la politique : on voit dans les derniers sondages ces citoyens qui ne veulent plus aller voter". Eliane Tillieux poursuit avec une piste : "L’idée est de faire en sorte que la représentation citoyenne soit traduite concrètement avec des groupes de travail mixtes. Il faut donner aujourd’hui la possibilité de s’exprimer et être confronté aux réalités politiques pour peut-être aboutir sur des recommandations au Parlement".


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Neutralité parlementaire et dépénalisation de l’IVG

Un autre défi se situe dans sa fonction en elle-même, suite aux tensions politiques et à une opposition flamande nationaliste qui montre déjà les crocs : "La fonction de présidente de la Chambre exige nécessairement une neutralité, chaque député aura le droit de s’expliquer. Même si les visions sont différentes et peuvent s’exprimer avec virulence, chacun peut s’exprimer démocratiquement dans cette enceinte

"La fonction politique est une fonction de visibilité, les députés ont aussi envie que leur travail soit connu. Certains le font avec virulence au micro, d’autres avec passion dans les commissions", à propos de l’exposition et de la vitrine que représente la Chambre des représentants.

L’un de ses combats qu’elle défend le plus vaillamment est la dépénalisation totale de l’avortement. Un débat qui fut bloqué par les négociations gouvernementales, mais comment relancer ce débat ?

Eliane Tillieux tient compte des avancées et des difficultés qui ont eu lieu autour de cette question : "Ce renvoi successif devant le conseil d’Etat et ce blocage constant devant les débats sont à la limite de la démocratie. Il y a aujourd’hui des textes, déposés par mon prédécesseur au perchoir, pour éviter la flibuste. Une seconde chose, on sait désormais que le débat n’est pas confisqué : il appartient toujours à la chambre et n’en reste pas à la commission justice. Il y a une obligation d’aboutir à un consensus entre les sept partis de la majorité".

Il vaut mieux des pas en avant plutôt que de laisser cette dépénalisation au placard

Cependant, elle ne s’avance pas avec certitude quant à la finalité que peut prendre cette dépénalisation : "Je ne dis pas que la législation sera prise telle quelle, je dis qu’il vaut mieux des pas en avant plutôt que de la laisser au placard parce que nous avons limité à 12 semaines le délai réservé à l’IVG".

"Chaque parti à ses propres convictions, aujourd’hui nous sommes à sept autour de la table et l’un d’eux ne peut pas juste avoir raison seul." Bien que seul le CD&V bloque, Eliane Tillieux confirme ce qui sera discuté : "Est-ce qu’on va dépénaliser pour les femmes et les médecins qui pratiquent l’avortement ? Est-ce qu’on va réduire le délai de réflexion de 6 jours à 2 jours ? Il n’y a pas de volonté de recul, uniquement d’obtenir un consensus".

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Eliane Tillieux est la première femme à devenir présidente de la Chambre, après 51 hommes © RTBF
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