PS et cdH s'accordent sur le parcours d'intégration obligatoire

Maxime Prévot
Maxime Prévot - © BRUNO FAHY - BELGA

Le gouvernement wallon a adopté en première lecture ce 1e octobre l’avant-projet de décret visant à instaurer un parcours d'intégration obligatoire pour toutes les personnes étrangères ou d'origine étrangère qui s'établissent en Wallonie.

A la manœuvre dans ce dossier sensible, Maxime Prévot (cdH), ministre wallon de l'Intégration sociale, était l'invité de L'Acteur en Direct ce jeudi dans Matin Première pour défendre son projet de parcours d'intégration obligatoire en Wallonie.  

A la question de savoir si cette intégration doit passer par le bâton, il répond que, contrairement aux idées reçues, "la grande majorité" des demandeurs d'asile "ont vraiment la volonté de s'intégrer au mieux et donc sont demandeurs d'apprendre le français"

Or, "aujourd'hui, on constate sur le terrain qu'il n'y a pas suffisamment de capacité, notamment de ressources humaines (par défaut de financement) pour pouvoir dispenser ces cours de français à l’égard de ceux qui sont demandeurs : 40% de la demande aujourd'hui ne sait déjà pas être rencontrée", affirme le ministre cdH.

Une chance à devoir saisir

"Mais il y a aussi toute une série de personnes étrangères ou d'origine étrangère, qui ne s’inscrivent pas dans un processus d'apprentissage du français", ajoute-t-il. Ce qui est pourtant "essentiel".

"Contraindre ou rendre obligatoire l'apprentissage du français quand on vient s'établir en Wallonie, ce n'est pas une sanction, ce n'est pas une punition, c'est une manière, au contraire, de favoriser une bonne intégration ; de pouvoir s'intégrer dans son quartier avec ses voisins ; de pouvoir effectivement trouver un job dans de meilleures conditions ; de suivre le parcours scolaire, les devoirs des enfants ; donc c'est vraiment aussi une chance à devoir saisir"

"Il y a aussi, ne nions pas la chose, dans certains milieux, une difficulté aussi, ou une moindre propension à permettre à certaines personnes, dont notamment les femmes dans certaines circonstances, d'aller aussi au contact, d'aller s’inscrire dans un processus d'insertion socio-professionnel"

Le cours de citoyenneté a d'ailleurs pour objectif d'expliquer "ce qu'est un fonctionnement dans un état de droit". L'occasion d'exposer "les principes qui sont à nos yeux essentiels comme l'égalité des chances, l'égalité homme-femme, la non discrimination ; ce qu'est aussi le respect et la manière dont fonctionnent nos traditions"

Et de conclure : "Je pense qu'il y a une volonté de pratiquer, non pas l'assimilation, mais vraiment de donner les meilleurs chances à l'intégration".

Un parcours sans obligation de résultat ? 

Ce parcours d'intégration, "c'est 120h d'apprentissage du français. C'est aussi un cours de citoyenneté de 20h qui sera rendu obligatoire pour apprendre qu'il y a des droits et des devoirs. Il y a un socle de valeurs à devoir connaître et si possible partager. Il y a le fonctionnement des institutions à mieux appréhender", rappelle le ministre wallon de l'Intégration sociale.

"A l'occasion du bilan d'accueil, on fait le point aussi sur les qualifications de ces primo-arrivants et en fonction de leurs qualifications et de leur sous-qualifications, on veille à leur offrir un processus de qualification, une insertion socio-professionnelle qui, elle aussi, sera alors, le cas échéant, en fonction de ce bilan d'accueil, rendu obligatoire".

Quant à savoir s'il y aura une obligation de résultat, Maxime Prévot répond que la question n'est pas encore à l'ordre du jour mais qu'"on espère que le résultat sera au rendez-vous".

"Il est évident, par contre, que le suivi du parcours obligatoire est une condition sine qua non pour prétendre à une nationalité belge", ajoute-t-il, mais "il faut éviter les amalgames et les précipitations en la matière"

"Dès lors qu'on acquiert le statut de réfugié, on a les mêmes droits et les mêmes devoirs qu'un Wallon, ni plus ni moins. Donc il n'y a pas de raison ni de sanctionner exagérément ni de favoriser", précise-t-il.
 

Sur le principe, la Flandre avait probablement raison

En Flandre, cela fait 10 ans que ce parcours d'intégration existe. Il avait été fort critiqué par les francophones lors de son adoption. Est-ce que cela veut dire que le gouvernement wallon reconnaît aujourd'hui que son homologue flamand avait raison ? 

"Sur le principe de mettre un oeuvre un parcours d'intégration qui rend obligatoire l'apprentissage de la langue, des informations sur les droits et devoirs, l'insertion socio-professionnelle, probablement qu'elle (la Flandre, ndlr) avait raison".

"Mais, ce qui a probablement aussi généré de la distance et du jugement négatif dans le camp francophone à l'époque, c'est la mauvaise assimilation qui fut faite entre ce débat et celui relatif à l'apprentissage presque forcé du néerlandais à l'égard des francophones", ajoute Maxime Prévot. "La minorité francophone n'a pas toujours été correctement respectée en Flandre et voit, encore aujourd'hui, qu'il y a du chemin à faire et probablement qu'à l'époque ce parcours d'inburgering, s'est amalgamé avec la volonté de la Flandre de mettre au pas les francophones qui n'avaient commis comme seul crime que de vouloir vivre en territoire flamand".

Et quand on rétorque au ministre cdH que les francophones ont peut-être été trop obnubilés par les questions communautaires, il répond que l'on peut effectivement balayer devant sa porte mais qu'aujourd'hui ce qui l'intéresse ce n'est pas ce qui s'est passé depuis 10 ans, mais de veiller aujourd'hui "à la meilleure intégration possible"

A l'issue de la réunion du gouvernement wallon, le ministre-président a confirmé que le PS était sur la même longueur d'ondes que son partenaire cdH. "Dans la déclaration de politique régionale, nous nous étions engagés à rendre ce parcours d’intégration obligatoire. Nous y sommes donc totalement favorables. C’est vrai que la question des réfugiés nous a poussé à accélérer le mouvement et à dégager les moyens nécessaires dans le budget 2016", a précisé Paul Magnette.

 

 

 

 

 

 

 

 

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