Le MR veut faire interdire le parti Islam

Le MR veut faire interdire le parti Islam
Le MR veut faire interdire le parti Islam - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le MR veut faire interdire le parti Islam, qui, depuis 2012, compte deux élus communaux chez nous, un à Anderlecht, l'autre à Molenbeek. ISLAM acronyme de "Intégrité - Solidarité - Liberté - Authenticité - Moralité - Un parti qui vient d'annoncer son intention de créer des sections et de vouloir donc a priori présenter des candidats dans les 19 communes lors des élections locales de 2018. Un parti accusé de promouvoir la charia (la loi musulmane), l'inégalité homme-femme et de défendre le projet d'un Etat islamique, tout en prenant soin récemment de se désolidariser des actions du groupe terroriste Etat islamique.

La "menace"  du parti Islam

C'est le député fédéral et bourgmestre MR de Koekelberg Philippe Pivin qui est monté au créneau la semaine dernière par presse interposée sur le sujet pour dénoncer la "menace" que constitue, selon lui, le parti Islam. L'idée d'une interdiction remonte à déjà 3 ans, mais a bel et bien été ranimée il y a quelques semaines via des propositions de lois (de Richard Miller, de Denis Ducarme et d'Olivier Chastel), de résolution, et de modification de la Constitution. Interdire mais comment ? En révisant l'article 11 de la Constitution (sur l'égalité des droits et libertés pour les citoyens belges) et en y ajoutant un passage pour "empêcher un parti d'utiliser la démocratie pour en détruire droits et libertés fondamentales" - "quiconque viserait à détruire les libertés reconnues est punissable", un principe repris de la déclaration universelle des Droits de l'homme et la charte européenne des droits fondamentaux. Richard Miller, député fédéral : "Nul ne peut se revendiquer des droits et libertés de la démocratie pour attaquer les droits et libertés de celle-ci. Je prends un exemple : l'égalité homme-femme. Nous considérons au niveau du MR qu'un parti qui défend l'inégalité de la femme comme le parti Islam, la femme devant rester inférieure à l'homme, ne devrait pas pouvoir se présenter aux élections. Je prends aussi l'exemple de la charia. Quand un parti dit : 'nous, nous voulons instaurer la charia', il dit tout simplement : 'nous, nous ne voulons plus de la justice telle qu'elle est pratiquée dans une démocratie'. Et ça c'est totalement inacceptable".        

Au menu donc, révision de la Constitution (chantier à longue échéance !) et adaptation de la loi électorale pour renforcer le contrôle du financement de partis supposés financés de l'extérieur. Ici, l'Iran est pointé du doigt. Selon Philippe Pivin, "La loi de 1994 sur le financement des partis prévoit que seuls les dons des personnes physiques sont autorisés. Il serait donc intéressant d’effectuer des contrôles pour voir s’ils respectent bien la loi". 

Tout cela n'est-il pas trop ? 

Islam ne compte aujourd'hui que deux élus, Redouane Ahrouch à Anderlecht et Lhoucine Aït Jeddig à Molenbeek. Leur élection en 2012 avait suscité l'inquiétude. Une pétition en ligne, réclamant une interdiction de siéger, avait recueilli plus de 24 000 signatures. Mais de l'aveu général, depuis leur prestation de serment qui avait attiré du monde, ils se sont surtout fait connaître par leur absence d'activité et d'influence réelle sur la politique locale... Et leur extrême discrétion, les deux hommes disant préférer s'exprimer avant tout sur le terrain... Le parti n'a d'ailleurs plus fait l'actualité depuis 2012, sauf lors du bref passage dans ses rangs (en 2013) de l'ex-député PP Laurent Louis, chassé au bout d'un petit mois. 

Alors le MR n'a-t-il pas "sorti le canon pour tuer une mouche", donnant à Islam une nouvelle publicité inattendue ? Les libéraux démentent. Démenti aussi de toute récupération politique après des drames comme celui de Nice. Des libéraux qui disent surtout vouloir agir avant qu'il ne soit trop tard. Richard Miller : "Le danger, c'est qu'un parti, qui inscrit dans son programme une attaque en règle contre les principes de la démocratie, puisse utiliser tous les canaux légaux, de communication, précisément offerts par la démocratie, contre celle-ci et contre les droits des libertés et des personnes. Comparaison n'est pas raison, mais je défends l'idée que, dans les années 30, les démocrates ont laissé faire un parti - le parti nazi et Hitler - qui avait clairement dans ses objectifs l'antisémitisme, le fait de considérer certains comme des sous-hommes, etc. Le résultat, c'est que ce parti, grâce à la mécanique interne de la démocratie, a pu s'implanter. Hitler n'a pas pris le pouvoir par un putsch, mais par la voie des élections démocratiques. Les démocrates ont le devoir d'être attentifs à empêcher certains de mettre en avant des programmes qui vont à l'encontre de nos valeurs démocratiques fondamentales. Dans un système politique comme le système belge, on peut très bien se retrouver en alliances et à un moment donné, dans certaines communes bruxelloises et peut-être wallonnes, voir une tentation de partis de se mettre en majorité avec le parti Islam, en échange de quelque chose. Ni moi ni le MR ne voulons de cela, pas question de brader les valeurs fondamentales qui sont les nôtres".     

Privé de tribune dans le journal communal

Autre signe d'une "offensive" du MR contre le parti Islam: à Molenbeek, la bourgmestre MR Françoise Schepmans a décidé de priver le parti de tribune dans le journal communal, journal pourtant ouvert à toute l'opposition. "Un choix délibéré", dit-elle et qu'elle assume en évoquant un "véritable cordon sanitaire" et jugeant le parti "infréquentable".

Rappelons que pour l'heure, le parti Islam n'a commis aucun délit, n'a pas fait l'objet d'une condamnation et est supposé respecter la Constitution. 

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