Le moral des jeunes agriculteurs wallons: entre optimisme et détermination

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Au moment où démarre la Foire de Libramont, la plus grande manifestation agricole du pays, le monde rural connaît de grandes difficultés, notamment à cause de la sécheresse. Mais qu'en est-il du côté des jeunes agriculteurs?

Cyril Bouchat est sur le point de reprendre la ferme familiale à Ciney. A 21 ans, ce jeune diplômé en agronomie ne semble pas effrayé par les contraintes qu’impose cette profession : "Les difficultés ne me font pas peur, si on gère bien son travail, ça devrait aller".

Emmanuel Wylock, 23 ans, a lui aussi repris la ferme familiale. Depuis janvier, il gère une partie de l’exploitation à Ciney, aux côtés de son père et de son frère. Lorsqu’on lui demande pourquoi il a choisi le métier de ses parents, il répond simplement : "C’est l’amour du métier qui m’a poussé à reprendre la ferme". Emmanuel a bénéficié de l’aide à l’installation de la Région Wallonne. Après avoir fait des stages dans des fermes extérieures et obtenu un diplôme de gestion, les jeunes agriculteurs peuvent recevoir cette aide agricole. Bachelier en agronomie, Emmanuel ne considère pas le métier d’agriculteur comme un fardeau, au contraire : "On est quand même fort aidé par le matériel aujourd’hui, pendant les nuits par exemple. Il y a même moyen de s’arranger et de prendre des vacances ou de partir en week-end". Enthousiaste, Emmanuel reconnaît tout de même que son exploitation est très moderne, et "qu’on ne fait plus grand-chose à la main".

Des agriculteurs plus optimistes

Mais quel est donc le secret de la motivation des jeunes agriculteurs aujourd’hui ? Le crédit Agricole vient de présenter son indice de confiance du monde agricole, et visiblement, le moral est au beau fixe chez les agriculteurs wallons. L’indice de confiance a évolué de seize points en Wallonie cette année. Les jeunes se montrent notamment plus optimistes que leurs aînés, comme en attestent les intentions d'investissements avec une croissance de 10% à court terme et de 13% à long terme.

Ce n’est pourtant pas l’avis du secrétaire général de la Fédération des Jeunes Agriculteurs Wallons, Grégory Etienne, qui parle d’un véritable "constat catastrophique ! Il y a seulement 7% de jeunes agriculteurs en Europe, et environ 10% en Wallonie". Selon Grégory Etienne, les raisons de cette désertion sont une très faible rentabilité, et un rapport travail/salaire peu avantageux. Sans compter que le secteur reste très contraignant. "Pas de distinction entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Cela demande des efforts permanents et conséquents". Sans compter que la taille des exploitations augmente de plus en plus, ainsi que les difficulté à transférer le patrimoine aux enfants lorsqu’ils sont plusieurs frères et sœurs.

Aujourd’hui, s’installer pour un jeune agriculteur reste difficile parce que les capitaux nécessaires sont élevés et les investissements conséquents. Grégory Etienne ajoute que "le jeune agriculteur de nos jours n’est plus sûr de réussir".

Pourtant, les aides à l’installation (jusqu’à 70 000 euros) et celles à l’investissement (pour développer son exploitation) existent, et constituent un vrai coup de pouce, maximisé par la région wallonne.

Le bio, une solution ?

Les jeunes fermiers privilégient de plus en plus le bio : de 50 fermiers bio en 1990, on est passé à 884 en 2010. Plus de 6% de la surface agricole utile wallonne est consacrée au bio, contre 4,7% en moyenne pour l’Europe. "La mentalité est vraiment en train de changer dans le milieu agricole. L'âge moyen des fermiers bio est moins élevé que celui des fermiers traditionnels. C'est significatif", déclare Sylvie Morcillo, de Bioforum, la coupole régionale du bio, à nos confrères du Vif.be

Fabian Daniel est producteur de ballots de paille à Hélécine. Il a repris l’exploitation de ses grands-parents après avoir fait des études d’ingénieur agricole. Il est actuellement en transition bio. Pourtant, le jeune agriculteur n’avait rien prévu : "Je ne suis pas né dans le milieu agricole, mon avenir n’était pas tout tracé. A la fin de mes études, j’ai décidé de reprendre la ferme de mes grands-parents. C’est un choix personnel, un choix de vie. C’est presque idéologique, je pense que c’est un secteur où l’on peut changer les choses". Le jeune agriculteur de 28 ans reconnaît que c’est un travail rebutant pour les jeunes. "Pas d’horaires, une vie sociale conditionnée par le travail…mais la satisfaction du travail n’a pas de prix. On est maître de ce que l’on fait".

Il y a près de 15 500 exploitations agricoles en Wallonie réparties sur 45% du territoire wallon. Seulement 3% des exploitants ont moins de trente ans. Reste à voir si les initiatives des pouvoirs publics, à l'instar des 15 millions d'euros dégagés par le ministre de l'Agriculture Benoît Lutgen pour soutenir l'agriculture familiale, seront de nature à ramener davantage de jeunes vers le métier de fermier.

Julie Duclos

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