"66 jours pour sauver la justice": le monde judiciaire interpelle les partis par des actions dans tout le pays

Toutes les audiences, du tribunal de police à la Cour de cassation, ont été suspendues ce mercredi à 11h30 dans les différents arrondissements judiciaires du pays. A Bruxelles, magistrats, avocats, greffiers, interprètes… ont arrêté de travailler et se sont rassemblés dans la salle des pas perdus. Ils estiment déplorable l’état actuel de la justice. Il y a eu un énorme embouteillage à l'entrée principale du palais, place Poelaert. Avocats et magistrats venant d'autres bâtiments de justice de la capitale, ainsi que des justiciables se sont retrouvés dès lors coincés à l'extérieur.

Pascale Monteiro-Barreto, juge au tribunal de la famille à Bruxelles a lancé un message au prochain gouvernement. Selon elle, il faut "respecter les cadres, et donc présenter tous les postes qui sont aujourd'hui en déshérence pour permettre à chacun des tribunaux de fonctionner avec le cadre qui a été décidé par le législateur. 90%, cela n'est pas la loi, on est dans l'illégalité. Il faut 100%, ce que dit la loi. C'est le cadre nécessaire pour que cela fonctionne a minima".

Pour le juge d'instruction Michel Claise, il faut aussi revaloriser l'institution judiciaire : "Ce n'est pas seulement le renforcement des cadres, mais c'est aussi l'image que nous recevons, par exemple, de l'exécutif quand les magistrats prennent des décisions en matière de réfugiés, en matière de viol. Il est arrivé que l'exécutif s'en prenne aux magistrats, ne respectant pas la séparation des pouvoirs".


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Pour se faire entendre, les associations de magistrats (UPM, ASM, NVM, M&M et URJPP), Avocats.be et son équivalent flamand, le Syndicat des avocats pour la démocratie ainsi que la Ligue des droits humains et la Liga voor Mensenrechten ont lancé ce mercredi la campagne "66 jours pour sauver la justice", soit le nombre de jours jusqu’aux élections fédérales de mai prochain.

Via différentes actions, à commencer par la mobilisation générale de ce mercredi dans tous les palais de justice du pays, les acteurs du monde judiciaire entendent attirer l’attention des partis politiques pour qu’ils placent la justice au centre de leurs programmes électoraux.

"Maintenant la justice est un luxe"

Le personnel judiciaire a également mené une action à Mons : 300 personnes se sont réunies devant le Palais de Justice. Ils ont défilé dans la ville avec un cercueil et des couronnes mortuaires. Le cortège est parti de l'ancien palais de justice situé rue de Nimy pour rejoindre les cours de justice de la rue des Droits de l'homme.

Le personnel judiciaire a spécifiquement dénoncé l'état des cours et tribunaux, a souligné la précarité du public en Wallonie et la difficulté d'accès à la Justice, ainsi que le manque de personnel. Il réclame aussi la réduction de la TVA sur les honoraires des avocats. Emmanuel Mathieu, membre de l'Union professionnelle de la magistrature, explique la spécificité de la situation en Wallonie : "Il y a beaucoup plus de palais de justice délabrés et insalubres du côté wallon. A la cour d'appel de Mons, les plafonds s'écroulent, à Tournai les magistrats sont obligés de travailler dans des containers à l'intérieur du palais! Il y a forcément un tissu social beaucoup plus appauvri. Le problème, c'est cette partie qui ne bénéficie pas du pro deo et qui n'a pas assez de revenus pour payer les droits de mise au rôle, les droits de citation, les indemnités de procédure, et la TVA qui se rajoute. Maintenant la justice est un luxe".

Environ 100 acteurs de la justice réunis devant le tribunal de Bruges

Une centaine de magistrats et membres du personnel judiciaire se sont rassemblés devant le palais de justice de Bruges dans le cadre de la campagne nationale "66 jours pour sauver la justice". En interrompant brièvement leur travail, ils ont voulu envoyer un premier signal au prochain gouvernement.

La centaine de personnes, dont une dizaine de juges, s'est réunie à 11h30 devant le tribunal. Elles réclament principalement une augmentation des moyens humains et financiers pour le pouvoir judiciaire. "Il faut davantage de magistrats, de greffiers, de collaborateurs et de meilleures infrastructures", détaille Wim De Backer, président de la section brugeoise du tribunal de Flandre occidentale.

À Bruges, des infiltrations d'eau affectent le palais de justice et certaines fenêtres ne ferment plus.

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