"Le modèle Kiwi sur les médicaments chez nous rapporterait des millions"

"Le modèle Kiwi sur les médicaments chez nous rapporterait des millions"
"Le modèle Kiwi sur les médicaments chez nous rapporterait des millions" - © Tous droits réservés

C'est l'un des leitmotivs, voire l'une des obsessions du PTB, le Parti des Travailleurs belges, cela figure même dans son programme de base. Diviser par deux - au moins - le prix des médicaments, comme préconisé depuis des années par leur spécialiste de la question, Dirk Van Duppen, de la Médecine pour le Peuple, auteur de "La guerre des médicaments".

Et voilà qu'ils ont trouvé du grain à moudre dans les derniers chiffres de l'INAMI concernant le top-25 des médicaments remboursés qui ont été vendus en 2014 dans les pharmacies publiques. Ce top-25 représente, je cite, 35 % des dépenses nettes totales en médicaments ambulants de l’assurance santé obligatoire. Et selon les calculs du PTB, une application du modèle Kiwi sur des dépenses totales de 913,1 millions dans ce top-25, "on pourrait économiser 459,5 millions d'euros, dont 208 millions sur les seuls 8 médicaments du classement dont le brevet a expiré"... Le modèle Kiwi soit le choix du médicament le moins cher, moins cher à la vente et mieux remboursé par la sécurité sociale. Un modèle dont on parle depuis longtemps chez nous... mais jamais vraiment appliqué.

Kiwi mode d'emploi

Des années en effet que l'on en parle de ce modèle Kiwi, Kiwi (comme l'oiseau ou le fruit) car appliqué en Nouvelle-Zélande depuis 1993, mais aussi désormais aux Pays-Bas depuis 2008. Un modèle de fixation des prix des médicaments, par plusieurs mécanismes. Comme, en résumé, l'organisation par l’État d'un système d'appel d'offres général pour des médicaments parmi les entreprises pharmaceutiques en vue de promouvoir les médicaments certes les plus efficaces, mais aussi les moins chers.

Avec encouragement du recours aux médicaments génériques. Avec recherche de molécules comparables mais peut-être ayant perdu leur brevet. Avec surtout en bout de course un mode de remboursement plus grand pour les molécules les moins coûteuses. L'absence de remboursement des médicaments plus chers devant décourager les patients comme les médecins prescripteurs. Objectif : faire baisser le prix du médicament en renforçant la concurrence et aider Trésor public/Sécurité sociale et patients.

Recherche Kiwi belge désespérément

Voilà pour la théorie idéale. Sauf que ce système idéal est finalement bien difficile à mettre en place et notamment chez nous. Et là, on tire sur un fil et toute la bobine d'explications vient. D'abord que tous les médicaments ne sont pas interchangeables, qu'ils n'ont pas toujours les mêmes effets sur chaque patient donc certains remplacements de molécules sont impossibles ou à déconseiller.

Que les médecins prescripteurs voulaient largement être associés au processus. Que les firmes pharmaceutiques y voyaient parfois une entrave à développer de nouveaux médicaments qui seraient vus comme trop coûteux etc. Sur ce thème Kiwi, le lobby de l'industrie, grosse pourvoyeuse de main d’œuvre chez nous, a toujours été rude.

Sont passés les ministres de la Santé et/ou des Affaires sociales qui promettaient ce modèle Kiwi, notamment les PS Rudy Demotte en 2003, Laurette Onkelinx en 2012, promesse aussi notamment de cette dernière d'un mécanisme de comparaison des prix avec les pays voisins. Mais au final, ce n'est qu'une "version soft" du modèle Kiwi, ciblant seulement certains médicaments - de lutte contre le cholestérol ou  antidouleurs -, qui a été appliquée chez nous. Sans jamais jusqu'à présent se voir généralisé.

La ministre actuelle de la Santé, l'Open Vld Maggie de Block répète que ce modèle ne peut pas "fonctionner chez nous dans une économie ouverte. Difficile de lancer des négociations avec l'industrie à la seule échelle de la Belgique, il faudrait passer par des accords européens, sous peine de voir se développer un tourisme pharmaceutique et des accords conclus par les firmes pour contourner un mécanisme purement belgo-belge".

 Maggie de Block qui ne s'est pour l'heure lancée que dans des négociations Bénélux-firmes pharmaceutiques pour réduire les prix... de médicaments liés à des maladies orphelines et donc rares. 

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