Franck Vandenbroucke, invité de Jeudi en Prime : "Quatre semaines ne suffiront pas pour vaincre le virus"

Franck Vandenbroucke, invité de Jeudi en Prime : "Quatre semaines ne suffiront pas pour vaincre le virus"
Franck Vandenbroucke, invité de Jeudi en Prime : "Quatre semaines ne suffiront pas pour vaincre le virus" - © Tous droits réservés

Alors que la Belgique fait face à la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus, le ministre de la Santé, le sp.a Frank Vandenbroucke était l’invité de Jeudi en prime, dans la foulée du JT de la RTBF. L’occasion de passer en revue les mesures adoptées par les autorités, mais pas toujours comprises par la population. L’occasion aussi de revenir sur la cacophonie autour des annonces de ces mesures et de s’interroger sur les éventuelles mesures à venir.

Mercredi, le ministre de la Santé était ressorti ému et touché par ce qu’il a vu lors d’une visite sur le terrain, dans les unités Covid de l’hôpital liégeois du MontLégia. Aujourd’hui, les hôpitaux du pays ont lancé un appel au monde politique. Ils demandent qu’on renforce les mesures de confinement. C’est pour eux "la seule solution". Dès lors, faut-il envisager un confinement plus large sur l’ensemble du territoire ? Le comité de concertation prévu ce vendredi examinera la nécessité d’éventuelles nouvelles mesures. "Je ne vais pas devancer les décisions qu’on prendra demain, je n’ai pas l’habitude de spéculer", a expliqué le ministre de la Santé. "Il est inévitable qu’on va devoir durcir les mesures et qu’on devra réfléchir sur la période qu’il faut. Il y a un effort de longue haleine à faire", a ajouté Frank Vandenbroucke.

Le Premier ministre a laissé entendre ce jeudi à la Chambre qu’il faut s’attendre à ce que les règles sanitaires prises pour contrer l’épidémie de Covid-19 soient nécessaires longtemps. Pour le ministre de la Santé, "quatre semaines ne suffiront pas. Quand on regarde les modèles des épidémiologistes, ils disent qu’avec le type de mesures que nous prenons, il faut au moins huit semaines. Je ne dis pas que demain on va décider pour huit semaines, mais c’est un travail de longue haleine", a poursuivi le ministre de la Santé.

On veut continuer à envoyer les enfants à l’école, mais il y a une tension entre cet objectif et celui de vouloir freiner la circulation du virus

Le ministre de la Santé appelle donc les Belges à la prudence pendant le congé de Toussaint. "Essayons d’utiliser les vacances de Toussaint pour faire une campagne contre le virus, jusqu’au 12 novembre et même jusqu’au 14 ou au 15 et de limiter les contacts", a-t-il déclaré.

Dans ce contexte sanitaire délicat, que faut-il décider pour les écoles ? Le ministre Vandenbroucke salue les "décisions efficaces" prises par les Communautés qui ont prolongé les vacances jusqu’au 12 novembre. Cependant, la question des écoles est pour lui une partie du débat : "On veut continuer à envoyer les enfants à l’école, mais il y a une tension entre cet objectif et celui de vouloir freiner la circulation du virus", a-t-il expliqué. C’est dire si l’équilibre en poursuite des activités scolaires et lutte contre le virus sera délicat à trouver.

Vers un reconfinement ?

Le confinement est à nouveau d’actualité dans certains pays, comme la France. La Belgique doit-elle emboîter le pas ? Jusqu’à présent, le gouvernement ne s’est pas engagé dans la voie d’un nouveau confinement pour éviter que cela fasse mal à l’économie et pour ne pas mettre le pays à l’arrêt. Une vision que ne partage pas le monde médical, où des voix se font entendre pour demander un confinement. Il y a quelques jours, le Dr Frédéric Flamand, directeur général de l’ISPPC-CHU Charleroi allait dans ce sens : "Si on agit vite, on devra confiner moins longtemps. Si on agit tardivement, on devra confiner plus longtemps, et plus ça coûtera cher et moins ce sera bon pour l’économie. Donc si c’est dur, prenons les bonnes mesures au bon moment", expliquait-il.

Une vision que partage le nouveau ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke : "Si l’on veut sauver l’économie, il faut d’abord sauver la santé publique", a-t-il déclaré dans Jeudi en Prime. "Il faut d’abord vaincre le virus, garantir la santé publique et alors, il y aura un espoir pour l’économie", a-t-il ajouté.


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Reste qu’il faut convaincre tout le monde autour de la table du comité de concertation. Jusqu’à présent, la Flandre, essentiellement,a bloqué sur des mesures plus fortes. "Heureusement que la Flandre s’est ralliée. On a pu recréer un message uniforme et simple au niveau fédéral", a expliqué Frank Vandenbroucke, faisant référence aux mesures annoncées par le Premier ministre mercredi, suite à une certaine cacophonie dans les prises de décisions des différents niveaux de pouvoirs.

La situation problématique dans les hôpitaux

Les hôpitaux sont débordés. Ils entrent en phase 2B. 200 lits supplémentaires doivent être mis en place en urgence pour lundi. Plusieurs experts ont mis en garde : notre système de santé va s’écrouler dans quelques jours. Il faut soulager les hôpitaux. Que compte faire le gouvernement ? Le ministre de la Santé se dit "extrêmement inquiet". Il rappelle que le gouvernement fédéral étudie le moyen d’injecter de l’argent supplémentaire dans les hôpitaux. "Et on développe une stratégie avec les médecins et les hôpitaux pour optimaliser la capacité hospitalière. Par exemple, créer des structures intermédiaires entre les lits de soins intensifs et les lits banalisés", a expliqué le ministre.

L’une des difficultés rencontrées dans les hôpitaux, c’est le transfert des patients d’un hôpital à un autre, pour donner de l’air aux hôpitaux débordés. Pour le moment, cela ne fonctionne pas bien. Il y a des hôpitaux qui refusent des patients mais il y a aussi, souvent, des familles de patients qui bloquent ce transfert. Le ministre reconnaît que c’est une situation délicate. "Imaginez-vous une vraie catastrophe, une explosion à grande échelle. On va transporter les victimes sur base de l’efficacité médicale. On ne va pas commencer à discuter". 

Il faut, estime le ministre, faire confiance aux médecins pour expliquer la situation aux familles. De plus, "on a voté au Parlement un changement de la législation qui rend possible un mécanisme de transfert plus efficace. S’il n’y a plus de capacité de traiter les patients, il faut pouvoir transférer", ajoute le ministre qui appelle à plus de solidarité et qui rappelle que des transferts de patients vers l’Allemagne sont possibles, là où des lits de soins intensifs sont disponibles.

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